«Suspiria», «Opera»... Pourquoi il faut (re)découvrir les films de Dario Argento au cinéma

CINEMA Ce mercredi, six films de Dario Argento ressortent, en version restaurée, dans les salles françaises. Suivez le guide...

Fabien Randanne

— 

Dario Argento en 2012 dans la boutique Profondo Rosso, à Rome.
Dario Argento en 2012 dans la boutique Profondo Rosso, à Rome. — ALBERTO PIZZOLI / AFP
  • « L’Oiseau au plumage de cristal », « Le Chat à neuf queues », « Les Frissons de l’angoisse », « Suspiria », « Phenomena » et « Opera », des films réalisés par Dario Argento entre 1970 et 1987 ressortent dans les salles françaises ce mercredi.
  • C’est une bonne occasion pour découvrir ou redécouvrir l’œuvre du cinéaste italien qui mêle esthétisme et cruauté.

Dario Argento est surnommé le « maître de l’horreur » et cela ne lui plaît pas vraiment. « Cela me semble réducteur, j’ai fait beaucoup de films, tous très différents les uns des autres. L’Oiseau au plumage de cristal est un thriller, Suspiria, un film d’horreur, Inferno, un film sur l’alchimie et les énigmes… », expliquait-il à 20 Minutes en 2016. Ce mercredi, plusieurs œuvres du réalisateur italien ressortent dans les salles françaises en version restaurée. Une occasion parfaite pour (re)découvrir la diversité d’une filmographie, traversée de fulgurances esthétiques, qui continue d’influencer bien des cinéastes. On vous aide à établir votre programme de visionnage.

  • L’Oiseau au plumage de cristal (1970), le premier

De quoi ça parle ? Un soir, un écrivain américain de passage à Rome assiste à une agression dans une galerie d’art. Après avoir été interrogé par la police, il décide de mener lui-même son enquête.

Pourquoi il faut le voir : Parce que c’est le premier long-métrage réalisé par Dario Argento et que ce coup d’essai est un coup de maître. Il est une parfaite introduction au giallo, un sous-genre du cinéma policier italien des années 1970​ qui répond à des codes très précis, mélanges de thriller, d’érotisme, de violence graphique et de détails fétichistes.

Pour vous la péter dites : Dario Argento raconte dans son autobiographie Peur ( éditions Rouge profond) avoir eu l’idée du titre par hasard alors qu’il se trouvait dans un restaurant à Rome avec des amis. « J’aimais la combinaison de ces deux mots contrastant l’un avec l’autre : la solidité physique des volatiles – le bec, les griffes – et la fragilité du cristal. » Ses proches trouvaient cela « trop cérébral ». Mais on est loin des titres déglingos d’autres giallos de l’époque, la Palme revenant à Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé (Sergio Martino, 1972).

  • Le chat à neuf queues (1971), le mal-aimé

De quoi ça parle ? Deux journalistes, dont l’un a perdu la vue, enquête sur le meurtre d’un membre de l’institut Terzi spécialisé dans la recherche génétique.

Pourquoi il faut le voir : Parce que c’est, selon Dario Argento, le canard boiteux de sa filmographie. « Comme la coproduction allemande voulait une copie carbone de L’Oiseau au plumage de cristal, j’ai fait un film complètement différent, car j’étais déterminé à ne pas leur donner une réplique exacte. Pour cette raison, c’est l’œuvre que j’aime le moins dans ma carrière. (…) Quand je le revois aujourd’hui, je déteste toujours la photographie et la manière dont les acteurs ont joué », a-t-il confié à Alan Jones pour le livre Profondo Argento. Allez donc vous faire votre propre.

Pour vous la péter, dites : Que ce film forme avec L’Oiseau au plumage de cristal et Quatre mouches de velours gris, la trilogie dite « animalière ». Cependant, un « chat à neuf queues » n’est pas un félin revenant de Tchernobyl mais un fouet constitué de neuf lanières de cuir (ceci n’est pas un spoiler).

  • Les Frissons de l’angoisse (1975), le thriller quatre étoiles

De quoi ça parle ? Un pianiste américain est témoin du meurtre de la parapsychologue Helga Ullman à Turin. Après avoir quitté la scène de crime, il a l’impression qu’un détail très important lui a échappé. Oui, mais lequel ?

