«Bella Ciao»: On n'a pas attendu Maître Gims pour faire n'imp' avec les chants révolutionnaires

MUSIQUE Le projet était annoncé depuis plusieurs jours, ce vendredi, il se concrétise : la reprise de « Bella Ciao » par Maître Gims, Vitaa, Dadju et Slimane est disponible. Ils ne sont pas les premiers à passer un chant révolutionnaire dans le bain de la pop culture…

Fabien Randanne

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Maitre Gims lors d'un concert à Rabat (Maroc) en mai 2016.
Maitre Gims lors d'un concert à Rabat (Maroc) en mai 2016. — FADEL SENNA / AFP
  • Ce vendredi, Maitre Gims sort une reprise de Bella Ciao qu’il interprète avec Vitaa, Dadju et Slimane.
  • Bella Ciao est l’un des hymnes de la résistance italienne.
  • Plusieurs artistes ont repris des chansons révolutionnaires à la sauce pop ou variété : Le chant des partisans par Motivés, Hasta Siempre par Nathalie Cardone…

Il se murmure que des oscillations sismiques auraient été constatées dans les cimetières italiens à l’annonce de la nouvelle. En apprenant que Maître Gims, épaulé de Vitaa, Slimane, Naestro et Dadju, préparait une reprise de Bella Ciao, plus d’un résistant se serait retourné dans sa tombe.

Ce chant emblématique des partisans opposés aux troupes allemandes de l’autre côté des Alpes durant la Seconde Guerre mondiale a été propulsé dans les playlists des jeunes générations grâce à (à cause de) la série espagnole La Casa de Papel. La chanson rythme l’une des scènes phares de cette histoire de casse du siècle visible sur Netflix et, passée à la moulinette de la pop culture, s’apprête dès ce vendredi à tourner en boucle à la radio.

Des rizières aux vacanciers en tongs

Bella Ciao, au début du XXe siècle, était un chant entonné par les saisonnières des rizières de la plaine du Pô pour se donner du cœur à l’ouvrage. En 1944, les « partigiani » antifascistes conservent la mélodie et changent les paroles pour transformer la complainte en un hymne à la résistance. Depuis, le morceau a été repris par des artistes aussi divers qu’Yves Montand, Leny Escudero ou Thomas Fersen, sans que l’intégrité du texte ne soit écorchée.

Mais ça, c’était avant la version de Maître Gims dans laquelle Vitaa se retrouve à chanter des couplets tels que « Tu m’as tant donné, j’attends ton retour » - qui n’ont plus grand-chose à voir avec les paroles en italien… Qu’importe, il y a de grandes chances (de grands risques) pour que cela devienne un tube du printemps, voir, de l’été. Destin fabuleux d’une chanson qui a traversé les décennies pour faire sautiller des vacanciers en tongs dans les campings du sud de la France.

« Comandante Che Guevaaaaraaaaaaaa »

Ce ne serait pas la première fois qu’un chant révolutionnaire fait un carton chez nous. En 1999, la reprise d’Hasta Siempre, ode au Che écrite par Carlos Puebla en 1965, s’est écoulée à 750.000 exemplaires et a atteint la deuxième place du Top 50. A l’origine du projet : Laurent Boutonnat qui, à l’époque, prend ses distances avec Mylène Farmer et cherche une nouvelle muse. Nathalie Cardone fait le job, enregistre la chanson et se prête au jeu d’un clip où elle apparaît mitraillette en mains et cheveux moites entre deux images d’un Guevara décédé (la vidéo est d’un bon goût incertain).

C’est suffisant pour faire danser la France avec un air habité et l’inciter à chanter en yaourt avec ses restes d’espagnol LV2. Toute une génération de lycéens qui a affiché un portrait du Che dans sa chambre, se paye par la même occasion son petit frisson révolutionnaire.

Motivés, motivés

Deux ans avant Cardone, le collectif Motivés, auquel a participé le groupe Zebda, livrait aussi sa version d’Hasta Siempre et de plein d’autres morceaux à entonner le poing levé. L’extrait le plus célèbre de cet album, Chants de luttes, est sans nul doute Le chant des partisans.

Une nouvelle mouture loin de la solennité originelle, beaucoup plus festive, invitant presque à tomber la chemise. De quoi faire oublier les interprétations beuglées de Mireille Mathieu ou slamées de Johnny Hallyday. Les Motivés n’ont pas de quoi être accusés d’opportunisme (coucou Les Stentors) : leur objectif principal est de donner une nouvelle jeunesse à ces chants contestataires qui rythment encore aujourd’hui la majorité des cortèges de manifs. Ou comment le pouvoir de la musique devient arme politique.

Un peu comme quand Gainsbourg se réapproprie La Marseillaise, chant patriotique de la Révolution française devenu hymne national, le temps d’un Aux armes et cætera provocateur dont les rythmes reggae neutralisent tel un spliff les relents guerriers des mots de Rouget de L’Isle.

La Commune et « Le temps des cerises »

Ou comme quand Radio Londres égratigne la collaborationniste Radio Paris avec des « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand », sur l’air de La cucaracha, chanson venue du Mexique où elle a été la bande originale de bien des conflits aux XIXe et XXe siècles, chose que beaucoup ignorent aujourd’hui tant le refrain est entonné jusqu’à la caricature.

De même qui lie encore Le temps des cerises, qui a connu des dizaines d’interprètes différents, dont Tino Rossi et Dorothée à la Commune de Paris dont elle était emblématique ? Quasiment personne, hélas.

Les pisse-vinaigre que nous sommes se permettent donc une requête : tapez des mains et déhanchez-vous comme il vous plaira quand Vitaa clamera : « Oh bella ciao, bella ciao, bella ciao, ciao, ciao. J’ai beau chanter, mais j’attends toujours que tu reviennes ô mon amour », ayez une pensée pour les travailleuses des rizières du Pô et pour les partisans « morts pour la liberté ».