Les podcasts francophones vivent-ils leur apogée en 2018?

AUDIO Depuis trois ans, on enregistre en France une hausse massive du nombre de nouveaux podcasts, mais pendant combien de temps encore...

Thomas Weill

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Le milieu du podcast a commencé à prendre une tournure professionnelle en 2015, et aujourd'hui ce médium fait un carton.
Le milieu du podcast a commencé à prendre une tournure professionnelle en 2015, et aujourd'hui ce médium fait un carton. — Patrick Breitenbach / Flickr

A l'occasion du lancement de ses podcasts, «Sixième Science» et «Juste un droit», «20 Minutes» fait le point sur la scène audio française. 

Ecouter la radio sur un transistor? Old! Sur son ordi? So 2017. Il faut savoir vivre avec son temps. En 2018, la question n’est plus de savoir quelle fréquence choisir, mais plutôt quel podcast écouter. Apparu en 2004 aux Etats-Unis, le podcast, contraction de «Ipod» et «broadcasting» (diffusion en anglais) est en train de vivre ses heures de gloire. Au point que certains se demandent si 2018 n’est pas le point culminant de cette croissance.

Pendant longtemps, le podcast c’était surtout ce que Joël Ronez appelle la «catch up radio», ou «radio de rattrapage» c'est-à-dire la rediffusion de ce qui passait sur les ondes. Aujourd’hui, de plus en plus d’émissions voient le jour directement sur Internet. Joël Ronez sait de quoi il parle, lui qui dirigeait les Nouveaux médias de Radio France et préside actuellement le réseau de podcasts Binge audio qu’il a cofondé. «Aujourd’hui, il y a beaucoup d’offres professionnelles ou amatrices de qualité, qui sont disponibles et se partagent le temps d’écoute des jeunes générations», observe-t-il. A l’inverse, «la radio est encore prospère mais vieillit. Pour les podcasts, environ les trois-quarts des auditeurs ont moins de 35 ans».

Un contexte prometteur...

D’ailleurs, si le podcast connaît un boum aujourd’hui, c’est aussi parce qu’il y a une rencontre entre cette génération et «des possibilités techniques importantes, avec le smartphone et le haut débit partout». Le président de Binge audio parle de «conjonction entre les envies des créateurs, les possibilités technologiques et les modes de distribution aussi». Ce contexte est d’autant plus favorable au développement du format que les professionnels des médias s’arment pour accueillir comme il se doit les assistants personnels, Google home, Alexa et consorts. A moins que…?

«Nos productions audio sont adaptées à l’économie du système numérique, mais avec les Google home et compagnie, on va assister à une redistribution des cartes», notamment point de vue concurrence, selon Joël Ronez.  Avec les assistants, on sera dans un segment de marché où nos concurrents seront à la fois la presse écrite, la radio, les réseaux de podcasts, etc…» Une concurrence saine pour le fondateur de Binge audio qui estime que «plus il y a d’offres, plus cela sera profitable pour tout le monde».

… pour qui exploite le filon

«Oui il y a une ruée vers les assistants audio, confirme Yann Rieder, dirigeant du réseau de podcasts indépendant RadioKawa. On nous explique que le futur se passera sur ces plateformes là, je me permets d’être dubitatif. Par où rentre l’argent?» En dépit de cette interrogation, le discours de Yann Rieder est sans équivoque: «A RadioKawa, on est bénévoles, on n’a rien à faire d’un bilan financier», affirme-t-il, par opposition à «un Binge audio ou un Louie media», autre réseau de podcasts, qui, selon lui, «voient un filon et ont des investisseurs». Le «filon» justement serait particulièrement important cette année.

Joël Ronez évoque un boum en 2018, expliquant avoir «augmenté le rythme de production Binge par quatre par rapport à 2017. On a fait en un trimestre le chiffre d’affaires de toute l’année dernière. Il y a une brutale accélération de la demande et de l’audience.» A l’inverse, Yann Rieder constate plutôt «une évolution stable, depuis qu’on a des mesures d’audience fiables», qu’il date à 2012. Pour lui, plutôt que 2018, l’année phare était 2015. «C’est l’année centrale.» A l’en croire, la bonne santé actuelle du secteur en découle. «Au bout d’un moment, l’augmentation du nombre d’acteurs et de productions va retomber». Mais ce sera sûrement l’histoire d’une autre année.

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