Fakear: On a parlé karma et mangé des vers au curry avec le musicien en Suisse

PEACE Installé dans un petit village au cœur de la Suisse avec sa copine, Fakear s’est mis au vert, ne jure plus que par la spiritualité, les huiles essentielles et la permaculture…

Clio Weickert

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Fakear
Fakear — C.WEICKERT
  • Fakear a connu le succès très jeune avec ses compositions électro.
  • Originaire de Caen, puis installé à Paris, il a quitté la capitale pour s’installer dans un village en Suisse.
  • Le jeune homme a découvert un nouveau mode de vie et une spiritualité qui ne l’empêchent pas de continuer à produire de la musique.

Si quelqu’un nous avait dit qu’un jour on parlerait cycles lunaires et huiles essentielles avec Fakear, on lui aurait bien ri à la face. Mais on vous le donne en mille, cet échange a bel et bien eu lieu (quelle vie, hein). Qui plus est sur la terrasse ensoleillée de l’auteur de nombreux tubes électro dont la Lune Rousse. Le jeune artiste a convié 20 Minutes à découvrir sa nouvelle vie déconnectée, dans un tout petit bled perdu en Suisse. Car depuis quelques années, Fakear a opéré un virage à 180 degrés, et ne jure plus que par la spiritualité, la méditation et la permaculture. Et la mozza vegan.

Quand on vous dit que c'est paumé, ça l'est vraiment.
Quand on vous dit que c'est paumé, ça l'est vraiment. - C.WEICKERT

C’est dans une petite bourgade, à 20 minutes en voiture de Lausanne, que Théo (le vrai prénom de l’artiste), a posé ses valises. Le jeune homme de 27 ans y vit avec sa copine, une Suisse pour qui il a quitté Paris et sa frénésie, il y a de ça trois ans. « Il y a eu une sorte d’étincelle. Elle a une telle soif de liberté, une telle force et une telle conscience, je l’admire pour ça », explique-t-il. « Vu comme ça, ça pourrait faire un peu gourou », plaisante-t-il. Pas loin. Car en plus de rencontrer l’amour, Théo a embrassé un nouveau mode de vie. Celui d’un exilé fiscal ? Non, – enfin du moins il nous l’a assuré —, mais une vie au vert, au calme, et tout en ouverture de chakras. Une vie loin des obligations parisiennes, des faux-semblants et de la célébrité. « Animal [son 2e album en 2014] a été marqué par la rencontre avec ma copine. A cette époque, d’une interview à l’autre je disais des trucs complètement paradoxaux, j’étais paumé, je remettais tout en question. Et j’avais une espèce de résistance. D’un seul coup j’ai compris que tout ça était du vent », confie Fakear, contraction de « fake » et « ear » (« fausse oreille »).

« J’avais peur d’être étiqueté comme un mec complètement perché »

La nouvelle vie de Théo ? Des journées rythmées par le yoga, la pleine conscience, la méditation. Ça change des tournées des zéniths de France et des nuits passées en club à mixer... « Entre 18 et 23 ans, j’habitais avec mon ex à Paris, on recherchait la sagesse dans la maîtrise de nos émotions, dans le voyage, mais sans introspection. La stabilité et la fiabilité c’est se connaître assez soi-même pour pouvoir protéger les autres de ce qu’on est, quand il faut. C’est la quête dans laquelle je me suis lancé », affirme-t-il. Chez lui, les ordinateurs avec lesquels il compose cohabitent avec son chat Marley, les tapis de yoga, les lampes en cristal de l’Himalaya et les jeux de tarots.

