Venise: Le réalisateur Jacques Audiard déplore la mainmise des hommes à la tête des festivals

CINEMA Le Français, qui concourt pour le Lion d’or à la Mostra avec son film « Les Frères Sisters » s’est, ce dimanche, dit « surpris » qu’une seule réalisatrice figure dans la compétition et estime que les festivals de cinéma sont toujours dirigés par les mêmes hommes…

F.R. avec AFP

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Le réalisateur français Jacques Audiard à la Mostra de Venise le 2 septembre 2018, où il présentait son film «Les Frères Sisters» en compétition.
Le réalisateur français Jacques Audiard à la Mostra de Venise le 2 septembre 2018, où il présentait son film «Les Frères Sisters» en compétition. — Filippo MONTEFORTE / AFP

Cette année, à la Mostra de Venise, parmi les films en compétition, vingt sont réalisés par des hommes et un seul par une femme. Une disparité flagrante qui a valu au festival italien d’être la cible de critiques comme bien d’autres rendez-vous cinématographiques, à commencer par le Festival de Cannes, l’ont été ces dernières années et ces derniers mois.

Alberto Barbera, le directeur artistique de la Mostra, avait répondu, avant cette 75e édition, qu’il préférerait « changer de métier plutôt que d’être obligé de sélectionner un film parce qu’il a été réalisé par une femme et non parce qu’il est réussi ».

Jacques Audiard a abordé le sujet lors d’une conférence de presse ce dimanche. Le cinéaste français, qui est en lice pour le Lion d’or à Venise avec son film Les Frères Sisters, s’est dit « surpris » qu’une seule réalisatrice figure dans la compétition cette année. En l’occurrence l’Australienne Jennifer Kent avec The Nightingale. « J’ai envoyé des courriers à mes confrères de la sélection et j’ai senti qu’il n’y avait pas un écho formidable », a déclaré le réalisateur d’Un Prophète.

« L’égalité, ça se compte, la justice, ça s’applique »

« Ne nous posons pas la question du sexe des films, posons-nous la question de savoir si les festivals ont un sexe, si les dirigeants des festivals ont un sexe. Ça, c’est une question simple et la réponse est oui, a poursuivi Jacques Audiard. Je pense qu’il y a un problème là et un autre problème c’est que depuis vingt-cinq ans j’ai souvent vu les mêmes têtes, les mêmes hommes à des postes différents, mais toujours là. »

« On peut aussi parler de ce qui se passe dessous, les comités de sélection, les sélectionneurs, là c’est l’opacité en genre et en nombre, c’est ça qu’il faut changer », a plaidé Jacques Audiard. « L’égalité ça se compte, la justice ça s’applique, c’est très simple. Après on commencera à être un peu sérieux et on évitera ces aberrations comme ce vingt contre un [vingt réalisateurs contre une réalisatrice] », a-t-il conclu.

Une déclaration qui a été accueillie par de nombreux applaudissements de l’assistance. Une acclamation qu’il a immédiatement fait cesser : « Non, on n’applaudit pas : on agit. »