«La rave fait-elle toujours rêver?»: Où écoute-t-on de l'électro (légalement) aujourd'hui?

SERIE D'ETE Festivals et collectifs sont les deux locomotives du train de l'événementiel électro...

Thomas Weill

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We love green avait lieu du 2 au 4 juin dernier à Vincennes pour sa septième édition. Avec 74.000 spectateurs sur deux jours, une belle augmentation par rapport à 2017, le festival reste l'un des rendez-vous phares de l'événementiel électro.
We love green avait lieu du 2 au 4 juin dernier à Vincennes pour sa septième édition. Avec 74.000 spectateurs sur deux jours, une belle augmentation par rapport à 2017, le festival reste l'un des rendez-vous phares de l'événementiel électro. — S. Edmond/Sipa
  • Trente ans après le second « Summer of Love », 20 Minutes part cet été à la rencontre des DJ et teufeurs d’hier et d’aujourd’hui pour savoir si la rave fait toujours rêver.
  • Une série d’articles à suivre chaque semaine sur 20minutes.fr
  • Dans ce dixième épisode, on s’intéresse à la scène électro en France, sa croissance aussi bien que les difficultés qu’elle rencontre.

17 %. La part des musiques électroniques dans le marché des musiques actuelles selon la Sacem. D’après la même étude, datant de fin 2016, d’un point de vue économique, l’activité des clubs et discothèques y est pour beaucoup. Une réalité pas si représentative de l’écosystème des musiques électroniques. Car aujourd’hui, d’un point de vue événementiel, ce sont surtout les festivals et les collectifs qui font vivre l’électro.

« La croissance des événements organisés par des collectifs est phénoménale. Depuis 2014, elle a été multiplié par sept », annonce une autre étude, cette fois-ci réalisée par Shotgun, billetterie en ligne des événements liés à l’électro. En 2017, près des trois quarts des 4.620 événements à la programmation électronique comptabilisés par l’étude étaient organisés par des collectifs. Tommy Vaudecrane, président de l’association Technopol qui défend la culture techno et organise chaque année la Techno Parade ainsi que la Paris electronic week, observe lui aussi cette « tendance ». « On a vu énormément d’événements liés aux collectifs. »

Clubs, festivals et collectifs, les trois organisateurs principaux

A l’inverse, « quand on voit les clubs, à par le Concrete et le Rex qui se payent des plateaux à la hauteur, ils tirent un peu la langue ». D’ailleurs, la croissance des événements organisés en club est bien moindre d’après Shotgun qui affirme que « l’activité des clubs est constante ». Tout au plus observent-ils « une augmentation en 2016 et 2017 ». « Aujourd’hui l’électro est portée par les festivals et les collectifs, assure le président de Technopol. Il y a un équilibre qui se fait. Les collectifs drainent beaucoup de monde tous les week-ends, 4.000 ou 5.000 personnes ». Quant aux festivals, depuis l’apparition des pionniers du genre, Astropolis à Brest (1995) ou Nuits Sonores à Lyon (2003) par exemple, l’offre se multiplie, à l’instar de We love green ou The peacock society winter edition, les événements qui intéressaient le plus le public français en 2017 d’après l’étude de Shotgun.

En matière de fréquentations totales l’année dernière, le festival Electrobeach de Port-Bacarès est en sixième position des festivals français, toutes musiques confondues, devant le Hellfest et Solidays, avec une affluence évaluée à près de 200.000 personnes en 2017 d’après le site Touslesfestivals. Le Barofest 2016, baromètre des festivals français réalisé par la Sacem, le Centre national de la chanson des variétés et du jazz (CNV) et le centre d’Information et de ressources pour les musiques actuelles (Irma), montre que les « musiques amplifiées ou électroniques » représentent 32 % des 1887 festivals de musiques actuelles de 2015, soit la plus grande catégorie musicale représentée cette année-là.

Une offre pas toujours originale, et une économie parfois fragile

« De la musique électro, il y en a partout. On en voit dans les festivals de musique actuels, il n’y a plus de portes fermées », se réjouit Tommy Vaudegarde. Mais pour lui la situation n’est pas parfaite. Si « aujourd’hui en France, on ne va pas vers la facilité, mais on programme des genres et des sous-genres de musique électro » assez variés, ce n’est pas toujours le cas. « On a un certain formatage, on retrouve la même chose partout », dans les grands festivals. Et puis surtout, les budgets s’agrandissent, notamment concernant « les coûts de sécurité », en augmentation, ce qui met en danger la durabilité des plus petits événements, festivals plus réduits comme soirées organisés par des collectifs, parfois « borderline au niveau légal » du fait de règles aussi de plus en plus strictes d’après Tommy Vaudecrane.

« Il ne faut pas se leurrer sur le fait que tout va bien. De l’électro on en écoute et on en entend de partout, mais ça reste très fragile », nuance-t-il. Le Barofest 2016 l’illustre très bien. Les musiques amplifiées ou électroniques ont le plus fort taux de création de festivals entre 2013 et 2015 avec un festival créé sur deux… mais aussi de disparition, avec plus d’un sur trois. Et le président de Technopol de conclure, « aujourd’hui, on est reconnu, mais il y a besoin de plus d’attention, de soutien. L’économie reste super faible ».