Broly dans «Dragon Ball», film maudit des «Chevaliers du Zodiaque»... Les secrets de vos deux séries animées préférées

CULTE Réalisateur d'épisodes et de films «DBZ» et «Saint Seiya», Shigeyasu Yamauchi dévoile les coulisses de son métier et de sa passion...

Propos recueillis par Vincent Julé

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«Dragon Ball Z» et «Saint Seiya», deux animés cultes sur lesquels a travaillé le réalisateur 	
Shigeyasu Yamauchi
«Dragon Ball Z» et «Saint Seiya», deux animés cultes sur lesquels a travaillé le réalisateur Shigeyasu Yamauchi — RONALD GRANT-MARY EVANS-SIPA / Masami Kurumada-Shueisha-Toei Animation

C’est officiel, le très attendu 20e film Dragon Ball sera la suite directe de la récente série Dragon Ball Super, et marquera le grand retour de Broly, méchant iconique de la saga. « J’ai appris qu’il était très populaire au Japon mais aussi à l’étranger, explique Akira Toriyama lui-même, sur le site du film. J’ai revu les anciens longs-métrages et me suis dit qu’il serait intéressant de l’intégrer à l’univers de Dragon Ball Super, en gardant son design d’origine pour ne pas décevoir les fans mais en retravaillant le personnage pour qu’il devienne encore plus fascinant. » Star de trois films, Broly a beau être culte - les joueurs de Dragon Ball FighterZ n’attendaient que lui -, il n’était pas canonique, et n’avait d’ailleurs pas été créé par Akira Toriyama mais par Shigeyasu Yamauchi. Qui ?

S’il est facile pour les fans de citer l’auteur original d’un manga, il n’en va pas toujours de même pour les artisans de son adaptation animée, à l’exception peut-être de Shinjo Araki qui s’est réapproprié, et a transcendé, l’univers de Masami Kuramada sur Saint Seiya - Les Chevaliers du Zodiaque. Shigeyasu Yamauchi, lui, n’a pas seulement réalisé plusieurs épisodes et films Dragon Ball, il a également signé trois des cinq films Saint Seiya, et participé aux animés Ranma 1/2, Talulu le magicien, Digimon, Crying Freeman, Hana Yori Dango… Une légende et mémoire de la japanime, que 20 Minutes a rencontré lors des cinquièmes Tsume Fan Days et dont l’interview est idéale pour fêter la fin de Japan Expo - où DBZ et Saint Seiya étaient encore partout !

Comment avez-vous débuté dans la japanime et rejoint le mythique studio Toei Animation ?

L’animation n’est pas une vocation, je n’avais pas forcément prévu d’en faire ma carrière. Mais je ne savais pas trop quoi faire de ma peau, je voulais juste ne pas finir salaryman. C’est en feuilletant des magazines que je me suis intéressé à l’animation, à la vidéo, à la mise en scène. Après des débuts chez Ashi Production, je suis entré à la Toei, qui faisait à la fois des dessins animés et des films de cinéma. Je me suis dit que c’était le bon endroit pour connaître toutes les phases de création : écriture, story-board, réalisation, montage, doublage, etc. C’était difficile, mais intéressant et épanouissant.

Vous avez surtout travaillé sur les séries cultes Dragon Ball et Les Chevaliers du Zodiaque, vous n’aviez pas trop la pression ?

Je ne peux pas dire que j’avais la pression, j’étais jeune, je le voyais plus comme un défi. Mais c’est vrai qu’il s’agissait de licences prestigieuses, à l’époque et encore aujourd’hui, c’est donc un honneur d’avoir bossé dessus. La charge de travail était énorme, nous avons tout donné. J’ai réalisé plusieurs épisodes de Dragon Ball Z, à différents moments de la série, et si on me parle souvent de l’arc Freezer et de la première transformation de Goku en Super Sayan dans l’épisode 95, la partie avec les cyborgs et Cell reste ma préférée. Peut-être parce que l’avenir de la Terre était en jeu.

Vous êtes aussi le créateur de Broly, un personnage inédit du manga mais culte auprès des fans.

Comme le titre du premier film l’indiquait, il est le plus puissant des super guerriers. Mais s’il est le plus fort, il n’a donc aucune raison de perdre ? Sauf que Broly n’a que ça, sa puissance, alors que Goku et Vegeta ont fondé des familles, sont prêts à se sacrifier pour leurs proches. Je voulais explorer cette solitude et montrer que la toute puissance physique n’était pas suffisante pour battre le pouvoir de l’amour, de l’amitié, des liens. Broly me ferait presque de la peine. C’est un personnage plus sombre dans l’univers de Dragon Ball, j’ai dû me battre pour l’imposer. A l’origine, je voulais qu’il dise à la fin : « Qui suis-je exactement ? » Mais ils ont coupé la phrase. Si j’avais pu, j’aurais aimé approfondir son histoire, sa personnalité.

Vous avez réussi à imposer votre style, qu’il s’agisse des coups de pieds dans les combats de DBZ ou les déformations des personnages dans Saint Seiya.

Lorsque l’on imagine Goku se battre, on pense immédiatement au Kamé Hamé Ha. Je voulais plutôt montrer des corps à corps, où ils utilisent les poings mais aussi les pieds, et où chaque coup de Goku est imprévisible pour l’adversaire, et peut donc causer beaucoup de dommages. Un mélange de vitesse et de puissance. Pour les fameuses déformations dans Saint Seiya, je n’en suis pas le seul instigateur. Il faut aussi rendre à l’animateur et chara designer Shinjo Araki ce qui lui appartient.

Pour vous donner un exemple précis et parlant, lors du combat d’Ikki contre Shaka, le Chevalier de Bronze perd ses sens l’un après l’autre. Or, comment son corps réagit, comment le monter à l’écran, comment mettre le spectateur à sa place ? Le côté déformé des corps donne une image de ces privations, ajoute un vrai impact. Et c’est devenu ma signature, enfin l’une de mes signatures. (rires)

Le cinquième film Saint Seiya, Chapitre du monde céleste - Ouverture, a été un échec public et critique en 2004, que s’est-il passé ?

C’est un film particulier, nous voulions montrer autre chose que des combats et nous focaliser sur la relation entre Seiya et Saori, une histoire d’amour effleurée dans le manga. C’était une tentative, peut-être risquée, mais je ne lisais pas les critiques ou les avis à l’époque, donc j’ai été épargné. La fin du film, où Seiya et Saori perdent la mémoire, appelait à des suites. Nous n’avions rien planifié, mais l’idée était bien sûr d’avoir Zeus comme big boss à un moment. Même si notre focus restait Seiya et Saori. Comme pour DBZ, il n’est pas difficile de trouver de nouveaux méchants, mais le cœur de la série ou du film doit rester les personnages.

Que pensez-vous des critiques envers la baisse de la qualité des séries animées actuelles, comme sur Dragon Ball Super ?

Je n’ai pas vu Dragon Ball Super, mais il me semble qu’il s’agit moins d' une baisse de qualité technique que d’un manque de passion de la part des équipes. Dragon Ball, Saint Seiya… Nous parlons d’animés adaptés de shônen mangas, reposant sur le fameux nekketsu [littéralement « sang chaud »]. Il faut savoir transmettre cette énergie, ce bouillonnement à l’écran. Or, chez les producteurs, réalisateurs et animateurs en activité, il y a du travail, de la technique, mais il manque quelque chose, de l’amour pour ses personnages, un supplément d’âme.

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