Stéphane Bern: «J'ai une langue plus bourgeoise que noble»

PATRIMOINE L’animateur télé pose sa voix sur un spectacle dédié à la vie de Marie-Antoinette au château de Versailles…

Benjamin Chapon

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Stéphane Bern dans la reconstitution du Château de Versailles au parc France Miniature
Stéphane Bern dans la reconstitution du Château de Versailles au parc France Miniature — LAURENT BENHAMOU/SIPA

Stéphane Bern, le château de Versailles, Marie-Antoinette… Le casting semble si évident. L’animateur télé spécialisé dans les émissions sur le patrimoine est le « récitant » du spectacle conçu par le groupe F pour le château de Versailles autour de la vie de sa plus célèbre résidente : Marie-Antoinette.

Habitué de l’exercice, Stéphane Bern est également la voix du parcours de visite du parc d’attraction France Miniature  et est devenu le Monsieur Patrimoine de France 2 et d’Emmanuel Macron qui lui a confié une mission de concertation sur le sujet.

On vous voit beaucoup dans des émissions sur l’histoire et le patrimoine mais on vous entend encore plus…

J’ai une voix de radio, c’est devenu mon outil de travail principal. Mon phrasé est très particulier et facilement reconnaissable. On me demande souvent de retenir les violons mais je n’y peux rien, j’ai une manière un peu lyrique de parler. Je suis un peu à contre-courant avec ma voix vibrante alors qu’on vit dans un monde où les ordinateurs parlent un langage dépouillé hérité des SMS.

On vous connaît en connaisseur des monarchies mais vous n’avez pas vraiment un voix « royale »… 

Absolument pas. Au temps des rois français, le langage était moins châtié. J’ai une langue plus bourgeoise que noble. Et j’ai plutôt une voix du XIXe siècle, à la Flaubert, presque proustienne parfois. Je suis du côté de Chateaubriand ou Alexandre Dumas, ces auteurs et l’époque où l’on redécouvre l’Histoire et le patrimoine.

Ce spectacle à Versailles est-il l’occasion de voir un feu d’artifice ou de recevoir une leçon d’Histoire ?

Peut-être les deux, j’espère. Je suis un récitant, je raconte une histoire qui s’inscrit dans la grande Histoire. Je suis un conteur d’histoires, pas un historien. Je n’ai jamais prétendu être historien. « Encore heureux » disent les historiens quand je rappelle ça d’ailleurs…

Vous avez déjà dit être fasciné par le destin de la dernière reine de France… Le spectacle est-il une réhabilitation de Marie-Antoinette ?

Pas du tout, ni son procès d’ailleurs. Ce spectacle montre qu’elle a aussi été jugée comme une femme. On oublie qu’elle avait comme alliée Olympe de Gouges, féministe et révolutionnaire. Marie-Antoinette a failli gagner et se sauver quand elle en a appelé à « toutes les tricoteuses et toutes les mères. » Elle a subi des accusations qui résonnent avec notre actualité. Pour la diffamer, on l’a accusé de pédophilie, d’inceste… Il fallait que la Révolution se fasse, bien sûr. Mais il me semble que la condamnation de Marie-Antoinette est aussi un geste contre toutes les femmes.

Comment abordez-vous la mort de Marie-Antoinette dans un spectacle familial ?

On n’occulte aucune partie de sa vie. Mais on n’est pas là pour effrayer les gens avec des détails épouvantables.

A titre personnel, que ressentez-vous en étant le récitant d’un spectacle au château de Versailles ?

Mon premier boulot a été hôte d’accueil à Versailles. On peut donc dire qu’entre eux et moi c’est une longue collaboration. J’ai aussi déjà travaillé avec le groupe F pour un spectacle à Versailles pour lequel j’étais, littéralement, dans le bassin d’Apollon. Mais c’était difficile pour moi d’être comédien, en direct, sur scène. C’était plus confortable et efficace que je pose ma voix.

Mais vous êtes quand même la tête d’affiche du spectacle. Les spectateurs ne risquent-ils pas d’être déçus de ne pas vous voir en chair et en os ?

Il y a beaucoup mieux à voir ! Ce spectacle n’a rien à voir avec un son et lumière d’autrefois. Il y a une magie de la nuit versaillaise. Il faut accompagner le public avec un phrasé mélodique. La pyrotechnie et le décor sont des métaphores que le public doit interpréter dans un effort d’imagination. Alors que ma voix raconte une histoire. Il faut faire rêver les gens, les sortir de leur quotidien, sinon ça ne fonctionne pas. Quand je suis à la télé les images et les lieux parlent. Là, il y a juste ma voix pour suivre l’histoire.

Ce genre de spectacle est-il pour vous l’occasion de vivre des périodes historiques qui vous fascinent ?

Il participe à ma mission qui est de redonner le goût de l’Histoire sans tomber dans le gnagnan. Je n’ai aucune nostalgie, d’ailleurs comment en aurais-je ? Mais j’aime me téléporter. Je suis très à l’aise dans mon époque.