Le podcast, un lieu d'échange sans tabou?

AUDIO Du féminisme au racisme en passant par la sexualité, les sujets abordés dans les podcasts sont nombreux et variés…

Thomas Weill

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De gauche à droite : Kévi, François et Mélanie, animent tous les trois le podcast Le Tchip, qui parle de culture afrodescendante.
De gauche à droite : Kévi, François et Mélanie, animent tous les trois le podcast Le Tchip, qui parle de culture afrodescendante. — T. Weill / Le Tchip

A l’occasion du lancement de ses podcasts, «Sixième Sciences» et «Juste un droit», 20 Minutes revient sur les figures phares de la scène audio indépendante.

On dit souvent que la musique adoucit les mœurs. Le podcast, lui, délie-t-il les langues ? Féminisme, sexualité, questions de racisme… ces sujets sont abordés de plus en plus souvent dans les médias et de plus en plus librement. En la matière, les podcasts ont la réputation d’être parmi les meilleurs élèves. Pourtant, la population de podcasteurs semble parfois manquer de diversité et provenir d’un même petit milieu, ce qui peut remettre en doute la réelle ouverture de ce média. Alors le podcast, ouverture ou communautarisme ?

L’année 2015 a marqué un tournant pour le podcast. De plus en plus de projets, émanant de la sphère journalistique, ont pris vie sur la toile. Aujourd’hui, certains podcasts parmi les plus connus sont effectivement animés par des journalistes. On pense par exemple à « La Poudre » de Lauren Bastide, ou aux productions du studio Louie media de Charlotte Pudlowski et Mélissa Bounoua. En France, Arte est aussi l’un des premiers grands médias à héberger des podcasts avec sa plateforme Arte Radio.

Ce contexte favorable au lancement de nouvelles émissions ne concerne pas uniquement les journalistes. Siham Jibril en est le parfait exemple, elle qui est diplômée d’école de commerce et anime le podcast «  Génération XX », qui s’intéresse aux femmes entrepreneures. Pour elle, les podcasteurs ne sont « pas du tout des journalistes et pas qu’à Paris. Ce sont des gens passionnés par un secteur ». La jeune femme estime que « ça peut évoluer comme le blog et Youtube, avec des particuliers qui s’emparent de ce média et créent », un peu comme elle.

Un média intime et permissif…

« Je n’étais pas satisfaite de la façon dont on faisait les portraits de femmes et de l’entreprenariat dans certains médias. Soit on montrait le côté wonderwoman qui a tout réussi, et on ne parlait pas des failles, soit c’était très infantilisant », explique-t-elle au sujet de sa démarche. Depuis deux ans, elle reçoit chaque semaine une femme qui entreprend, et en fait le portrait au micro pendant une quarantaine de minutes. Chose qui n’aurait selon elle pas été possible sous un autre format.

« On ne s’en rend pas compte, mais la voix a quelque chose de très intime. Il se crée un climat de confidence. A l’écrit, c’est une retranscription. Dans une vidéo vous allez faire attention à votre apparence, il y aura une mise en scène. Avec la voix, on ne fait que vous entendre et tout ce que vous allez dire va rester tel quel. » Siham Jibril peut parler des femmes sans tabou, parce que le podcast lui permet une approche bien plus transparente et plus libre. Certains sujets, comme la sexualité, sont donc facilement abordés version podcast. L’exemple de « Sex and sounds », le podcast de la chroniqueuse sexo Maïa Mazaurette, vient à l’esprit, de même que le nouveau venu «  Sur leurs lèvres », un podcast de Cheek Magazine, où la journaliste Julia Tissier réunit des hommes hétéros pour parler sexualité féminine, pour ne citer qu’eux.

…Pour s’adresser à une communauté

Ce mélange d’intimité et d’ouverture, Kévi Donat le ressent aussi. Gérant du Paris noir qui organise des visites guidées de la capitale, il est l’un des trois hôtes du podcast «  Le Tchip », consacré à la culture afrodescendante (pour ne rien vous cacher, ses co-hôtes sont d’anciens journalistes de 20 Minutes). « On s’attaque à des sujets difficiles ou on sait qu’on va se prendre des réflexions parce qu’on parle de choses assez personnelles. La question du colorisme par exemple, ou des relations interraciales, ou de l’afro-féminisme… Ce sont des thèmes qui touchent les gens qui s’y intéressent, de façon plus personnelle et plus profonde qu’un sujet classique dans un JT. »

Le jeune podcasteur assume que les thématiques qu’il aborde ne parleront pas à tous. « On ne peut pas satisfaire tout le monde, il faut être lucide. Le podcast n’a pas cette vocation ». Preuve en est, à laisser traîner l’oreille outre-Atlantique où le podcast a une longueur d’avance, Kévi Donat remarque par exemple que même « les grands médias, comme le New York Times, qui se mettent au podcast, ont au moins une émission où ils vont parler de la culture noire ou des choses comme ça ». Signe que les questions raciales sont peut-être abordées différemment aux Etats-Unis, mais aussi que le podcast reste un canal privilégié pour échanger. Alors oui le podcast est communautaire, mais aussi un espace de dialogue plus ouvert, sans tabou. Preuve que les deux ne sont pas inconciliables.