VIDEO. Pourquoi il faut voir le spectacle de Hannah Gadsby sur Netflix (et comment il va changer la comédie... le monde?)

STAND-UP Le spectacle dont tout le monde va parler, et doit parler...

Vincent Julé

— 

Hannah Gadsby révolutionne l'exercice du stand-up dans son show «Nanette» sur Netflix
Hannah Gadsby révolutionne l'exercice du stand-up dans son show «Nanette» sur Netflix — Netflix

De la Française Blanche Gardin  à l’Américaine Ali Wong, les femmes font bouger les lignes de la comédie et du stand-up, un univers encore dominé par les hommes. Il suffit de jeter un coup d’oeil à Netflix, dont l’appétit pour les comedy specials semble insatiable. La plate-forme de streaming s’est offerte Jerry Seinfeld, Ricky Gervais ou Gad Elmaleh pour des millions de dollars, et met en ligne au minimum un nouveau spectacle par semaine. Et parmi ces shows en provenance en monde entier (Etats-Unis, Brésil, Corée, Allemagne...), les comédiennes sortent souvent du lot avec Iliza Shlesinger, Tig Notaro, Enissa Amani et maintenant Hannah Gadsby. Inconnue du grand public hier, cette Australienne révolutionne l’exercice du stand-up traditionnel avec Nanette, disponible depuis le 19 juin. Explications.

Fini de rire

« Je pense que je dois quitter la comédie », lance-t-elle en plein milieu de son spectacle. Le public, amusé, ne sait pas s’il doit la prendre au sérieux. Il faut dire que jusqu’à cette annonce, Hannah Gadsby revient sur son coming out, son look de « garçon manqué », sa jeunesse en Tasmanie, où l’homosexualité était un crime jusqu’en 1997, la question du genre, sa relation complexe avec la « fierté » homosexuelle… C’est drôle, fin, toujours bien vu et plein d’humanité. Mais elle le répète, elle arrête.

Dès lors, son show opère un basculement inattendu. Fini de rire. « J’ai bâti ma carrière sur l’autodérision, et je refuse de continuer, explique Hannah Gadsby. Pour moi et pour ceux qui s’identifient à moi. Vous comprenez ce qu’est l’autodérision ? Ce n’est pas de l’humilité, mais de l’humiliation. » Derrière chaque blague, il y a une anecdote, une histoire, un traumatisme. C’est la base du stand-up. « Et une tension, rappelle l’humoriste. Une tension qui demande une mise en place et une chute. »

« Une nouvelle voix majeure de la comédie »

Or, c’est devenu un problème selon elle : «Dans un comedy club, il n’y a pas de place pour la meilleure partie de l’histoire, la fin. Pour finir sur un rire, vous devez terminer par une punchline ». Hannah Gadsby fait ainsi non seulement son autocritique, mais remet en perspective, et en cause, l’exercice même du stand-up, ce qui lui a valu l’attention de la presse anglo-saxonne et  ce titre du New York Times : « Une nouvelle voix majeure de la comédie (qui attaque aussi la comédie) ». Elle avait fait de son histoire une série de blagues, elle a maintenant besoin de la raconter proprement, pour dire sa vérité : « Parce que la seule façon que j’ai actuellement de mettre cette tension dans la salle, c’est la colère. »

« Ces hommes ne sont pas des exceptions, ils sont la règle »

Vous l’aviez peut-être deviné, mais cette colère, cette vérité, rejoint les mouvements MeToo et Time’s Up. Bien qu’écrit et enregistré avant l’affaire Weinstein, le spectacle de Hannah Gadsby se fait le meilleur écho des violences faites aux femmes. De la séparation entre l’homme et l’artiste à l’obsession de la réputation, l’artiste règle leurs comptes aux Donald Trump, Woody Allen, Roman Polanski ou  Bill Cosby, qui a longtemps été son comique préféré. Elle remonte même à Pablo Picasso : « Ces hommes ne sont pas des exceptions, ils sont la règle ». Non pas qu’elle déteste les hommes, mais elle en a peur, avoue-t-elle sans jamais se poser en victime. Après quarante minutes de show, quelques rires et applaudissements fusent encore, mais le silence règne en maître dans la salle, et l’émotion est palpable. A la fin, le spectateur reste sans voix. Pour mieux entendre la sienne.

Mots-clés :