Des manuscrits et lettres de Marcel Proust vendus aux enchères le 24 mai

TRESOR Un ensemble exceptionnel de lettres adressées à Marcel Proust par son éditeur Gaston Gallimard ainsi que des manuscrits de l’écrivain seront dispersés aux enchères à Paris le 24 mai…

C.B. avec AFP

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Une copie annotée du manuscrit de «Du côté de chez Swan», de Marcel Proust.
Une copie annotée du manuscrit de «Du côté de chez Swan», de Marcel Proust. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Un manuscrit de Marcel Proust, ça vous tente ? A moins que vous préfériez lire comment il se fait reconquérir par son éditeur… Si vous êtes fan de l’auteur de La recherche du temps perdu, vous pourrez bientôt en avoir un petit bout chez vous. Une vente aux enchères de lettres de son éditeur, Gaston Gallimard, et des manuscrits sera organisée le 24 mai à Paris.

Cette annonce vient de la maison Sotheby's, qui affirme que les quelque 70 lots proviennent de la collection de Marie-Claude Mante, petite-nièce de l’auteur de Du côté de chez Swann. Parmi les lots les plus attendus figure un important ensemble de 138 lettres de Gaston Gallimard à Marcel Proust, estimé entre 100.000 et 150.000 euros. Ces lettres d’un des plus grands éditeurs du XXe siècle à l’un des romanciers les plus emblématiques de la littérature française permettent de mieux comprendre la stratégie éditoriale de Gallimard.

« La plus grave erreur » de l’éditeur

L’histoire entre Proust et Gallimard a commencé par un malentendu. En 1912, Du côté de chez Swann, premier volume d’A la recherche du temps perdu achevé, Proust souhaiterait le faire publier à la NRF (la maison d’édition de Gallimard). Mais son manuscrit est rejeté. Proust se rabat sur Bernard Grasset qui accepte de publier l’ouvrage en 1913 à compte d’auteur. « Le refus de ce livre restera la plus grave erreur de la NRF », écrira plus tard André Gide à l’origine du refus.

André Gide, Jacques Rivière (alors secrétaire de la NRF) et Gaston Gallimard feront de la reconquête de Marcel Proust l’une des grandes priorités de la maison. « J’ai pour [votre œuvre], comme pour vous, une affection jalouse : exigez donc de moi, brutalement, ce que vous voulez et je m’emploierai de toutes mes forces à ne jamais vous décevoir », n’hésite pas à écrire Gaston Gallimard dans une des lettres adressées à l’écrivain.

Un prix Goncourt

C’est seulement au printemps 1916 que Gaston Gallimard parviendra finalement à persuader Marcel Proust de se détacher de Grasset et de lui confier ses prochains livres. En octobre 1917, Gaston Gallimard rachète à Grasset les quelque deux cents exemplaires de Du côté de chez Swann qui n’ont pas été vendus. Il les revêt d’une couverture NRF avant de les remettre en vente.

La réédition par Gallimard de Du côté de chez Swann et A l’ombre des jeunes filles en fleurs, achevé d’imprimer le 30 novembre 1918, seront tous deux mis en vente après la guerre en juin 1919. Le second volume de La Recherche vaudra à Gallimard son premier prix Goncourt.

Parmi les lots qui seront mis en vente par Sotheby’s figure également un rare brouillon de Du côté de chez Swann (estimé entre 30.000 et 50.000 euros) et deux « placards » [jeu d’épreuves] dont l’un totalement manuscrit pour A l’ombre des jeunes filles en fleurs. Ces deux lots sont estimés entre 15.000 et 20.000 euros pour l’un et 10.000 et 15.000 euros pour l’autre.