Facebook: Qui est Joëlle Pineau, la femme qui pèse dans le milieu de l’intelligence artificielle?

PORTRAIT Joëlle Pineau est à la tête du laboratoire dédié à l'intelligence artificielle de Facebook (FAIR) à Montréal... 

Laure Beaudonnet

— 

Joelle Pineau, à la tête du laboratoire dédié à l'IA de Facebook.
Joelle Pineau, à la tête du laboratoire dédié à l'IA de Facebook. — FACEBOOK
  • Montréal est la quatrième ville à avoir accueilli un laboratoire Facebook dédié à l’intelligence artificielle (FAIR) après Menlo Park et New York, aux Etats-Unis, et Paris.
  • Il est rare de croiser une femme dans le milieu de la tech, Joëlle Pineau fait donc figure d’ovni.
  • Elle a raconté à 20 Minutes son parcours atypique et son sentiment sur un milieu pas très « girl friendly ».

Les chances de rencontrer une femme dans le monde de la tech sont aussi minces que de trouver une perle dans une enceinte connectée. Alors, quand l’occasion d’en croiser une se présente, on ne lui tourne pas le dos. Notre trésor nacré s’appelle Joëlle Pineau, à la tête du laboratoire de Facebook dédié à l’intelligence artificielle au Québec [FAIR Montréal].

Le secrétaire d’État au numérique Mounir Mahjoubi inaugurait jeudi dernier la Fondation Femmes@Numérique, qui se lance le défi de rééquilibrer la répartition hommes-femmes dans les entreprises des nouvelles technologies. Le même jour, Mattel lançait une poupée Barbie « ingénieure en robotique ». Dans ce contexte, on n’a pas pu refréner notre envie de rencontrer celle qui pourrait devenir l’icône féminine cool qui manque à la recherche informatique.

« J’ai dû choisir entre la musique et le génie »

Joëlle Pineau, également codirectrice du laboratoire d’apprentissage et de raisonnement à l’Université McGill, n’a vraiment rien de l’image qu’on pourrait se faire d’une professeure en intelligence artificielle. D’ailleurs, elle n’était pas prédestinée à faire des sciences. « Dans ma famille, il n’y avait pas de chercheurs, c’était plutôt des musiciens, des fonctionnaires, ce genre de profils », souligne-t-elle. « J’ai dû choisir entre la musique et le génie, j’ai choisi le génie parce qu’il me semblait plus intéressant de faire des mathématiques plusieurs heures par jour plutôt que de m’entraîner sur mon instrument », explique celle qui, à 18 ans, jouait de l’alto dans deux orchestres.

Sa passion pour les maths remonte à l’enfance. Sa vocation n’a donc pas surpris grand monde : ado, elle gagnait la plupart des concours auxquels elle participait. A la fin de ses études, elle se penche sur le système de perception d’un robot « très primitif » et, plus elle met les mains dans la robotique, plus elle s’intéresse à l’intelligence artificielle. Mais, elle l’admet, jamais elle ne s’était imaginée dans l’informatique. « Qui veut faire ça ? J’ai choisi l’informatique le jour où j’ai eu mon poste de professeur en informatique », confie avec un sourire la jeune quadra.

Aujourd’hui, la spécialité de Joëlle Pineau, c’est l’apprentissage par renforcement, « une famille de modèles d’algorithmes qui permettent aux machines d’apprendre à prendre des décisions ». Avec le deep learning, on a l’analyse passive de l’information, avec le reinforcement learning, on a la prise de décision séquentielle grâce à une planification. Par exemple, si une voiture autonome croise des objets qui se déplacent dans son environnement, elle va réagir et adapter sa conduite en fonction de ce qui se passe. « C’est axé sur de l’information dynamique », précise Joëlle Pineau qui travaille sur plusieurs projets avec le milieu hospitalier.

« Je n’ai pas vécu de misogynie »

Chaque pièce de son cursus s’emboîte si parfaitement avec les autres qu’on en oublierait qu’il s’agit d’une femme dans un milieu pas très girl friendly. La déferlante #MeToo a d’ailleurs récemment démontré, au travers de nombreux témoignages, qu’une femme dans la tech n'a rien d'une évidence. Mais Joëlle Pineau ne semble pas très impressionnée. « Je n’ai pas vécu de misogynie ni de harcèlement, même si ça existe. J’ai eu la chance de tomber sur des équipes saines, des bons mentors. Je suis méfiante de nature, si ça ne sent pas bon, je n’y vais pas », lâche-t-elle. Dans son programme de doctorat, elles étaient une douzaine de femmes sur une centaine d’hommes. C’est peu mais il y a bien pire. « A 12, il y a toujours moyen de trouver des copines pour la vie ».

Elle confirme toutefois : le milieu des nouvelles technologies ne peut pas faire l’économie des femmes. « C’est un gros défi », il faut de la diversité et le secteur souffre d’un gros déficit d’image. Alors comment attirer plus de femmes ? « Dans nos équipes, on se demande comment créer un environnement sain qui permette aux femmes d’avoir de la place pour parler. A partir du moment où on crée un espace où les femmes sont à l’aise, on crée aussi un espace où toutes sortes d’autres personnes sont à l’aise, d’autres profils d’hommes qui ne l’étaient peut-être pas, des minorités visibles… », pointe celle qui ne cache pas avoir réfléchi de longs mois avant d’accepter la proposition de Facebook.

Le réseau social a ouvert son centre de recherche en IA à Montréal en septembre 2017. « La qualité des chercheurs de FAIR dépasse, à mon avis, tous les autres laboratoires et le fait qu’on puisse partager, publier le code en open source, ce sont des valeurs importantes pour moi. Ça me permet de garder un pied dans le monde académique sans devenir schizophrène », plaisante-t-elle. Boute-en-train, brillante et jeune, Joëlle Pineau vaut tellement mieux qu’une Barbie « ingénieure en IA ».

>> A lire aussi : «L’Intelligence artificielle n’est pas la chose terrifiante que l’on voit dans les films», insiste Werner Vogels, CTO de Amazon.com