«Grâce à "RuPaul's Drag Race" j'ai pu faire la paix avec mon homosexualité»

VOUS TEMOIGNEZ Alors que d’anciennes candidates se produisent à Paris ce mercredi et lundi, « 20 Minutes » a demandé aux fans de « RuPaul’s Drag Race » pourquoi ils aiment ce programme devenu culte…

Fabien Randanne

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Les candidates de la saison 10 de «RuPaul's Drag Race» diffusée depuis mars 2018 sur la chaîne américaine VH1.
Les candidates de la saison 10 de «RuPaul's Drag Race» diffusée depuis mars 2018 sur la chaîne américaine VH1. — John Nacion/STAR MAX/IPx/AP/SIPA
  • RuPaul’s Drag Race est une compétition de drag-queens lancée en 2009 à la télévision américaine.
  • La saison 10 est en cours de diffusion sur VH1 outre-Atlantique tandis qu’en France les saisons 6 à 9 sont disponibles sur Netflix.
  • D’anciennes candidates se produisent ce mercredi et ce lundi salle Wagram à Paris.
  • « 20 Minutes » a demandé à des fans de l’émission ce qui en fait un programme culte.

Latrice Royale, Shangela, Sharon Needles, Violet Chachki, Valentina et Kim Chi sont à Paris. Ces noms ne vous disent rien ? C’est sans doute que vous n’avez jamais jeté un œil à RuPaul’s Drag Race, cette compétition de drag-queens dont la dixième saison est en cours de diffusion sur la chaîne américaine VH1 et dont les saisons 6 à 9 sont visibles en France sur Netflix. Mais pour peu que vous ayez succombé au show ( que 20 Minutes a présenté en détail ici) vous savez sûrement que les six drag-queens mentionnées ci-dessus se produisent ce mercredi soir salle Wagram à Paris et qu’elles remettront ça lundi prochain…

Une occasion rêvée pour des centaines de fans d’applaudir en vrai celles dont ils ont suivi les aventures, performances et dramas ces dernières années. Dire qu’au sein de la communauté LGBT (lesbienne, gay, bi, trans), RuPaul’s Drag Race (RPDR pour les intimes) est devenu une émission culte est un euphémisme. 20 Minutes a demandé à des fans assidus d’expliquer ce phénomène…

  • Dan, 27 ans, Vernon (Eure), en recherche d’emploi dans le design graphique

« J’ai d’abord connu cette émission par Tumblr et ses blogueurs qui postaient des gifs amusants des participants. Mais ce n’est que cette année que j’ai commencé à regarder, au moment où je me suis abonné à Netflix. Peu avant j’avais regardé Queer Eye que j’ai adoré et qui m’a fait beaucoup de bien : voir des émissions où les gays sont au premier plan m’a paru plus essentiel que jamais. Avec RuPaul’s Drag Race, j’ai enterré une ancienne peur d’enfant des drag-queens et j’ai dépassé le regard méprisant que j’avais sur cette culture. J’ai commencé par la saison 6 (la plus ancienne proposée sur Netflix) puis la 7, la 8, la 9, les épisodes Untucked [qui ne sont pas disponibles sur Netflix et montrent ce qu’il se passe en coulisses pendant que le jury délibère], la web série de Trixie et Katya, la saison 10 que je regarde en streaming, etc. Je me suis abonné à toutes mes queen préférées sur Instagram et j’écoute les chansons de RuPaul en boucle sur Spotify. »

« Le plus important ce n’est pas l’aspect divertissement mais le changement intérieur que le show a opéré et dont j’ignorais avoir besoin. Je me suis rendu compte que je ne m’acceptais pas totalement en tant que gay (et que j’avais du mal à accepter les drag-queens aussi). Grâce à cette émission - et aux sages mots de RuPaul - j’ai pu faire la paix avec mon homosexualité. J’ai arrêté complètement de chercher la validation d’autrui. Cette émission m’a montré l’importance d’être et de se sentir libre. Libre d’être qui on est, qui l’on veut être. »

  • Alexis, 23 ans, Cergy (Val-d’Oise), doctorant en création littéraire

« C’est mon ex qui m’a fait découvrir le show et on kiffait bien en entendant de vieilles musiques sur lesquelles danser ou s’égosiller, ou même juste pour les tenues, pour voir ce que les drags pouvaient créer. J’ai continué à regarder après la rupture parce que, mine de rien, on s’attache aux personnalités, et on supporte de plus en plus un look, une esthétique (comme celle de Sasha Velour), une personnalité. »

