VIDEO. La blockchain, sans bullshit: Le minage du bitcoin, ou comment devenir riche tout en détruisant la planète

BLOCKCHAIN MY HEART (5/5) La blockchain bitcoin est un désastre écologique et on vous explique pourquoi...

Laure Beaudonnet

— 

Un technicien inspecte l'arrière salle d'une à l'arrière 
d'une ferme de bitcoin au Québec, Canada, le 19 mars 2018.  Illustration.
Un technicien inspecte l'arrière salle d'une à l'arrière d'une ferme de bitcoin au Québec, Canada, le 19 mars 2018. Illustration. — Lars Hagberg / AFP
  • 20 Minutes s’intéresse aux blockchains à travers cinq articles.
  • Dans cette série, nous explorons les futurs de cette technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et qui fonctionne sans organe central de contrôle.
  • Le protocole du bitcoin qui utilise le « proof of work » comme verrou de sécurité est extrêmement énergivore.

Si le bitcoin fait fantasmer de nombreux « mineurs » du dimanche persuadés que la fortune est à la portée de leur ordi. La réalité est moins reluisante. Le protocole de cette monnaie virtuelle coûte « un bras » à notre planète. On a tendance à se dire, un peu bêtement : dématérialisation = bon pour l’environnement. Mais le calcul n’est pas si simple. Pour donner une idée, un mail d’1 mégaoctet (1 Mo) équivaut à l’utilisation d’une ampoule de 60 watts pendant 25 minutes, rappelle le journal du CNRS qui cite l’informaticienne Françoise Berthoud. Imaginez deux secondes ce que consomment les fermes informatiques qui « minent » le bitcoin. C’est colossal.

Pour ceux qui auraient raté notre reportage en Islande (s01e04 de notre série « La blockchain, sans bullshit »), la sécurité du bitcoin repose sur le « proof of work » (la preuve de travail). Des centaines de milliers d’ordinateurs sont mis en concurrence pour valider chaque nouvelle transaction à travers un calcul très compliqué.

Le minage du bitcoin consomme plus d’électricité que la Serbie

« On fait faire au mineur toute une série d’opérations qui, dans l’esprit, peuvent faire penser à une grille géante de Sudoku. Ce sont des calculs très difficiles et vous devez trouver la bonne solution », détaille l’économiste Michel Berne, directeur d’études à l’Institut Mines-Télécom Business School. Le premier ordinateur qui arrive à valider le nouveau bloc rafle la mise (12,5 bitcoins par bloc). Il collecte les bitcoins nouvellement créés et les frais des transactions qu’il confirme.

A l’ère du « Far-West », dans les premières années d’existence de cet or virtuel, n’importe quel ordinateur de bureau pouvait se lancer dans le minage. Aujourd’hui, on est face à une industrie qui repose sur des « fermes » informatiques. Ce sont des data centers où des milliers d’ordinateurs sont mis à contribution dans l’unique but de finir le calcul le plus rapidement possible. La puissance de votre laptop ne fait plus le poids dans la course à la validation de la transaction. Résultat : le minage du bitcoin consomme plus d’électricité que la Serbie, évalue le site spécialisé Digiconomist. Et selon les calculs d’Eric Holthaus, qui écrivait dans  Grist en décembre dernier, d’ici juillet 2019, le réseau bitcoin aura besoin de plus d’électricité que l’ensemble des Etats-Unis.

Des transactions lentes, des coûts de transactions élevées

« Si on continue comme ça, le bitcoin consommera plus que les Etats-Unis, mais il me paraît relativement impensable qu’il continue à croître aussi rapidement. Les systèmes électriques vont craquer », nuance Michel Berne. Le jour où le prix de l’électricité augmentera en Islande, par exemple, le système ne sera plus aussi attractif. Il l’est déjà beaucoup moins qu’il y a quelques mois. Entre fin 2017 où le bitcoin avoisinait les 20.000 dollars et aujourd’hui où il est redescendu à 7.600 dollars environ, la rentabilité a beaucoup baissé.

Entre le désastre écologique que le bitcoin laisse entrevoir et son algorithme qui manque un peu de raffinement, il se confronte à ses propres limites. « Il n’a pas été conçu pour un passage à la très grande échelle. Les transactions sont lentes -il faut 30 minutes pour qu’un bloc soit validé-, et les coûts de transaction élevés. Il est peu vraisemblable que cette monnaie se généralise », reprend l’économiste. On ne va pas acheter une baguette de pain et attendre 30 minutes à la caisse. Clairement pas.

Le « paradoxe de Jevons »

« On ne peut pas imaginer multiplier des services fonctionnant sur des chaînes du type bitcoin », confirme Laure de la Raudière, co-rapporteure de la mission d’information sur les blockchains à l’Assemblée national. De toute façon, l’enthousiasme qu’il suscite ne va pas faire long feu. « Selon l’édition 2017 du  Hype circle du cabinet Gartner, la blockchain s’approche de la "vallée du désappointement" (Trough of Disillusionment) qui succède au pic des attentes démesurées (peak of inflated expectations), signale Michel Berne. On commence à s’apercevoir d’un certain nombre de problèmes. » L’image de cet or virtuel va rapidement s’écorner même s’il jouit encore -plus pour très longtemps- d’un effet de mode.

De nombreuses personnes ont lié leur sort à cette technologie. Elles ont intérêt à ce que ça marche. D’où l’émergence de discours « déraisonnables » sur le futur du bitcoin qui pourrait atteindre 250.000 dollars. D’autres blockchains moins gourmandes en énergie pourraient prendre la relève. Surtout si, à la place du « proof of work » (la preuve de travail), elles utilisent le « proof of stake » (la preuve d’enjeu) qui résout le problème du minage. La vérification des transactions se fait par les détenteurs des bitcoins eux-mêmes.

Mais on n’est pas à l’abri de se confronter à de nouveaux problèmes pour l’environnement. On le sait bien : à toute amélioration technologique, ses effets pervers. « La consommation des voitures n’a pas permis d’utiliser moins d’essence, elle a juste permis aux automobilistes de faire plus de kilomètres », pointe Anne-Cécile Orgerie dans le même article du CNRS. C’est le « paradoxe de Jevons ». Nous, on l’appellera la «magie » de la transition numérique. Tout simplement.