Festival: A Jazz à la Villette, les femmes apportent une touche politique

COMBAT Janelle Monae, Rhoda Scott et Laura Perrudin comptent parmi les rares artistes féminines programmées au prestigieux festival parisien…

Benjamin Chapon

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La chanteuse Janelle Monaé
La chanteuse Janelle Monaé — Juco

Brad Mehldau, Kenny Garrett, Erik Truffaz, Henri Texier ou même les groupes britanniques GoGo Penguin et Portico Quartet… Pour sa 17e édition, Jazz à la Villette mise sur du lourd et du masculin. Le principal festival de jazz d’Ile-de-France, avec sa fréquentation record (30.000 personnes attendues) et sa programmation toujours audacieuse et alléchante, est un événement incontournable.

Donc, forcément, l’affiche accueille de grands noms. Sans rien enlever au talent de Salif Keita ou Avishai Cohen, on remarque toutefois que les rares artistes féminines présentes à Jazz à la Villette sont aussi les plus enthousiasmantes et… politiques.

Un discours politique assumé

Janelle Monaé fera ainsi l’événement (le 5 septembre). Son troisième album studio, Dirty Computer, sorti au printemps, est un bijou qui a électrisé bien au-delà de la communauté jazz. Digne héritière de Prince, Janelle Monaé livre depuis des concerts bouillants. Mais la vraie nouveauté de ce troisième opus est l’affirmation politique de la chanteuse qui a fait son coming-out pansexuel récemment et n’hésite plus à revendiquer ses prises de position sur scène et dans ses chansons. Elle devrait notamment enflammer la scène avec les hymnes queer et inclusif Make Me Feel et I Like That.

Dans ses récentes interviews, Janelle Monaé explique ainsi qu’elle a le sentiment d’arriver enfin à concilier, dans sa musique, son statut de performeuse et son identité profonde. « Quand je me démaquille après un concert, je suis cette femme noire, explique-t-elle au Guardian. Mais sur scène aussi, je veux faire passer le message qu’en tant que femme noire je suis connectée avec tous les groupes marginalisés. Je me sens proche des migrants, je comprends la douleur d’avoir été poussé dans les marges de la société à cause de l’endroit d’où l’on vient. »

Féminisme et « féminité »

Peut-être moins immédiatement politique, du moins aujourd’hui, Rhoda Scott n’en est pas moins restée une artiste contestataire. Pour Jazz à la Villette, elle jouera avec son Lady Quartet (le 7 septembre), une formation 100 % féminine qu’elle a créé au début de l’été. A 80 ans, Rhoda Scoot est une légende du jazz. Son choix d’intituler son dernier album We Free Queens et d’y inviter les meilleurs talents féminins. Hélas, cela relève encore de l’acte militant et revendicatif en 2018.

Laura Perrudin, elle, joue seule en scène (le 5 septembre). Son combat est ailleurs mais fait aussi écho au féminisme. Son «  cheval de bataille » est la réhabilitation de son instrument, la harpe. « J’aimerais qu’on arrête de mettre des étiquettes sur la harpe liée à la musique classique, à la musique traditionnelle et à quelque chose de féminin, de pseudo féerique, lié à la douceur, alors que ça peut être complètement autre chose », expliquait-elle à Culturebox. Mais sa harpe à elle n’est pas comme les autres. Laura Perrudin possède ainsi la seule harpe  chromatique et électrique au monde. Se laisser emporter par la pop de son album Poisons & Antidotes sera sans doute l’une des meilleures inspirations des festivals de Jazz à la Villette.

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