« Depuis, j’en parle souvent autour de moi, et j’essaye d’apprendre le death drop [un mouvement de danse consistant à tomber sur le dos de manière spectaculaire, voir ci-dessous] juste pour le fun (spoiler alert : c’est difficile). Ça permet clairement de voir un show différent, libre et plutôt marrant pour peu que l’on aime les vannes qu’elles se balancent. »

  • Till, 23 ans, Saverne (Bas-Rhin)

« J’ai découvert l’émission à la diffusion de la saison 7 [en 2015], et j’ai tout dévoré après. Je pense que ça n’a pas été anodin dans mon développement de petit mec trans, et que le côté très paillettes et fabulous de la série m’a aidé à accepter ça chez moi au lieu de tomber dans la masculinité toxique ! Je tiens énormément à ce programme, autant pour le drama, pour la mode et l’esthétique, que pour les moments de "thérapie de groupe". Autour de moi, aucun de mes amis n’avait regardé l’émission ou ne s’y intéressait, mais à force de leur en parler, la « conversion » s’est faite. »

  • Julien, 28 ans, Lille (Nord), travaille dans le domaine de l’éducation

« J’ai découvert RuPaul’s Drag Race dans mes suggestions Netflix. J’étais curieux car je voyais beaucoup de gif de l’émission sur Internet. J’ai donc lancé le premier épisode. J’ai été très surpris par le côté exubérant. Je ne connaissais pas du tout RuPaul. On retrouve les clashs, un jury charismatique, des retournements de situation, des stars, mais surtout un message de tolérance, d’acceptation de soi et des autres qui est de plus en plus présent au fil des épisodes. Le parcours de certains candidats est particulièrement émouvant. On adore en détester certains qui se forgent une carapace et se créent un personnage pour cacher leurs failles. »

« Plusieurs lip sync [l’épreuve de playback final permettant de départager les deux candidates à l’élimination] sont cultes pour moi, certaines répliques aussi également. J’ai regardé les saisons disponibles sur Netflix à raison de deux épisodes par soir pour ne pas tout voir d’un coup. »

  • Arthur, 23, Bruxelles (Belgique), étudiant en scénographie

« J’ai découvert RuPaul’s Drag Race grâce à mes abonnements sur Twitter. Ma coloc regardait déjà la saison 8 quand j’ai commencé la saison 6 sur Netflix. J’ai adoré. Déjà parce qu’en Belgique on n’a pas l’habitude du show à la télé. Et dans Drag Race il y a tout ce qu’il faut pour un divertissement culturel et intelligent, avec du drama, du rire, et beaucoup d’émotions. L’émission rend compte de la difficulté d’assumer la différence et de la vivre au quotidien, la difficulté d’exister en tant que gay ou trans dans la société actuelle et elle dépeint également bien la difficulté du job de drag-queen : ce sont des artistes. »

« Faire le spectacle c’est très dur, déjà en tant qu’acteur ou danseur, mais les drags tapent un niveau au dessus encore parce qu’elles doivent concevoir leur style et leur esthétique (maquillage/costume/accessoires), chanter, danser, et aussi savoir écrire d’une certaine manière parce qu’elles sont auteures de leur propre personnage sur scène. En gros elles doivent savoir « tout » faire. Le champ de leurs références culturelles est gigantesque et chaque drag est quasiment unique. C’est cette prouesse artistique et physique de la performance, du spectacle, qui me fascine. Il y a très peu d’émissions qui valent la peine qu’on les suive semaine après semaine aujourd’hui, mais celle-là, c’est un devoir citoyen. »

  • Anne 33 ans, fonctionnaire, Paris 19e

« J’ai découvert RuPaul’s Drag Race par l’intermédiaire d’amis, au premier épisode de la saison 8. J’ai tout de suite accroché, simplement parce que c’était fun. J’ai donc dans la foulée rattrapé les précédentes saisons et le visionnage hebdomadaire est maintenant un rituel. J’étais déjà amatrice de ce type de téléréalité/concours américain - je suis une grande fan de Hell’s Kitchen - et RPDR coche toutes les cases d’un bon programme du genre : des défis loufoques, du drama, des candidats attachants et détestables… Le plus de l’émission est évidemment l’aspect queer qui me parle, le fait de découvrir la sous-culture du drag, apprendre ce que c’est d’être un homme homosexuel et une drag-queen aux Etats-Unis. Dans un emballage hyper-fun, des messages arrivent à passer, qui vont au-delà de la fameuse "tolérance" dont on parle si souvent. »

« ​L’émission a donc eu une influence sur ma vie, sur ma façon de penser et m’a, je pense, ouvert l’esprit. De façon plus prosaïque, elle m’a permis de me rapprocher d’amis et de m’en faire des nouveaux, donc rien que pour ça, merci Ru ! »