Mylène Farmer: On a traqué les messages cachés sur la pochette de «Désobéissance»

MUSIQUE Le visuel du nouvel album de Mylène Farmer est riche en symboles que l'on a tenté de décrypter... 

Fabien Randanne

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Détail de la pochette de «Désobéissance», onzième album studio de Mylène Farmer.
Détail de la pochette de «Désobéissance», onzième album studio de Mylène Farmer. — Jean-Baptiste Mondino - Hashtag NP

Ce sera son onzième album studio. Mylène Farmer a dévoilé lundi la pochette de son nouvel opus, Désobéissance, qui sortira le 28 septembre. Le visuel, signé Jean-Baptiste Mondino, est riche en symboles et se prête à différentes (sur) interprétations.

Tentative d’analyse (en se disant qu’en extrapolant dans tous les sens on finirait bien par viser juste à un moment ou à un autre), en trois points…

Pochette de l'album à venir "Désobéissance"

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  • Mylène Farmer est assise, elle n’est donc pas en marche

Quand, en 1991, la France s’épuisait sur les pistes de danse en s’époumonant que « Tout est chaos à côté », beaucoup ont interprété la « génération Désenchantée » de Mylène Farmer comme un reflet de la « Génération Mitterrand » désabusée. Le clip, lui, mettait la chanteuse en scène comme moteur d’une révolte. Pourtant, l’artiste a nié avoir voulu donner une dimension politique à son tube.

Vingt-sept ans plus tard, il est difficile de ne pas lier à la politique le titre de son onzième album : sur la pochette de l’album apparaissent plusieurs symboles du pouvoir. L’aigle jupitérien, l’épée, le fauteuil Empire renvoient à l’époque napoléonienne. Les lettres I, A, S et N sont à l’envers. En renversant la pochette, on peut ainsi lire « NASSI ». Ce mot, en hébreu, signifie « prince », et c’était aussi le nom, comme le souligne Le Figaro du conseil chargé de gérer les questions juives sous Napoléon. Faut-il y voir une allusion à Emmanuel Macron, souvent comparé à l’empereur ? Mylène Farmer ose-t-elle appeler à la désobéissance civile ? Et si Nicolas Hulot avait décidé de démissionner du gouvernement après avoir découvert cette pochette ?

  • Mylène Farmer répond à la domination masculine par le womanspreading

Le titre de l’album peut aussi se lire, dans un contexte post-#MeToo et post- #BalanceTonPorc, comme un appel à la désobéissance face à la structure patriarcale. Les attributs du pouvoir apparaissent ici comme de modestes accessoires entreposés dans l’atelier d’un peintre, jonchant le sol ou cachés en partie sous des draps, ils perdent de leur superbe.

C’est Mylène Farmer qui, au sens propre comme au figuré, trône dans l’image. Elle apparaît toute en ambivalence, à la fois séductrice (une discrète mouche orne sa joue, symbole de galanterie) et badass. En plein manspreading, veste et bottes en cuir de dominatrice, elle est sur le qui-vive : elle peut tout aussi bien avoir lâché l’épée que s’apprêter à la saisir. Sa posture inconfortable renforce l’idée qu’elle n’est pas là pour badiner, ni pour se reposer.

La chanteuse a célébré la force des femmes tout au long de sa carrière. De sa Libertine prête à jouer sa vie en duel à la créature se libérant de ses geôliers dans les clips de Dégénération et Si j’avais au moins

« De nature innocente, on manie l’élégance et d’une main experte, d’un glaive l’on transperce. Les discours trop prolixes, que de la réthorique, lâchetés familères, qui nous rendent guerrières », chantait-elle dans Fuck them all ! en 2005. « Méfie-toi des puissances, des vierges sans défense. Leurs forces sont subtiles, la force est féminine. Et quand l’esprit, frappe, c’est un fouet qui, claque », prévenait-elle dans Méfie-toi six ans plus tôt…

  • Mylène Farmer est éternelle

Le visuel de l’album est éminemment farmerien. Il n’est pas sans rappeler l’esthétique du début de sa carrière, comme si l’héroïne des clips de Libertine et Pourvu qu’elle soit douce avait fait un simple bond du XVIIIe au XIXe siècle après un petit relooking cuir.

Sur la pochette figure un des motifs fétiches de l’artiste : une vanité – nom donné aux crânes en histoire de l’art lorsqu’ils se font allégorie du temps qui passe et de la mort. « J’adore m’entourer de vanités. C’est pour moi une façon de supporter l’insupportable », confiait Mylène Farmer dans Paris Match il y a dix ans. Si l’artiste s’est souvent confiée sur sa peur de la mort, elle apparaît au contraire ici pleine d’assurance. Avec ce pied posé de manière provocatrice sur ce crâne, elle semble dire à ses détracteurs qu’il ne faut pas l’enterrer trop vite et qu’elle est là pour durer. Magnifiée comme sur une toile de maître qui aurait traversé les siècles, elle touche à l’immortalité. L’éternité comme la désobéissance ultime à l’inéluctable.