Le coin détente.
Le coin détente. - C.WEICKERT

Son livre de chevet ? Le courage : la joie de vivre dangereusement, écrit par Osho, un maître spirituel indien ( controversé), qui considérait notamment que la sagesse et la spiritualité pouvaient très bien cohabiter avec la science et les avancées technologiques. Un docu Netflix fascinant existe sur lui, nous apprend d’ailleurs Théo. Questions ouverture de l’esprit, karma, cycle lunaire, énergies… Le musicien est curieux de tout, et intarissable. Ce qui n’a pas toujours été le cas. « Je n’ai jamais vraiment passé ce message de spiritualité, explique-t-il. En général en interview j’en parle très peu, ou alors je dis "voilà, j’ai découvert la spiritualité et ça m’a beaucoup aidé". Aujourd’hui je me sens plus prêt. J’avais peur d’être étiqueté comme un mec complètement perché. J’ai déjà fait deux trois posts sur les réseaux sociaux, un peu spirituels, mais en général je me retrouve face à des réactions d’incompréhension ». Par chance, à 20 Minutes on est très ouvert d’esprit.

« Je suis plus attentif à ce qui se passe dans mon esprit »

Un peu moins lorsqu’il s’agit de la nourriture par contre, d’autant que Théo, vegan autant que possible, nous a fait goûter des vers grillés au curry (c’est vegan ça ?), et une pizza. Avec de la fausse mozza, donc, à base de champignons. Verdict ? Déso Théo, mais ce n’est pas le meilleur souvenir qu’on gardera de la Suisse (par contre le chausson aux pommes était délicieux). Questions alimentation et agriculture, le musicien envisage d’ailleurs de déménager et se lancer dans la  permaculture, en Suisse toujours, et avec sa copine, bien évidemment. Pour le moment ils s’entraînent, en faisant pousser des aromates sur leur terrasse, comme la plupart des habitants du IXe arrondissement de Paris.

L'expérience permaculture.
L'expérience permaculture. - C.WEICKERT

Et la musique dans tout ça ? Entre deux conversations, sur le chamanisme notamment, et sur sa passion pour Star Wars (il a même un tatouage du logo de l’Alliance rebelle sur l’épaule droite), on a tout de même parlé de sa musique, qui conserve toujours une très grande place dans sa vie. Et ce malgré son éveil spirituel. « Ça n’a pas vraiment influencé ma musique en soi parce que je continue à bosser avec des outils très codés et à évoluer dans un style de musique très codé, estime-t-il. Ça a plus influencé ma manière de composer dans le sens où je vais être plus attentif à ce qui se passe dans mon esprit et dans quelle énergie je suis. Ça a complètement brisé les frontières que je me mettais musicalement ». Ses craintes ? « Je me disais qu’il ne fallait pas que je fasse un truc trop mainstream, que les gens attendaient autre chose de moi. Il y avait toujours cette volonté de plaire, d’être reconnu et d’avoir de la reconnaissance par le plus grand monde ».

« J’ai envie de faire de la musique complètement libre »

Si son dernier album, All Glows, sorti cette année, est un mix de chansons planantes et introspectives (avec la voix omniprésente de sa copine), et de titres très pop, Fakear a décidé de ne plus se poser de questions pour ses prochains projets. « Je ne sais pas du tout à quoi va ressembler mon prochain EP ou album, je ne sais même pas s’il y en aura un. J’ai envie de faire de la musique complètement libre, c’est à la fois très désécurisant et excitant ».

Et contagieux. Porté par ce vent de liberté, nous aussi avions décidé de faire confiance à la vie. De briser nos barrières mentales, et de se reposer entièrement sur les forces de l’Univers. Aussi, lorsque Fakear nous a assuré que tous les trains en partance de Lausanne à destination de Paris passaient obligatoirement par Vallorbe, et qu’il serait plus simple d’y aller directement, notre 3e œil a accepté, sans hésitation aucune. Ce qui nous a permis de découvrir que TOUS les trains en partance de Lausanne à destination de Paris NE PASSAIENT PAS OBLIGATOIREMENT par Vallorbe. Mais c’était tellement sympa d’errer seule dans la gare la plus glauque de Suisse pendant deux heures, et de se poser des milliards de questions sur le karma et l’imprévisibilité de l’existence en attendant le dernier train, qu’on ne lui en voudra pas.