Nantes: Les Rendez-vous de l’Erdre, tout le monde y va... mais qui regarde (vraiment) le programme?

FESTIVAL L’incontournable festival de jazz, qui battra son plein ce week-end, attire à chaque fois quelque 150.000 spectateurs…

Julie Urbach

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NANTES le 03/09/2011Concert sur une péniche pendant les Rendez-vous de l'Erdre
NANTES le 03/09/2011Concert sur une péniche pendant les Rendez-vous de l'Erdre — © Fabrice ELSNER
  • La 32e édition du festival de jazz des Rendez-vous de l’Erdre, qui se déroule jusqu’à dimanche, propose une centaine de concerts gratuits.
  • Mais la programmation n’est pas la principale raison de l’attrait qu’ont les Nantais pour cet événement.

« Tu vas aux Rendez-vous de l’Erdre cette année ? Tu vas voir qui ? » Si beaucoup de Nantais répondront par l’affirmative à la première partie de la question, pas sûr que la discussion aille beaucoup plus loin… Ce week-end, pour sa 32e édition, le traditionnel festival de jazz et de belle plaisance (gratuit) battra son plein sur les rives de l’Erdre.

Si quelque 150.000 spectateurs devraient une fois de plus répondre présents, il faut quand même se l’avouer : peu d’entre eux seront capables de citer les noms des musiciens qu’ils applaudiront, parmi la centaine de concerts proposés (si vous voulez vous rattraper dès maintenant, la prog' est à découvrir par ici).

Premier contact

S’ils constatent « de plus en plus de spécialistes », les organisateurs sont tout à fait conscients qu’ils ne sont pas majoritaires, et l’assument. « Ce qui est bien avec les Rendez-vous de l’Erdre, c’est que quoi qu’il arrive, il y aura du monde », sourit Armand Meignan, le directeur artistique.

Pour autant, ce « militant du jazz » prend toujours son rôle très au sérieux. « Pour 80 % du public, il s’agira de leur premier contact avec cette musique. Même s’ils nous font confiance, il faut leur proposer des nouvelles choses, se dire que ce n’est jamais gagné ! Et ce n’est pas si grave s’ils ne retiennent pas tous les noms. »

De la « générosité » sur scène

Cette année encore, et alors que certaines scènes vont accueillir plus de 10.000 spectateurs, les artistes ont donc davantage été conviés pour leur « générosité, leur engagement » que pour leur qualité technique ou de composition. Et ce discours ne vexe pas du tout le saxophoniste François Corneloup. « Faire un chemin vers les gens, c’est vraiment important pour la musique vivante, juge l’artiste fil rouge de la 32e édition. Je sais qu’on ne viendra pas forcément pour apprécier ma créativité, mais les gens vont danser, créer du lien social, c’est une dynamique très importante. »

Nantes, le festival des Rendez-vous de l'Erdre.
Nantes, le festival des Rendez-vous de l'Erdre. - Frédéric Brenon

Un état d’esprit qui n’est pas partagé par tous les artistes. Et ceux-là ne seront pas à Nantes ce week-end. « Certains n’aiment pas jouer devant beaucoup de public, je sais que ça ne se passera pas bien, donc je ne leur propose pas de venir, constate Armand Meignan. Pourtant, malgré tous les bruits environnants, il y a une vraie écoute, le public se laisse capturer. Quand un concert démarre doucement, j’ai parfois peur des réactions, mais à chaque fois ça se passe de façon géniale. »

Le « rituel de la rentrée »

De là à dire que tous les festivaliers seront à fond dans les concerts, il y a encore un pas. Car nombreux se retrouveront là pour se promener, admirer les quelque 200 bateaux, profiter des rayons du soleil (on espère), ou juste retrouver des amis, après les vacances. « J’aime bien me poser vers la scène Mix Jazz, raconte un habitué du festival. Mais avec les potes, on évite de se mettre trop près. En fait, on n’écoute pas vraiment la musique, on prend l’apéro, on discute… »

Nantes, le festival des Rendez-vous de l'Erdre
Nantes, le festival des Rendez-vous de l'Erdre - Frédéric Brenon

« Ça fonctionne, car il y a plein de raisons pour lesquelles les gens viennent, assure Nicolas Visier, directeur de l’association culturelle de l’été qui organise l’événement. On sait très bien que pour beaucoup, c’est un rituel pour fêter la rentrée, casser la croûte, dans une super alchimie. Mais d’année en année, on rencontre de plus en plus d’amateurs de jazz, notamment de blues. Ils viennent de plus en plus tôt, parfois une heure avant les concerts ! »

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