Stonewall: Quand les émeutes à l'origine de la Marche des fiertés nous sont contées

CINEMA Ce jeudi, un coffret DVD de films sur les émeutes de Stonewall sort en France, quarante-neuf ans jour pour jour après cette date fondatrice pour la lutte en faveur des droits des personnes LGBT...

Fabien Randanne

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Jonny Beauchamp dans «Stonewall» de Roland Emmerich.
Jonny Beauchamp dans «Stonewall» de Roland Emmerich. — Condor Entertainment
  • Le 28 juin 1969, une foule de personnes majoritairement LGBT a affronté la police devant le Stonewall Inn à New York.
  • Cet événement est une date importante dans la lutte pour les droits des personnes homosexuelles, bi et trans.
  • Une poignée de fictions et documentaires ont raconté le déroulement des faits avec plus ou moins de bonheur.

New York, 28 juin 1969, 1h30 du matin. La police effectue une descente au Stonewall Inn, un bar fréquenté notamment par une foule LGBT bigarrée. Habituellement, les forces de l’ordre y multiplient les intimidations, arrêtent drag-queens et personnes trans, ou, parfois, y glanent quelques pots-de-vin, comme le relate PinkNews. Mais cette fois-ci, les choses se passent différemment. Clientes et clients se rebellent, les projectiles volent, la confrontation se transforme en émeute. Ce mouvement de révolte entre dans l’histoire, considéré comme un jalon de la lutte pour l’égalité des droits aux Etats-Unis. Sa résonance se manifestera dans le monde entier : si les Gay Pride, ou Marche des fiertés selon la dénomination francophone plus inclusive, se déroulent dans de nombreuses villes le dernier samedi de juin, c’est précisément pour commémorer cette date fondatrice.

Plusieurs documentaires ont retracé le soulèvement. « Before Stonewall (1984), After Stonewall (1999), Stonewall Uprising (2010)… L’avant, l’après… Par ces titres on voit bien que c’est un moment charnière, considéré comme un point d’achèvement ou de départ, là où tout bascule », souligne le journaliste Didier Roth Bettoni, auteur de L’Homosexualité au cinéma (éditions La Musardine).

« C’est incroyable, cette réécriture de l’histoire ! »

Stonewall Uprising figure dans le coffret DVD qu’édite Condor Entertainment ce jeudi, quarante-neuf ans jour pour jour après l’explosion des émeutes. Un autre documentaire fait partie du lot : Pay it no mind – The Life and Times of Marsha P. Johnson, par ailleurs également disponible sur Netflix et qui retrace le destin tragique de cette activiste trans et noire, fer de lance des émeutes.

Mais c’est une fiction qui est mise en avant sur le packaging : Stonewall, le long-métrage de Roland Emmerich qui arrive ainsi en France directement en vidéo, trois ans après un passage express sur les écrans américains. Il faut dire que ce film, signé par l’auteur d’Independance Day et 2012, a suscité une vive polémique. « Il est plus que problématique, les personnes trans, noires et latinos [particulièrement actives à Stonewall] sont reléguées au second plan, déplore Didier Roth-Bettoni. C’est incroyable cette réécriture de l’histoire ! L’émeute est même évacuée à la toute fin du film. »

« On a été tué par la rumeur sur Internet qui a regardé la bande-annonce et qui a dit que l’on blanchissait Stonewall. Soyons honnêtes, Stonewall était un événement de blancs. Mais personne ne veut plus entendre ça », avait balancé Roland Emmerich, lui-même ouvertement gay, au Guardian pour expliquer le flop du film. Ou comment se tirer une balle dans le pied droit après s’en être tirée une dans le pied gauche en arguant avoir choisi un acteur « qui joue comme un hétéro », pour qu’un plus large public puisse s’identifier.

Si Didier Roth-Bettoni note que le réalisateur a eu le mérite « d’imposer à un studio de faire un film sur cette histoire », il estime qu'« il ne célèbre pas cette histoire comme elle le mérite ». Et de conseiller davantage le Stonewall de Nigel Finch, sorti en 1995 : « C’est tourné avec trois francs six sous mais il y a une vraie énergie ».