«Love, Simon»: Comment le film a changé la vie de nombreux jeunes LGBT et de leurs parents

CINEMA Le film de Greg Berlanti, qui sort ce mercredi en France et était à l'affiche aux Etats-Unis en mars, a permis à plusieurs spectateurs homos ou bis de faire leur coming-out ou à renouer le dialogue avec leurs proches...

F.R.

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Nick Robinson dans «Love, Simon».
Nick Robinson dans «Love, Simon». — Twentieth Century Fox
  • « Love, Simon », à l’affiche des salles françaises depuis ce mercredi est une adaptation du roman « Moi, Simon, 16 ans Homo Sapiens » (Editions Le livre de Poche).
  • « C’est la première fois qu’une comédie hollywoodienne met en vedette un jeune gay », souligne le réalisateur Greg Berlanti.
  • Si Xavier Dolan a expliqué longuement pourquoi ce film était important à ses yeux, il a aussi permis à un grand nombre de jeunes spectateurs anonymes de s’identifier aux personnages principaux.

Son histoire, c’est l’histoire d’un amour adolescent, mêlant hésitations, emballements, déceptions, surprises et happy end. Une trame archi-classique pour une comédie romantique. Sauf que dans Love, Simon, à l’affiche des salles françaises depuis ce mercredi, le héros est un lycéen dont le cœur vibre pour un autre garçon avec lequel il échange des mails en ignorant tout de son identité. « C’est la première fois qu’une comédie hollywoodienne met en vedette un jeune gay : c’est important pour les jeunes homos d’être représentés dans un film grand public », explique le réalisateur Greg Berlanti à 20 Minutes. Et la manière dont le film a été reçu en Amérique du Nord, où le film est sorti en mars, tend à lui donner raison.

« Enfant, j’ai regardé tellement de films sur des sujets LGBTQ [lesbiens, gays, bi, trans, queer], en recherchant désespérément des réponses, enfermé dans ma chambre. (…) La plupart étaient géniaux et exaltants pour l’artiste que je souhaitais devenir, mais ils laissaient peu d’espoir au jeune homme que j’étais. Suicides, cœurs brisés, harcèlement, homophobie… », a réagi le cinéaste canadien Xavier Dolan dans un long message sur Instagram après avoir vu le film. Et de poursuivre : « Love Simon, dans toute sa sincérité, et sa normalité, montre la lutte que représente le fait d’effectuer son coming-out, mais avec une conclusion inspirante pour les adolescents qui verront Love, Simon car ils ne se sentent pas "normaux". Peut-être que cela leur apprendra que, même s’ils n’ont pas une vie aussi privilégiée que Simon, ils peuvent avancer. »

After seeing Love, Simon, I felt like coming out to my mom Jennifer Garner (the 13 Going on 30 Jen), and walking in the corridor of my high school with a lost, yet sexual gaze. Congrats to my friend @therealnickrobinson who is so generous and genuine in this that I filed a proper adoption form. I’ve stored my passport in the freezer once or twice Nick but I can be a good parent to you. More seriously, let’s not discuss the movie itself, but rather focus on its existence, and the fact a major studio has released a film on a teen coming out. A door has opened, which has opened before, but this time, I can see the light pouring in. I’ve watched so many LGBTQ films as a kid, desperately looking for answers, locked up in my room, where I’d download movies on LimeWire for lack of a decent video store. Most of them were brilliant and invigorating for the young artist I wanted to be, but left the young man I was with little to hope for. Suicides, heartbreaks, bullying, gay-bashing... Love, Simon, in all its earnestness, in all its normalcy, shows the struggle of coming out, but with an inspiring conclusion for teenagers who will see “Love, Simon” because they don't feel "normal". Perhaps this will teach them that, even if their life isn't as privileged as Simon’s, they can make a move. And perhaps this can teach us, as an industry, that it’s time to stop relinquishing LGBTQ protagonists to insubstantial, typically comical supporting roles, but rather offer them narratives designed around them, and around the opposite of what is commonly referred to as ”normal people”. Normal is a changeful notion. Had a movie like that existed when I was 15, I maybe wouldn’t have lied to my father about that Ashton Kutcher poster I pretended to give my cousin Stefanie in front of him while it was actually mine. Had I seen it then, things would’ve been different. And I’m happy with how things went, and despite the loneliness you feel as a teen coming out, I felt supported. I was lucky. But most kids aren't. Love Simon is a huge step for them, and for us. Thank you to all the artists and people involved.

