Sfar: «Aspirine, une fille qui se fait des infusions à base de cœurs de garçons»

INTERVIEW Joann Sfar commente pour « 20 Minutes » quatre extraits du premier tome de sa nouvelle série BD consacrée à une vampirette qui a du cachet, « Aspirine ».

Olivier Mimran

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Le 1er tome d'« Aspirine » et son auteur, Joann Sfar
Le 1er tome d'« Aspirine » et son auteur, Joann Sfar — © J. Sfar & Rue de Sèvres 2018 / photo © Rita Scaglia
  • Aspirine est déjà apparue en « guest » dans plusieurs albums de Joann Sfar (Grand Vampire, L'homme-Arbre, etc.).
  • C'est une jeune vampire désabusée dont l'apparence s'est « figée » à 17 ans.
  • Le personnage inspire tant Joann Sfar qu'Aspirine devrait bientôt avoir droit à « son » film.

Il faut croire que les suceurs de sang inspirent particulièrement Joann Sfar : après  Petit Vampire et  Grand Vampire, le créateur du Chat du rabbin lance donc une nouvelle série dont l’héroïne est… une vampiresse ! Sauf qu’Aspirine n’habite pas un château transylvanien ni ne dort dans un cercueil ; étudiante en philo (à la Sorbonne), la jolie jeune fille vit - depuis 300 ans ! - avec sa grande sœur Josacine (vampire, elle aussi) dans un bel appartement parisien…
Ça a l’air cool, sauf qu’être condamné à vivre éternellement en pleine crise d’adolescence n’est pas de tout repos… Comme le montrent, ci-dessous, quatre extraits du premier tome de la série que leur auteur a accepté de commenter pour 20 Minutes.

L’héroïne et son nouveau copain ont des références culturelles (ici Gainsbourg, ailleurs Sartre, etc.) un peu datées, non ?

Joann Sfar : Aspirine et Yidgor sont les héros de ce livre mais ils arrivent après toutes les choses qui les intéressaient. Tous deux sont paumés dans leur époque et rêvent de magie. Les références servent surtout à dire ce qu’il leur manque. Aspirine c’est l’histoire d’une génération entre rage et désespoir qui doit apprendre à s’aimer.

L’action se déroule dans un Paris un peu hors du temps. La ville est-elle le cadre obligé des récits de vampires ?

C’est une vampire à Paris. Dans un décor de vie quotidienne pour nous, de rêve pour les touristes. Aspirine est très parisienne : quand elle vole au-dessus des toits ça ne la fait absolument pas rêver. C’est un peu son « métro, boulot, dodo ».

Certaines scènes sont carrément gores car Aspirine et Josacine sont très belles mais très cruelles…

Oui bien sûr, ce que les deux sœurs ont en commun, c’est le goût du sang. Ça n’est pas une allégorie, j’y crois pour de vrai. Je veux dire que lorsque je mets en scène des filles qui vivent en se faisant des infusions à base de cœurs de garçons, je ne pense pas aux symboles en écrivant, je me dis juste que c’est leur régime alimentaire.

Certains dialogues transpirent un humour potache. C’est une sorte de soupape dans votre travail ?

Mais ce n’est pas moi qui fais des blagues, ce sont les personnages ! Je ne me moque pas d’eux, je dépeins des ados désespérés mais plein d’humour qui se lancent des vannes, plaisantent… mais ça a du sens dans l’histoire, ça masque très mal leur angoisse.

En 2016, vous évoquiez l’idée d’un film consacré à Aspirine… info ou intox ?

Le projet de faire un film sur Aspirine est plus que jamais d’actualité. C’est BlackDynamite qui produit et nous avons (depuis seulement huit jours) un scénario terminé !!! Je ne peux pas en dire plus pour l’instant car contrairement à Emmanuel Macron, « je ne suis pas le maître des horloges » (rire).

Pour finir, quels sont vos projets immédiats (BD, Ciné, autre…) ?

En bande dessinée, la suite de L'Ancien Temps paraît dans quelques semaines chez Gallimard. Et j’ai écrit presque toute la suite d’Aspirine. Dans les deux cas ce sont des univers que je tente de faire vivre. Sinon, un nouveau tome de Petit Vampire et une autre de Le Chat du Rabbin paraîtront dans l’année à venir…

« Aspirine » tome 1, de Joann Sfar - éditions Rue de Sèvres - 16 euros
En vente le 6 juin 2018