Jouer ou ne pas jouer à «Detroit: Become Human» sur PS4, telle est la question

JEU VIDEO Androïde ou humain, faites le (bon) choix avec « Detroit : Become Human » sur PS4…

Vincent Julé

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Dans «Detroit: Become Human», le joueur humain contrôle un androïde s'éveillant à l'humanité
Dans «Detroit: Become Human», le joueur humain contrôle un androïde s'éveillant à l'humanité — Sony

« I’m not a robot. » Qu’il s’agisse du ReCaptcha de Google ou du test d’un autre service en ligne, vous avez tous déjà dû prouver que vous étiez bien humain sur Internet. Et si vous étiez un robot ? Ou plutôt, un humain dans la peau d’un androïde qui découvre son humanité ? C’est ce que propose Detroit : Become Human sur PS4, le nouveau jeu du français David Cage, à qui l’on doit les jeux vidéo Heavy Rain et Beyond: Two Souls. Le dispositif est déjà bien méta, mais ajoutons que les humains du jeu sont contrôlés par des IA, et cela en devient vertigineux.

Le soulèvement des machines

« L’idée était de raconter l’histoire de trois androïdes qui ressemblent en tout point à des hommes mais qui sont traités différemment, explique David Cage. Ils s’éveillent à la conscience, ressentent des émotions, et vont se battre pour être acceptés. » Androïde de maison, la jeune Kara se prend d’empathie par une fillette, victime d’un père abusif. Markus, lui, a toujours eu de la chance, son maître le considère comme son propre fils, mais un concours de circonstances, et de choix pour le joueur, va l’amener à prendre la tête de la rébellion. Genre le soulèvement des machines de Terminator ? Plutôt comme dans Blade Runner, ou un épisode de Black Mirror.

Racisme, identité, liberté…

Intelligence artificielle, transhumanisme, Singularité… Ces sujets n’intéressent pas plus que ça David Cage, ils lui servent plus de toile de fond, et l’émancipation des androïdes n’est pas une question, mais un présupposé. C’est même dans le titre : « Become Human ». « Le jeu propose une vision de notre futur dans vingt ans, une vision, un univers, sur lequel le joueur n’est pas questionné, détaille le créateur. Il est interrogé sur l’histoire, sur d’autres valeurs, d’autres thématiques, comme le racisme, la ségrégation, l’identité, la liberté. » D’où la ville de Detroit, ville de la révolution automobile, ville des droits civiques. « Chaque personnage a également sa manière de challenger le joueur. »

Choisir ou ne pas choisir

En plus de Kara et Markus, le joueur contrôle ainsi Connor, un flic androïde, « une vraie machine », précise David Cage. Si les deux premiers s’affranchissent vite de leurs instructions et rejoignent ainsi les choix naturels, empathiques du joueur, le dernier est plus retors, du moins pendant les premières heures du jeu. Malgré tous nos efforts, toute notre humanité, il continue à être un robot, et prend parfois des décisions hors de notre contrôle, voire contraires à notre for intérieur. Comme si nos choix étaient détournés de leur but initial, comme si Connor se servait de nous pour simuler une humanité. Brrr…

« Le joueur raconte sa propre histoire »

Mais ne vous inquiétez pas (trop), le joueur humain reste maître de ses choix, via un gameplay simplissime, en QTE. « Et il raconte sa propre histoire », ajoute David Cage, rappelant ainsi la profession de foi de toutes ses œuvres. Detroit : Become Human est de ce point de vue le jeu le plus riche de Quantic Dream, avec un record de choix à faire, de nœuds narratifs et de fins possibles. Une arborescence que le studio a décidé de révéler au joueur, boostant ainsi la rejouabilité du titre. « Nous avons toujours cru qu’il fallait cacher ce travail, et que le joueur ait l’expérience la plus fluide possible, la plus linéaire aussi, commente le développeur. Mais nous avons tellement poussé le nombre de choix sur Detroit qu’il fallait que le joueur soit au courant, qu’il soit invité dans la writers' room. » Et qu’il se rende compte que l’arbre cache souvent la forêt.

Une expérience interactive

Pour David Cage, Detroit : Become Human n’est pas à proprement parler un jeu vidéo : « Le terme "jeu" implique quelque chose de léger, de ludique, du divertissement. Cela interdit d’aborder un certain nombre de thèmes graves, sérieux, comme la violence domestique ou la ségrégation, dont on ne peut pas "s’amuser". Le jeu vidéo est un terme un peu fourre-tout, avec du Candy Crush, du Fortnite, du God Of War. Beaucoup s’interrogent sur cette terminologie, pour savoir si elle est encore pertinente. Je ne suis pas militant sur la question, mais ce que je fais, ce n’est pas du divertissement, c’est de l’interactivité. Le média, c’est l’interactivité. » Et Detroit, « une expérience interactive ». Ou un bon jeu.