Coupe du monde 2018: «On pensait que le public réagissait à la musique mais en fait il y avait eu un but de la France»

FESTIVAL Le directeur artistique du festival Jazz à Vienne a l’habitude de gérer la concomitance d’une Coupe du monde et de concerts…

Benjamin Chapon

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Le public du festival Jazz à Vienne en 2017
Le public du festival Jazz à Vienne en 2017 — ALLILI/SIPA
  • Les festivals de musique prennent le risque de voir leurs concerts désertés pendant les matchs de foot de l’équipe de France.
  • Parfois, les artistes eux-mêmes préfèrent suivre les matchs plutôt que de monter sur scène.
  • Il y a aussi de belles histoires de festivals pendant des Coupes du monde.

Alors que la France entière, ou presque, s’est organisée pour pouvoir être devant son écran pour les matchs de l’équipe de France, pour les festivals de musique, c’est un vrai casse-tête. Tous les quatre ans, voire tous les deux ans si l’on inclut l’Euro, la question se pose : faut-il annuler les concerts les soirs de matchs de l’équipe de France ?

« On n’en tient pas compte pour programmer nos concerts, explique Benjamin Tanguy, directeur musical du festival Jazz à Vienne. Sauf en 1998 où on a arrêté le festival dès le 11 plutôt que le 12. Bon, on a bien fait, on n’aurait peut-être pas eu grand monde le soir de la finale… » Aux Francofolies non plus, « on ne peut pas se permettre de sacrifier une soirée à cause du foot, on a déjà assez de contraintes comme ça, explique son directeur Gérard Pont. Même si ça nous est arrivé de donner le score ou de mettre le match en direct sur les écrans géants pendant un changement de plateau entre deux artistes… Cette année, comme pour France-Uruguay, la finale se joue le 15 à 17 heures, avant le début des concerts. C’est parfait pour nous. »

Les artistes dilettantes

Un horaire parfait mais qui ne l’a pas toujours été. Benjamin Tanguy se rappelle de matchs de la France concomitants aux concerts. « Tout a changé avec l’arrivée des smartphones. Les gens suivent le score pendant le concert… Une fois j’ai entendu le public crier en plein concert… On pensait qu’ils réagissaient à un solo de guitare mais en fait la France avait marqué un bu… »

Quand ce n’est pas le public qui est aux abonnés absents ou déconcentrés pendant les concerts, ce sont les artistes qui rechignent à être sur scène pendant un match. On ne donnera pas le nom de cet artiste français, récompensé aux Victoires, qui a demandé à son tourneur de n’avoir aucun concert cet été les soirs de matchs importants (pas seulement ceux de la France…).

Benjamin Tanguy se rappelle lui de Gilberto Gil, artiste et ex-ministre de la Culture brésilien, naturellement fan de foot. « En 1998, même sur scène pendant les balances, il voulait suivre les matchs. On avait installé un écran à côté de la scène. Mais il n’y a pas que lui, les artistes brésiliens en général n’envisagent pas de rater les matchs de leur équipe pendant une Coupe du monde. » En 2016, pendant le match entre la France et l’Allemagne, le guitariste John McLaughlin, supporter de la Mannschaft « faisait, pendant le concert, des allers-retours dans l’algeco des techniciens pour suivre le match… », se souvient Benjamin Tanguy.

Concilier foot et jazz

Mais une Coupe du monde, ce ne sont pas forcément que de mauvais souvenirs pour les festivals, précise Benjamin Tanguy. « En 1998, on avait organisé un match entre artistes brésiliens et membres du staff du festival. Bon, le score avait été sans appel… Finalement on a beaucoup de musiciens qui viennent du monde entier et une Coupe du monde les rassemble un peu, ça donne toujours une ambiance particulière. On pourrait faire programmation avec toutes les nationalités présentes à la Coupe du monde parce qu’on invite des musiciens du monde entier. On avait un groupe japonais l’an dernier. Il y a du jazz en Corée aussi bien qu’en Islande, et bien sûr en Amérique du Sud, en Afrique… Partout ! Le jazz a évolué, les grands maîtres ne sont plus de ce monde. Les nouveaux artistes ont marié le jazz avec différents genres, comme le hip-hop. »

Vendredi soir par exemple, à Jazz à Vienne, les fans de foot pourront fêter la victoire des Bleus et zapper la déroute des Brésiliens devant un concert de Youssou N'dour, Rokia Traoré et Mulatu Astatke. Samedi, ceux qui se foutent du destin de la Croatie ou de l’Angleterre auront la joie de succomber à une soirée hip-hop avec notamment Black Star. Le mardi 10 juillet, alors que la France affrontera le Brésil ou la Belgique en demi-finale, les heureux spectateurs du festival assisteront aux concerts de Lucky Peterson, Surgaray Rayford et Marquise Knox.