Avec son implant dans le cerveau, Newton Howard donne une raison d’être à l’homme augmenté

PORTRAIT Newton Howard, fondateur de ni2o (Neuron Input to Output), nous a présenté Kiwi, son implant dans le cerveau pour soigner les maladies dégénératives...

Laure Beaudonnet

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Newton Howard. Illustration
Newton Howard. Illustration — ni2o
  • Newton Howard est attendu au festival Futur.e.s, du 21 au 23 juin à la grande Halle de la Villette, où il sera l’un des intervenants vedettes.
  • Il travaille sur un prototype d’implant neuronal qui promet de réduire les symptômes de la maladie de Parkinson, d’Alzheimer, de la dépression.
  • A terme, cet implant pourrait permettre d’augmenter les capacités intellectuelles et cognitives de l’homme.

Si vous aviez imaginé le cyborg version « Schwarzie » dans Terminator, vous allez être déçu. Intellectuellement, l’homme augmenté n’aura rien de vraiment extraordinaire, à part un cerveau connecté à son portable bien sûr. Nous avons rencontré le père de l’homme augmenté de demain autour d’un expresso (et d’un verre de Chardonnay) dans un bistrot du quartier d’Odéon. Pendant une petite heure, Newton Howard, professeur en neurosciences à Oxford et fondateur de ni2o (Neuron Input to Output), nous a parlé de son implant dans le cerveau pour soigner les maladies dégénératives et du futur de notre espèce.

De la taille d’un grain de riz, Kiwi [le prototype ressemblerait au fruit] promet de réduire les effets d’Alzheimer, de la maladie de Parkinson, de la dépression et, à terme, elle pourrait même augmenter les capacités intellectuelles et cognitives de tout le monde. A l’origine du Mind Machine Project au MIT, Newton Howard, qui sera l’invité vedette de Futur.e.s organisé le 21 juin prochain à la Villette, est bien déterminé à rendre à l’homme toute sa dignité.

L’homme régresse

Si, selon ce chercheur touche-à-tout (Newton Howard est diplômé en mathématiques à Oxford, en informatique cognitive à la Sorbonne, en Neurochirurgie à Oxford, il a obtenu un doctorat de sciences médicales à la Sorbonne, on s’arrête là sinon on va vous perdre) la technologie a un grand rôle à jouer dans nos vies, il reste très prudent sur les annonces futuristes d’un Raymond Kurzweil, icône mondiale du transhumanisme et directeur de l’ingénierie de Google, qui prévoit l’immortalité et la numérisation du cerveau pour 2045. « On verra ça », sourit-il.

Il ne fait pas partie du camp de ceux qui souhaitent copier la conscience de l’homme et l’enregistrer sur une machine (ou dans le cloud). « Nous ne sommes pas en train de créer des monstres ou des humains cybernétiques, nous cherchons à compenser ce que l’homme a perdu au fil des générations », se défend celui qui a partagé son bureau avec le scientifique américain Marvin Minsky, le mentor de Ray Kurzweil et de nombreux chercheurs en intelligence artificielle. Mais la sentence est cruelle : l’homme régresse. Il n’a plus les mêmes capacités et Newton Howard qui, jusque-là travaillait en sous-marin, a bien l’intention de remédier à ce problème.

Des zones du cerveau détériorées

« Les enfants sont de plus en plus nombreux à être atteints de déficit de l’attention, nombre de gens développent des TOC (troubles obsessionnels du comportement), des dépressions… Et avec la technologie, nous espérons pallier cela », poursuit Newton Howard, qui enchaîne les expressos pour contrer les effets du décalage horaire. Dans le cas des TOC ou des dépressions lourdes, les dégâts sont visibles sur les scanners, des régions du cerveau sont détériorées. Avec Kiwi, l’idée est d’inverser cette tendance, de restaurer ces zones endommagées.

L’implantation de Kiwi se fait à travers la cavité nasale, l’opération dure un peu plus de deux heures, contre près de 14 heures pour les interfaces existantes fixées par craniotomie [on découpe un ou plusieurs os du crâne pour accéder à l’encéphale]. Elle évite ainsi les risques d’infections. Une fois implantée dans la région concernée, la puce interagit avec les neurones à travers la lumière et des impulsions électriques et recrée un environnement naturel. La technologie sera d’abord testée sur les cochons et les singes avant de s’inviter dans le cerveau des premiers patients -d’abord les cas lourds de Parkinson- d’ici environ deux ans.

Il faudra attendre un peu pour « l’augmentation de confort », ceux qui voudraient « juste » avoir une meilleure mémoire ou une attention plus développée. Newton Howard a bien conscience que son dispositif sera surtout jugé sur sa capacité à soigner les malades. Devant le discours chargé d’espoir de ce passionné de l’organe de la pensée, on ne peut que se laisser embarquer. Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre celui qui rendra possible une nouvelle espèce d’homme (on s’emballe peut-être un peu).