VIDEO. « Midi-Minuit »: Polar, gore (et soupçon d’érotisme), pas de doute, cette BD est un giallo

BD Découvrez en exclusivité les premières pages de « Midi-Minuit », BD en forme d’hommage dessiné au cinéma de genre italien des années 1960-80…

Olivier Mimran

— 

Extrait de la couverture de Midi-Minuit
Extrait de la couverture de Midi-Minuit — © D. Headline, M.Semerano & Dupuis 2018
  • La BD « Midi-Minuit » évoque le giallo... à la façon d'un giallo, c'est à dire en reprenant ses codes (polar, violence et érotisme).
  • Ce genre cinématographique a eu son heure de gloire des années 1960 aux années 1980, et a produit une génération de cinéastes très doués .
  • Le scénario est signé Doug Headline, grand spécialiste - et amoureux - du giallo qui a co-fondé la revue Starfix.

Si le cinéma s’inspire régulièrement d’œuvres de BD, les auteurs de « petits Mickeys » expriment volontiers l’influence qu’a le 7e Art sur leur production. Comme le scénariste Doug Headline et le dessinateur Massimo Semerano, par exemple, qui rendent dans Midi-Minuit un hommage presque idolâtre au cinéma… Mais pas à n’importe quel cinéma : au giallo, ce genre très en vogue - principalement en Italie - dans les années 1960-80.
Les auteurs et les éditions Dupuis proposent aux lecteurs de 20 Minutes d’en découvrir les premières planches en exclusivité.

Le giallo ? Kézako ?

D’abord, rappelons que le giallo panache allègrement film policier, film d’horreur (ou fantastique) et film érotique. Autrefois qualifié de « sous-genre », il a pourtant connu un énorme succès populaire et révélé de futurs grands cinéastes, comme Dario Argento, Mario Bava, Lucio Fulci et bien d’autres. Il a longtemps été méprisé par la critique, qui lui reprochait ses excès (de violence, de sexe, ses musiques baroques)… Jusqu’à ce que des réalisateurs plus hypes, au premier rang desquels Quentin Tarantino, redorent le blason du film d’exploitation au début des années 1990.

Double intrigue

« Midi-Minuit » (qui était le nom d’un cinéma parisien projetant beaucoup de gialli - et de films X - dès les années 1960) rend donc justice à ce genre oublié en axant son intrigue autour d’un cinéaste de giallo inexplicablement disparu à son apogée artistique, un quart de siècle plus tôt. Deux journalistes, un Français et un Belge très « fanboys », finissent par retrouver sa trace et, comble du bonheur, à décrocher un entretien exclusif. Dès leur arrivée en Italie débute une série de crimes (très) sanglants dont les victimes sont toutes des critiques de cinéma ayant jadis éreinté l’œuvre du réalisateur qu’ils viennent rencontrer…

Un genre longtemps incompris

L’hommage au giallo est double : d’abord parce que le récit brosse, à travers les souvenirs du cinéaste interviewé, un tableau très complet de ce cinéma de genre autrefois si populaire, et le portrait d’une génération de réalisateurs surdoués, mais longtemps incompris ; ensuite parce que l’intrigue elle-même devient une sorte de giallo suite aux événements qu’elle déroule. Meurtres, enquête policière, soupçon d’érotisme (un peu pervers)… la musique exceptée, tous les ingrédients du giallo « colorent » finalement Midi-Minuit.

Captivant, le récit est écrit par quelqu’un qui connaît son sujet puisque Doug Headline est scénariste, journaliste mais également critique de cinéma depuis plus de trente ans (il a même co-fondé le magazine Starfix). Accessoirement, il est le fils du romancier Jean-Patrick Manchette - l’un des auteurs de polars les plus fameux des années 1960-70. Son expertise est ici criante - les références sont légion -, mais jamais trop savante, ce qui permet à l’album de s’adresser à un très large public.

Notre conseil de lecture : mettez n’importe quelle bande originale d’Ennio Morricone (qui en a signé quelques-unes pour des gialli), servez-vous un Spritz (avec modération) et laissez-vous embarquer par cette passionnante double enquête (sans aucune modération).

« Midi-Minuit », de Doug Headline et Massimo Semerano - éditions Dupuis - 22 euros
En librairie le 15 juin 2018