Pourquoi il faut le voir : Parce que c’est un chef-d’œuvre – et une parfaite porte d’entrée à la filmo d’Argento. Les Frissons de l’angoisse est un condensé de ce qui fait la patte du réalisateur : de la poésie, de la cruauté, de la psychologie de comptoir, une maîtrise de l’effroi…

Pour vous la péter, dites : Daria Nicolodi, qui incarne l’héroïne féminine principale, était à l’époque la compagne de Dario Argento (ils se sont séparés en 1985). Elle apparaît dans de nombreux autres films du cinéaste : Inferno, Ténèbres, Phenomena, Opera, Trauma, Mother of Tears

  • Suspiria (1977), LE chef-d’œuvre

De quoi ça parle ? Suzy, une jeune Américaine, arrive dans une prestigieuse école de danse à Fribourg et se retrouve immédiatement plongé dans une atmosphère étrange et inquiétante.

Pourquoi il faut le voir : Parce que c’est (encore) un chef-d’œuvre, un jalon du cinéma fantastique dont l’influence esthétique se ressent encore aujourd'hui chez une foule de réalisateurs. Si bien que le remake qu’a réalisé Luca Guadagnino dont la sortie est prévue pour le 7 novembre est pour beaucoup une hérésie annoncée. « Je pense aussi qu’il n’y avait pas besoin de faire ce remake, mais peut-être que c’est une question d’argent, puisque c’est toujours l’argent qui commande », déplorait Dario Argento à 20 Minutes.

Pour vous la péter, dites : Lors du tournage de Suspiria, en 1976, Dario Argento, fut un soir pris de pensées suicidaires. A un tel point qu’il a dû demander au personnel de l’Hôtel Flora de Rome, où il logeait, de barricader les fenêtres avec les meubles de la chambre. C’est avec cet épisode sombre qu’il entame le récit de son autobiographie.

  • Phenomena (1985) et sa fin surprenante

De quoi ça parle ? Une adolescente américaine arrive dans un pensionnat suisse pour poursuivre ses études. Lors d’une crise de somnambulisme, elle assiste au meurtre d’une étudiante.

Pourquoi il faut le voir : Pour voir Jennifer Connelly dans son premier grand rôle à l’écran alors qu’elle n’avait pas encore 15 ans. Et puis pour son dénouement complètement WTF (VRAIMENT ?).

Pour vous la péter, dites : L’action se déroule au collège Richard-Wagner, les profs sont germanophones et extrêmement stricts. Ce n’est pas un hasard. « J’avais imaginé un monde dans lequel les nazis auraient gagné la seconde guerre mondiale, et conquis le monde », aurait déclaré le réalisateur, selon des propos rapportés dans Dario Argento (écrit par Vivien Villani aux éditions Gremese).

  • Opera (1987), LA scène culte

De quoi ça parle ? Une jeune chanteuse remplace au pied levé une cantatrice dans le rôle-titre de Lady Macbeth alors qu’une série de meurtres commence dans son entourage.

Pourquoi il faut le voir : Parce que pour certains, il s’agit du dernier vrai bon film de la filmographie de Dario Argento (pour d’autres, il s’agit du Syndrome de Stendhal, sorti en 1996). Et pour sa scène culte dans laquelle l’héroïne entravée est contrainte de regarder un meurtre se déroulant devant elle car le tueur a placé sous ses yeux des aiguilles qui la blesseront si elle ferme les paupières… « Cette scène s’inspire un peu d’une séquence d’Orange mécanique de Stanley Kubrick [dans laquelle le personnage principal, les yeux écartelés est forcé de regarder les images qu’on lui projette]. Mais j’avais aussi remarqué, en regardant le public dans les salles de cinéma, que, face aux scènes violentes, les gens avaient tendance à se cacher les yeux. Moi, je me disais : "Mais non ! Ce sont les scènes les plus intéressantes que j’ai tournées." J’ai alors pensé à un mécanisme empêchant de fermer les yeux », a expliqué, sourire aux lèvres, Dario Argento à 20 Minutes.

Pour vous la péter, dites : Dario Argento s’est fâché avec plusieurs actrices pour ce film. D’abord avec Vanessa Redgrave, qui devait incarner une diva, et qui a quitté le tournage après que le réalisateur a refusé d’augmenter son cachet. Et surtout avec Cristina Marsillach, la comédienne campant l’héroïne principale. « Elle se conduit de telle manière sur le plateau ("Je ne joue pas dans un film porno !", hurle-t-elle en apprenant qu’elle doit tourner dans une scène un peu déshabillée) qu’elle s’attire la haine de toute l’équipe, ravie de la voir légèrement brûlée lors des prises de vues », relate un hors-série de Mad Movies sur Dario Argento paru en 2010. Ambiance.