VIDEO. «BlacKkKlansman»: Qui est Ron Stallworth, le policier afro-américain qui a infiltré le Ku Klux Klan?

ENQUETE Spike Lee a présenté lundi soir « BlacKKKlansman », un polar aux allures de pamphlet contre le racisme basé sur une histoire vraie…

L.B.

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Le Ku Klux Klan aux Etats-Unis. Illustration
Le Ku Klux Klan aux Etats-Unis. Illustration — SIPA
  • Spike Lee a fait son retour lundi soir sur la Croisette avec BlacKKKlansman.
  • Basé sur l'histoire réelle d'un policier afro-américain qui a infiltré le Ku Klux Klan, le film de Spike Lee alterne entre polar et film politique.
  • Spike Lee dresse un parallèle entre le leader du Klan et le nouveau président américain.

Ving-sept ans après Jungle Fever, Spike Lee a fait son retour lundi sur la Croisette avec BlacKKKlansman, un film policier basé sur l’histoire vraie d’un policier afro-américain qui a infiltré le Ku Klux Klan. Le film retrace l’enquête de Ron Stallworth, jeune policier noir de Colorado Springs, interprété par John David Washington, le fils de Denzel Washington, le Malcolm X de Spike Lee en 1992. Son idée : infiltrer le KKK. Mais quand il s’agit de rencontrer physiquement le responsable local du Klan, il lui faut une couverture : ce sera donc son collègue Flip Zimmermann (Adam Driver), blanc et juif.

A la fin des années 1970, Ron tombe sur une petite annonce de l’organisation suprémaciste blanche. « J’ai été assigné au service des renseignements du commissariat. L’une des tâches habituelles du service était de lire la presse pour y trouver des choses suspectes. Je suis tombé sur une annonce du Ku Klux Klan qui incluait une adresse postale », confie-t-il à Vice en 2014 au moment de la publication de son livre Black Klansman.

« J’ai fait une grosse erreur : j’ai signé la lettre avec mon vrai nom »

« J’ai écrit une petite lettre en me faisant passer pour un raciste blanc : j’expliquais que je détestais les nègres, les youpins, les latinos, les jaunes et les ritals. J’ai utilisé tous les termes racistes qui me venaient à l’esprit. Et j’ai écrit que je voulais faire quelque chose afin de préserver la "suprématie blanche". Mais j’ai fait une grosse erreur : j’ai signé la lettre avec mon vrai nom ! Pour tout vous dire, j’ai eu un moment d’absence au moment de signer », se remémore-t-il.

Une semaine après, le responsable local le rappelle pour discuter de ses motivations. « J’ai utilisé une rhétorique qu’on entend encore aujourd’hui. J’ai […] ajouté que ma sœur sortait avec un nègre, et qu’à chaque fois que je le voyais poser ses sales pattes de Noir sur elle, ça me mettait hors de moi », raconte-t-il à Vice.

« C’est comme ça que mon enquête a débuté »

Ron correspond parfaitement au profil recherché, son interlocuteur souhaite le rencontrer. Seul problème : il est noir. L’enquêteur gagne du temps pour trouver un subterfuge. « C’est comme ça que mon enquête a débuté. » Il a fallu ensuite maintenir une cohérence entre le discours de Ron Stallworth et ce qui se disait dans les réunions auxquelles assistait son collègue Flip Zimmerman, qui se faisait passer pour lui. Il raconte qu’il a vraiment eu peur d’être démasqué une seule fois lorsque l’un des membres du KKK a remarqué que sa voix semblait changée.

Après plus de vingt ans de silence, Ron Stallworth révèle en 2006 à la presse comment lui et son collègue Flip Zimmerman se sont rapprochés de David Duke, le responsable national du mouvement. « C’est l’une des enquêtes les plus importantes de ma carrière en raison de sa portée et de son ampleur », a-t-il confié à cette époque au Deseret News. « L’enquête a révélé que des membres du KKK travaillaient au sein de l’armée, deux d’entre eux étaient membres du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (Norad) et pouvaient déclencher les armes nucléaires ». C’est au moment où on lui offre un poste plus important dans le Klan qu’il finit par disparaître. L’enquête a duré sept mois.

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