VIDEO. Médine au Bataclan: Le concert du rappeur fait polémique

RAP Des personnalités, notamment de droite et d'extrême droite, qui reprochent à l'artiste le texte de son morceau «Don't Laïk» et le fait d'avoir intitulé l'un de ses albums «Jihad», s'indignent qu'il donne deux concerts au Bataclan en octobre...

Fabien Randanne

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Le rappeur Médine dans le clip de «Bataclan».
Le rappeur Médine dans le clip de «Bataclan». — Florin DEFRANCE - Capture d'écran

Le concert de Médine le 20 octobre au Bataclan affichant complet, une deuxième date a été ajoutée, le 19 octobre. Or, ces derniers jours, des voix se font entendre, notamment sur les réseaux sociaux, pour que ces spectacles n’aient jamais lieu. Des anonymes, mais aussi des personnalités politiques de droite et d’extrême droite mènent la fronde. Eric Ciotti (LR) demande ainsi à Emmanuel Macron « d’interdire ce concert » qu’il qualifie « d’insulte insupportable à la mémoire des victimes du 13 novembre 2015 ».

Laurent Wauquiez le président du parti Les Républicains parle, lui, de « sacrilège pour les victimes » et de « déshonneur pour la France ».

« Aucun Français ne peut accepter que ce type aille déverser ses saloperies sur le lieu même du carnage du Bataclan. La complaisance ou pire, l’incitation au fondamentalisme islamiste, ça suffit ! », s’indigne la frontiste Marine Le Pen.

« J’mets des fatwas sur la tête des cons »

Ce qui est reproché au rappeur ? D’avoir intitulé l’un de ses albums, sorti en 2005, Jihad, ainsi que les paroles de sa chanson de 2015 Don’t Laïk. Dans ce texte, il chante : « Crucifions les laïcards comme à Golgotha », ainsi que « Ils n’ont ni Dieu ni maître à part Maître Kanter. Je scie l’arbre de leur laïcité avant qu’on le mette en terre. Marianne est une Femen tatouée "Fuck God" sur les mamelles. Où était-elle dans l’affaire de la crèche ? Séquestrée chez madame Fourest », ou bien encore « J’mets des fatwas sur la tête des cons ».

Il y a trois ans, le morceau avait suscité la controverse. Médine avait alors écrit une tribune pour Le Plus dans laquelle il se livrait à une explication de texte en assurant qu’il s’agit « du pur esprit Charlie » : « Don’t Laïk est précisément une caricature tendue aux fondamentalismes. Une caricature qui singe à la fois ceux qui font de la laïcité un outil d’exclusion, et à la fois ceux qui la subissent et l’expriment à travers une réaction d’hyper-identification de circonstance. M’attribuer l’apologie des concepts derrière ces termes comme "islamo-racaille" est malhonnête et dangereux. Reprocheriez-vous à Brassens dans sa Mauvaise Réputation d’être apologiste de ce qu’il s’attribue lui-même à travers la bouche des autres ? »

« En tant qu’artiste, je dénonce toutes formes de violence »

Le rappeur commençait cette tribune en affirmant qu’il « condamn [ait] à nouveau radicalement la tuerie de Charlie Hebdo et Porte de Vincennes, [et] en présentant toutes [ses] condoléances aux familles des victimes. » « En tant qu’artiste, je dénonce toutes formes de violence, terrorisme et autres apologies immorales. J’ai choisi la voie de la non-violence comme la majorité de mes concitoyens à travers la musique pour exprimer mes désaccords avec ma société », insistait-il.

Il s’était aussi expliqué de son choix d’intituler un de ses opus Jihad en rappelant le sous-titre qui accompagnait celui-ci : « le plus grand combat est contre soi-même ». « C’était en 2005, dans un autre contexte. Mon message s’adressait à ceux qui [auraient été] tentés de partir combattre et en même temps à ceux qui ont une définition de ce terme complètement galvaudée. Aujourd’hui, sortir un album avec ce titre-là, c’est impossible », reconnaissait-il l’an passé face à Mouloud Achour dans Clique. Au cours de la même interview, il affirmait : « Je fais peur aux feignants. A ceux qui ne veulent pas aller plus loin que la première image qu’ils ont d’une représentation. »

Contacté par 20 Minutes pour réagir à la polémique liée à ses concerts au Bataclan, Médine n’a pour le moment pas donné suite.

Dans son dernier album, Storyteller, sorti en avril figure un titre intitulé Bataclan. Le rappeur y raconte sa construction en tant qu’artiste et son rapport à la scène. « Quand j’connaissais pas le statut d’intermittent, que ma pauvreté, c’était mon taff à plein temps, y’avait qu’une seule chose qui changeait le mal en patience. Tout ce que je voulais faire, c’était le Bataclan », chante Médine dans ce morceau que ses détracteurs n’ont peut-être pas - ou pas encore - écouté.