Partir en livre: «La majorité des gens qui savent lire n'y prennent aucun plaisir», explique Vincent Monadé, président du Centre National du Livre

LECTURE L'opération «Partir en livre» se tient jusqu'au 22 juillet dans toute la France...

Benjamin Chapon

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Les réseaux sociaux ne sont pas une source de distraction pour les Français pendant la lecture.
Les réseaux sociaux ne sont pas une source de distraction pour les Français pendant la lecture. — A.Ghazzal/Shuttersto/SIPA

Difficile de résumer en quelques mots  l’opération Partir en livre qui se tient, pour sa quatrième édition, jusqu’au 22 juillet dans toute la France. Des lectures, bien sûr, des animations, aussi, des jeux, beaucoup… Le réseau des médiathèques mais également des partenaires plus surprenants comme les restaurants Mac Donald’s ou les aires d’autoroutes du réseau Vinci accueillent les animations de cette opération organisée par le Centre National du Livre.

Vincent Monadé, président du CNL, résume la philosophie de Partir en livre : « Nous voulons faire de la lecture un plaisir. Les vacances sont l’occasion de sortir du temps de lecture obligatoire qui a lieu à l’école et qui est nécessaire, mais pas suffisant. L’école apprend, très bien, à lire, mais la majorité des adultes qui savent lire ne lisent plus de livres après leur scolarité. La majorité des gens qui savent lire n’y trouvent aucun plaisir. Ou plutôt pense n’y trouver aucun plaisir ! »

6.400 événements dans toute la France

Destinée aux jeunes voire très jeunes lecteurs, Partir en livre entend également toucher les jeunes adultes et les parents, par ricochet. « Nous sommes passés de 3.000 à 6.400 événements en quatre ans, se félicite Vincent Monadé. C’est bien la preuve que, sur le terrain, les acteurs en faveur de la lecture se sont approprié l’opération, parce qu’elle est efficace. Nous avons augmenté le nombre de partenaires, et de médiathèques et d’établissements labellisés participants. Nous avons aussi multiplié les événements et lieux à destination des adolescents qui sont les lecteurs les plus difficiles à cerner parce qu’ils refusent la plupart des sources habituelles de prescription : ils veulent choisir par eux-mêmes. »

Pour ne pas s’aliéner de potentiels futurs lecteurs, le CNL travaille « sans œillères, sans a priori sur la nature des livres que l’on sélectionne, explique Vincent Monadé. On sélectionne des romans, des BD, des mangas… Peu importe tant que la qualité est là. » Surtout, l’originalité de l’opération consiste à aller au-devant des lecteurs, sur leurs lieux de vacances ou sur le trajet des vacances. « Nous visons aussi les jeunes qui ne peuvent pas partir en vacances avec des opérations dans les quartiers populaires. »

Si l’opération est un succès c’est aussi parce qu’elle est courte, selon le président du CNL : « Il faut que ce soit un événement, quelque chose d’exceptionnel. Ce serait trop lourd et trop cher de multiplier ces opérations sur toute l’année. L’objectif est, presque par surprise, de faire jaillir chez les jeunes une envie de lire alors qu’ils sont débarrassés de l’école. L’école de la République, qu’on a beaucoup critiquée, remplit parfaitement son rôle qui est de donner un substrat de connaissances communes. Nous, notre objectif est de montrer que savoir lire n’est pas seulement utile, c’est également un bonheur. »