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Kirsten Bell et Neil Patrick Harris ont acheté toutes les places de deux cinémas

Un message d’optimisme qui a tapé dans l’oeil et dans le cœur d’autres stars de l’écran. A commencer par la comédienne Kirsten Bell qui a acheté tous les billets de la séance de 16 heures du dimanche d’un cinéma de Minneapolis pour permettre à qui le souhaitait (dans la limite des places disponibles) de voir Love, Simon gratuitement. « J’ai juste eu un coup de cœur pour le film et j’aimerais partager de l’amour », a-t-elle annoncé sur Instagram. Neil Patrick Harris, qui a vu et aimé le film avec son époux David Burtka, en a fait de même dans une salle de sa ville natale, Albuquerque.

Avec près de 41 millions de dollars récoltés au box-office américain (pour un budget de 17 millions), Love, Simon a donc fait l’effet d’un petit phénomène dont il est possible d’observer les répercussions sur les réseaux sociaux.

La série de tweets d’une certaine « jade », une bisexuelle de 18 ans, a été reprise par plusieurs médias. « Ce soir, j’ai vu Love, Simon avec ma maman, après avoir passé quatre ans à essayer de la faire m’aimer pour ce que je suis. Lorsque Simon révèle son homosexualité à sa famille, elle m’a pris la main dans la salle et a murmuré "Je suis désolée" avec les larmes aux yeux car, quand j’ai fait mon coming out, je n’ai pas eu droit à une telle acceptation. En partant du cinéma, elle me parlait avec fierté de ma petite amie sans se soucier que d’autres gens l’entendent, ce qu’elle n’aurait jamais fait ne serait-ce qu’il y a un an. »

« J’ai eu la chance de voir le film avec ma mère »

Le site The Cut a recueilli d’autres témoignages similaires. « J’ai eu de la chance de voir ce film avec ma mère. En sortant de la salle, elle me comprenait bien plus que quand on y est entré, se réjouit Drew, 16 ans, originaire d’une petite ville du Missouri. On a parlé durant toute la route du retour – comme, par exemple, de ce que ça fait d’être amoureux et combien c’est difficile parce qu’on ne sait pas qui est gay ou ne l’est pas, ou combien il est délicat de faire son premier coming-out, la solitude que l’on peut ressentir et le soulagement que l’on éprouve une fois qu’on l’a fait. »

Ellie, Californienne de 18 ans, bisexuelle : « J’ai emmené ma mère à une avant première de Love, Simon, et elle était très troublée car elle n’avait jamais vu une telle exposition pour les personnes LGBT. Elle me demandait : "Mais pourquoi dit-il qu’il est gay ?" alors j’ai réagi "Non maman, il est heureux et il a trouvé quelqu’un qu’il aime énormément" et elle m’a dit "OK". Et je lui ai dit : "Je suis comme ça aussi, mais j’aime également les garçons." »

Assistera-t-on à un phénomène semblable en France où Love, Simon est à l’affiche dans quelque 250 salles ? Réponse dans les prochains jours. Sa dimension grand public et légère, couplée à la Fête du cinéma a en tout cas de quoi l’aider à attirer un maximum de spectateurs et à les « conduire vers une réflexion » que Greg Berlanti estime « positive ». Ce serait déjà ça de pris.

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