Silvain Gire d'Arte Radio: «Je veux que mes oreilles restent fraîches!»

Audio Silvain Gire, directeur éditorial d'Arte Radio, a développé une sensibilité accrue au son... 

Liane Courté

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Silvain Gire, cofondateur et directeur éditorial d'Arte Radio.
Silvain Gire, cofondateur et directeur éditorial d'Arte Radio. — Nicolas Berat

A l’occasion du lancement de ses podcasts, «Sixième Science» et «Juste un droit», «20 Minutes» fait le point sur la scène audio française.

Il vit sur ses deux oreilles. Silvain Gire est cofondateur et directeur éditorial d’Arte Radio, lancée en novembre 2002. Au fil des créations, il a développé un rapport accru au son, à sa portée et à sa capacité à raconter des histoires. Il nous raconte comment le son fait partie intégrante de sa vie.

Comment décririez-vous votre rapport au son?

Comme je ne suis pas un technicien, mais un auteur, un raconteur d’histoires, je parlerais plutôt d’un rapport à l’écoute. L’acte d’écouter déclenche des souvenirs et des émotions très intimes en chacun de nous. Je crois que le podcast nous apporte un rapport personnel à l’écoute. C’est un peu analogue à la lecture: on emmène des émissions avec soi, on est immergé dans l’écoute, on peut l’interrompre comme on met un marque-page.

Y a-t-il un son qui vous a particulièrement marqué dans votre vie?

Les gens parlent souvent du bruit de la mer. Moi, c’est le son des panneaux des départs dans les grandes gares. Quand l’affichage des départs des trains change, il y a ce très beau bruit mécanique du panneau d’affichage qui tourne, et qui, à chaque fois, me fait penser à l’envol d’un groupe d’oiseaux.

Avez-vous toujours eu cette attirance pour le son?

Comme tout le monde, j’ai toujours eu un rapport très fort avec la radio, d’abord France Inter, qui était la radio familiale, puis une radio associative à Lyon qui s’appelait Radio Belle Vue. Bien sûr, France Culture que j’écoute tous les matins.

On dit que vous avez développé une hypersensibilité au son, une sorte d’hyperacousie qui vous permettrait d’écouter les gens raconter leur vie dans le métro, dans la rue…

Je ne sais pas si c’est de l’hyperacousie, mais c’est vrai que j’ai une écoute très attentive et concentrée. Mon travail consiste essentiellement à écouter. Quand je suis dans un lieu public, il m’arrive en effet d’entendre les conversations à la table d’à côté. L’écoute permet aussi d’entendre ce que la personne ne veut pas dire. On entend le mensonge, l’émotion, les lapsus. C’est une dimension qu’on aime bien garder sur Arte Radio.  

Vous arrive-t-il d’écouter des podcasts? 

Comme je suis sensible à mon environnement et que je n’ai pas envie d’être isolé des autres, c’est vrai que je n’écoute pas de podcasts dans les transports, mais j’écoute quand même ce qui se fait. J’aime appréhender le monde à travers les discussions, les rencontres, la lecture, le théâtre, les séries télé, les spectacles de stand-up… Je tiens à ne pas me limiter uniquement à ce que je fais dans ma vie professionnelle. Je veux que mes oreilles restent fraîches! 

Pensez-vous qu’il est possible de tout raconter avec le son ?

Je crois. Les choses doivent pouvoir être entendues simplement. Sur Arte Radio, le son nous a permis de faire des grands documentaires, comme la série des braqueurs de Pascal Pascariello qui nous racontent leur vie sans tabou, mais avec morale. Le son fonctionne bien avec l’intime, le contemporain, tout ce qui a trait à la mémoire, et permet de mélanger le passé et le présent dans la même séquence.

Une histoire en son permet-elle de faire passer plus d’émotions?

Oui, parce que ça nous renvoie à l’enfance. Nous sommes avant tout des êtres de langage. C’est par le son, par l’écoute qu’on a appris à parler, qu’on a appris à échanger avec les autres. Ça renvoie à des émotions très intimes et très spécifiques. Je pense que la voix permet d’entendre la fragilité de la personne sans la juger.

Le succès grandissant du podcast est-il significatif du fait que la voix devient de plus en plus importante dans notre société?

Cela montre qu’il y a des thématiques qui étaient délaissées par les grands médias traditionnels, et qui font le succès des podcasts, comme les questions du féminisme et de genre. C’est cette multiplicité des voix de la société française que, peut-être, on a oubliée d’entendre. C’est important de tendre son micro à la diversité des habitants de ce pays.  

Vous arrive-t-il d’apprécier le silence?

Bien sûr, mais aujourd’hui c’est très difficile. Moi je crains beaucoup les voitures, donc partout où je me déplace, j’essaie de trouver des endroits dans lesquelles il y a un minimum de circulation. L’écoute, c’est un acte choisi. C’est pour ça qu’on ne doit pas être envahis de sons dans l’espace public, pour pouvoir se concentrer, et être libre de son écoute.

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