La fin est proche: Tous zadistes ou tous morts? Trois scénarios de l’effondrement du monde

APOCOLLAPSE NOW (3/5) Dans ce troisième épisode consacré à la collapsologie, on explore trois scénarios de l’effondrement…

Laure Beaudonnet

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Un zadiste de Notre-Dame-des-Landes en 2018.
Un zadiste de Notre-Dame-des-Landes en 2018. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • La collapsologie est l’étude de l’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle.
  • L’effondrement est « le processus à l’issue duquel les besoins de base ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ».
  • Quel que soit le scénario de l’effondrement, la société devra revoir son mode de vie.

Oui c’est l’été, mais la fête est terminée. Cette année, on a voulu profiter de ce mois de détente pour se pencher sur la collapsologie, l’étude de l’effondrement de notre société thermo-industrielle. Pour ce troisième épisode, on étudie les scénarios de la catastrophe. Ne nous remerciez pas.

« L’effondrement est déjà une réalité », lance Pablo Servigne, coauteur de Comment tout peut s’effondrer(Seuil) et à l’origine du concept de collapsologie. Ce n’est pas un événement homogène qui arriverait en un jour comme on imagine l’apocalypse biblique, il s’étalera sur plusieurs années », précise l’ingénieur agronome et docteur en biologie. Et pour certains, -en Libye, en Syrie…-, il a déjà eu lieu.

Le mot « effondrement » recoupe plein de réalités différentes : un krach boursier peut dégénérer en effondrement économique et politique. « Une catastrophe climatique (ouragan, montée des eaux, sécheresse) qui provoque des migrations est différente d’un effondrement écosystémique (effondrement des populations d’oiseaux et d’insectes). C’est comme si on avait rempli une pièce de gaz, chaque paramètre ramène du gaz dans la pièce et on ne sait pas d’où va venir l’étincelle », explique Pablo Servigne. Pour les collapsologues, la question n’est pas de savoir si l’effondrement va avoir lieu, mais quand il touchera les pays occidentaux. Décroissance forcée, extinction de l’espèce humaine… On a imaginé trois scénarios du collapse.

1. Vivants… mais plongés dans le chaos

Trafic d’esclaves, violence, pillage… Il suffit de regarder du côté de la Libye, un pays déjà effondré, selon Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement et président de l’institut Momentum, pour imaginer à quoi pourrait ressembler l’Europe post-effondrement. Surtout si la crise systémique est immédiate. Une simple rupture des approvisionnements énergétiques en France aurait des conséquences dramatiques. Rappelons que l’or noir assure 95 % des transports et que, sans lui, le système électrique actuel s’effondrerait. En clair, ça voudrait dire : plus de nourriture nulle part, difficulté à trouver de l’eau potable (surtout dans les villes), plus de lumière, plus d’ordinateurs, plus de transports en commun, plus de voitures…

La résilience de Paris, c’est trois jours. « Au bout de trois jours, il n’y a plus rien à manger », explique Alexandre Boisson, cofondateur de SOS Maires, qui pratique le lobbying citoyen auprès des maires. La panique risque d’accentuer la pénurie (rappelez-vous de la crise du beurre en 2017), ça peut aller très vite. Les habitants des très grandes villes mourront de faim s’ils ne s’en échappent pas le plus rapidement possible pour se réfugier dans les campagnes, près d’une source d’eau. « Ce n’est pas une mince affaire de faire cohabiter les gens en temps de paix, alors en temps de pénurie… », insiste-t-il. Dans les grandes agglomérations, les habitants les plus violents auront le plus de chances de s’en sortir, selon lui, car ils dépouilleront ceux qui tentent de s’enfuir. Il n’y a plus qu’à miser sur l’entraide et l’altruisme…

2. Tous zadistes… ou la décroissance forcée

Soit l’effondrement arrivera trop tôt et la France aura du mal à s’en remettre, soit le pays aura eu le temps de devenir résiliente. Quoi qu’il en soit le collapse va nous forcer à faire un virage dans nos modes de vie. Les zadistes ont déjà tracé une voie : une société fondée sur la coopération où chacun participe à l’effort collectif. Un « écosystème » proche de la nature « où toute méthode d’autorité et de violence est proscrite ». Ça, c’est pour la campagne. En ville, les voitures auront disparu, les gens se déplaceront à pied, en vélo ou en charrette. Des ceintures urbaines agricoles approvisionneront les habitants en légumes. « On récupérerait l’eau de pluie quand il pleut pour prendre une douche et avoir un stock d’eau », imagine Clément Montfort, réalisateur du web-doc Next. Dans la France effondrée, les survivalistes, qui se préparent à la violence avec l’idée que tout homme est mauvais, ne resteront pas vivants très longtemps. Pour les collapsologues, la collaboration sera la seule porte de sortie possible.

3. Tous morts… ou l’extinction de l’espèce humaine

Le scénario catastrophe de l’effondrement, c’est l’extinction de l’espèce humaine. Plus le collapse arrivera tard, selon certains, plus il fera des dégâts en raison de l’accroissement des émissions de gaz à effet de serre. Le réchauffement climatique pourrait tout simplement faire disparaître l’homme de la surface de la planète. En 2013, le climatologue James Hansen et son équipe ont « calculé la trajectoire d’un scénario  dans lequel nous parviendrions à brûler un tiers des réserves prouvées au rythme actuel, soit en moins d’un siècle, lit-on dans Comment tout peut s’effondrer. Elle nous mènerait à une température moyenne globale de +16°C, c'est-à-dire +30°C aux pôles et +20°C sur les continents (…). A cette température-là, le monde deviendrait inhabitable pour la plupart des êtres vivants ». Mais heureusement, ce scénario ne devrait pas se réaliser. La planète nous aura dit stop bien avant à coups de catastrophes naturelles…

>> La fin est proche, épisode 1: Qu'est-ce que la collapsologie, la «science» qui prédit l’effondrement du monde?

>> La fin est proche, épisode 2: «Comment faire pour que toute l’humanité n’y passe pas, ça me préoccupe beaucoup»

>> La fin est proche, épisode 4: Comment survivre à l'heure de l’effondrement du monde? Mode d'emploi