La blockchain, sans bullshit: Le guide pour les débutants

BLOCKCHAIN MY HEART (2/5) Révolution en cours ou hype injustifiée, «20 Minutes» se penche toute la semaine cette technologie qui va bien au-delà du bitcoin...

Philippe Berry

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Le blockchain, un concept abstrait aux applications concrètes (illustration).
Le blockchain, un concept abstrait aux applications concrètes (illustration). — David Stankiewicz/Creative Commons
  • 20 Minutes s’intéresse aux blockchains à travers cinq articles.
  • Dans cette série, nous explorons les futurs de cette technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et qui fonctionne sans organe central de contrôle.
  • Cette technologie est déjà utile pour les transactions financières mais peut également s’appliquer au vote électronique, à la traçabilité des aliments et à l’identité numérique.

La blockchain va révolutionner la finance mondiale, transformer les secteurs de l’énergie et de la santé, et mettre fin à l’hégémonie de Facebook et de Google. Ou pas. Alors que la fièvre est à son paroxysme dans la Silicon Valley, 20 Minutes se penche sur le phénomène toute la semaine pour faire retomber la température. Suivez le guide.

L'épisode 1, avec l'interview de Laure de la Raudière, co-rapporteure de la mission d’information sur les blockchains, c'est là

Une blockchain, c’est un super Google doc partagé

Transférer de l’argent ou un titre de propriété sans passer par une banque ou un notaire. Voter sur Internet en toute sécurité. Savoir d’où viennent nos aliments. S’identifier sans utiliser 12 mots de passe différents. Vendre de l’électricité à ses voisins. Voici le genre de problèmes qui peuvent être résolus avec un registre décentralisé très difficile à falsifier : une blockchain. Nick Weaver, de Berkeley, offre cette analogie : « Imaginez un très gros Google doc (ou Excel) partagé entre plusieurs utilisateurs, avec une seule règle : vous pouvez uniquement ajouter une nouvelle ligne à la fin, sans rien changer d’autre. Voilà, c’est une blockchain. »

Dans cet exemple, chaque ligne est un bloc, qui contient une référence aux blocs précédents, pour former une chaîne. Plusieurs membres de la blockchain possèdent une copie identique et intégrale du registre et le mettent à jour. Une ligne ne peut être ajoutée qu’après avoir été vérifiée et validée par plusieurs personnes, sans qu’il y ait besoin d’une autorité centrale (banque, gouvernement etc.). Par exemple, si Bob veut envoyer à Alice 3 bitcoins, la communauté vérifie les identités de chacun, que Bob dispose bien de 3 bitcoins, puis met à jour le solde du portefeuille virtuel de Bob (-3 bitcoins) et d’Alice (+3 bitcoins).

Ça permet de transférer de la valeur numérique ou de garantir l’intégrité des données

L’innovation fondamentale de cette technologie, selon Clément Janneau, cofondateur de la start-up de conseil Blockchain Partner, c’est qu’elle « permet de transférer un actif numérique d’une personne à une autre sans duplication. Lorsque A envoie un bitcoin à B, aucune copie du bitcoin n’est créée, et A ne le possède plus. » A l’inverse, quand on envoie un MP3 à un ami, on conserve l’original, ce qui dilue la valeur d’un bien.

Parce qu’il est difficile à trafiquer, le registre préserve l’intégrité des données. C’est critique, par exemple pour garantir que votre groupe sanguin stocké dans votre identité numérique est bien O +.

Blockchain = technologie, Bitcoin = application

« C’est comme pour le réseau Internet, il y a différentes couches », détaille Bina Ramamurthy, directrice du Blockchain ThinkLab à l’université de Buffalo. Une blockchain est un ensemble de protocoles (règles). L’idée a plus de 20 ans mais en 2009, Bitcoin est devenu la première application construite sur cette technologie, un peu comme Facebook ou Netflix sont des applications construites par-dessus les protocoles TCP/IP, système de base des transferts de données sur Internet.

C’est une chaîne de confiance

Quand on achète un livre sur Amazon, on fait confiance au revendeur pour nous envoyer le livre, et à Amazon et à la banque pour prélever la bonne somme. Dans un marché décentralisé basé sur une blockchain, il n’y a plus de tiers de confiance. On parle d’un système « trustless ». On fait confiance à l’algorithme, qui peut automatiser des transactions via des petits programmes appelés « contrats intelligents ».

Il y a des blockchains publiques et privées

Les cryptomonnaies comme Bitcoin ou Ethereum sont des exemples blockchains publiques. N’importe qui dispose d’un accès libre au registre et peut effectuer une transaction ou participer à la certification des échanges. Pour effectuer ces vérifications mathématiques, il faut de la puissance de calcul, et donc de l’électricité. C’est pour cette raison que les « mineurs » qui maintiennent le registre à jour sont rémunérés par l’émission de nouvelles devises virtuelles (bitcoin et ether). Mais le problème principal d’une blockchain publique, « c’est le manque d’efficacité, surtout à grande échelle », selon Nick Weaver. Bitcoin et Ethereum ne permettent de traiter qu’entre 7 et 20 transactions par seconde, contre 24.000 à Visa.

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Les blockchains privées sont plus rapides mais moins démocratiques car les validations sont effectuées par un nombre restreint de nœuds, par exemple plusieurs banques ayant décidé de collaborer. Ce système hybride abandonne en partie son caractère 100 % décentralisé.

Les ICO permettent de lever du capital (et sont parfois des arnaques)

Il y avait l’IPO (initial public offering, ou introduction en Bourse), qui permet à une start-up de lever du capital. L’investisseur, lui, obtient des actions et un droit de vote. Dans une ICO (initial coin offering), l’investisseur paie pour récupérer des jetons (« token ») qui peuvent être un actif, comme une nouvelle monnaie virtuelle, ou un droit d’utiliser le futur service.

Ces jetons, qui peuvent s’échanger, sont hautement spéculatifs. Surtout, les projets sont en général à un stade embryonnaire, simplement présentés par un livre blanc qui peut être complètement bidon. Parfois, les auteurs disparaissent dans la nature comme ceux d’Eros, le « Uber de la prostitution ». Modern Tech, une start-up vietnamienne, se serait fait la malle après avoir empoché l’équivalent de 660 millions de dollars dans une affaire de crypto-fraude pyramidale. Bref, c’est le Far West, mais les autorités financières (SEC aux Etats-Unis et AMF en France) sont en train de se pencher sur la question pour remettre de l’ordre.

Et c’est le futur ?
Tout comme Warren Buffet et Mark Cuban, Nick Weaver estime que tout ce qui touche aux cryptomonnaies relève « de la fraude pyramidale » et finira par s’écrouler. L’expert de Berkeley estime également que les problèmes d’efficacité des blockchains sont pour l’instant loin d’être résolus, et il met en garde contre les pitchs « tel service sur la blockchain » ou « la blockchain va résoudre le problème X » qui surfent sur la hype. Clément Janneau est plus optimiste et estime que « la blockchain aura réussi quand tout un chacun l’utilisera sans même le savoir ». Du côté des entreprises, IBM et Microsoft misent gros sur cette technologie, notamment pour bâtir un Web où chaque utilisateur serait propriétaire de son identité et de ses données. Mais ça, on en reparle plus tard dans la semaine.

Bonus : le rap de la blockchain

Parce que votre cerveau doit fumer, voici le rap de la blockchain. Merci, John Oliver.