Eurovision: «La chanson de la France peut aller loin, mais aussi déranger», estime Christophe Willem

MUSIQUE Christophe Willem, qui commente les demi-finales et la finale de l’Eurovision cette année, a passé au crible, pour « 20 Minutes », certains vainqueurs des éditions précédentes, ainsi que le duo Madame Monsieur…

Propos recueillis par Fabien Randanne

— 

Christophe Willem et le duo Madame Monsieur.
Christophe Willem et le duo Madame Monsieur. — GUYON Nathalie
  • Christophe Willem commentera mardi et jeudi les demi-finales de l’Eurovision sur France 4, dès 21h, avec André Manoukian.
  • Samedi, il commentera la finale avec Alma et Stéphane Bern sur France 2 à partir de 21h.
  • Le chanteur, qui estime que la chanson de la France « peut aller très très loin », donne également son avis, pour 20 Minutes, sur des vainqueurs emblématiques.

Mardi et jeudi, Christophe Willem commentera, avec André Manoukian, les demi-finales de l’Eurovision sur France 4. Une nouvelle casquette pour le chanteur qui confie à 20 Minutes envisager « plutôt sereinement » cette expérience qu’il espère « feel good ». Samedi, c’est au côté de Stéphane Bern et Alma et sur France 2 que l’interprète de Double je officiera pour la grande finale du concours de chansons. En attendant de découvrir le vainqueur de l’édition 2018, nous avons demandé à Christophe Willem ce qu’il pense des Madame Monsieur, qui représentent la France cette année, mais aussi de certains gagnants emblématiques de l' Eurovision

  • Le duo Madame Monsieur représente la France à l’Eurovision 2018 avec Mercy

« C’était mes 12 points à Destination Eurovision. Ce titre à la force d’être une ritournelle, un peu à la manière d’une Zazie, que l’on retient, sur un sujet sérieux [ la naissance d'une petite fille sur un bateau venu en secours à des migrants]. Un sujet pesant, même, aujourd’hui, au niveau européen, car la question des réfugiés est une vraie question. Cette chanson dit les choses sans être vindicative ni donner de leçon. C’est en cela que le titre a des chances d’aller loin. Mais Mercy peut aussi déranger ceux qui n’ont pas envie d’entendre quelque chose de trop politique à l’Eurovision ou qui n’ont pas envie de regarder en face la réalité de ce que cette chanson évoque. C’est un morceau qui ne va pas laisser indifférent et, pour moi, c’est tout ce qu’on demande à la musique. Le pire c’est de laisser indifférent. Donc ce titre peut aller très très loin ou ne pas décoller. S’il ne décolle pas, cela montrerait qu’il y a une vraie mauvaise foi globale de ne pas vouloir mettre des points à une chanson qui évoque ce sujet et cela montrerait qu’elle est efficace parce qu’elle a dérangé. Si elle va très loin, ça prouverait que, même si de nombreux dirigeants européens ont une certaine vision, les citoyens ne la partagent pas forcément. Musicalement, Madame Monsieur représente la nouvelle vague de la musique française, au côté d’artiste comme Lili Poe, mélangeant le côté piano guitare acoustique avec des productions minimalistes. C’est dans l’air du temps de ce qu’il se fait en France. »

  • Lordi, vainqueur en 2006 pour la Finlande, avec Hard Rock Hallelujah

 

« C’est typiquement le genre de truc qu’on voit à l’Eurovision (rires). Ça m’évoque… Ce n’est pas mon goût, mais je n’ai pas un goût meilleur que les autres. C’est une compétition, les gens votent et ont le dernier mot. Quand tu vois ça, et que ça gagne, tu ne peux pas dire que l’Eurovision n’a pas des propositions musicales diversifiées. Les Lordi ont encore une carrière assez grande. Dans un cercle metalleux, ils sont très connus, me semble-t-il. C’est la preuve que l’Eurovision mène à tout. »

  • Conchita Wurst, gagnante en 2014 pour l’Autriche, avec Rise Like a Phoenix

« C’est une artiste intéressante parce que sa victoire montre que l’Europe a un côté précurseur dans les mentalités. C’est un pied de nez au puritanisme américain, qui se veut toujours avant-gardiste et qui est en fait souvent très à la traîne. Donc c’est important que l’Europe fasse gagner quelqu’un comme Conchita Wurst. »

  • Jamala, gagnante en 2016 pour l’Ukraine, avec 1944

Christophe Willem ne connaît pas cette chanson. On lui explique que 1944 évoque  la déportation des Tatars de Crimée sous Staline. « Chaque année on nous dit qu’il faut faire attention à ne pas être trop politique. Mais la musique sert à s’exprimer et à exprimer des idées. Quand les choses se font sans être vindicatives et qu’elles font entendre une voix qu’on n’entend pas assez souvent, ça peut toujours porter ses fruits. »

  • Salvador Sobral, vainqueur en 2017 pour le Portugal, avec Amar Pelos Dois

« C’est, de loin le gagnant, toutes années confondues, que je préfère. Musicalement, c’est d’une élégance jamais vue à l’Eurovision, qui est plutôt un concours de musique pop, parfois aseptisé dans ses choix artistiques. En vérité, c’est la victoire de Salvador Sobral qui m’a convaincu de faire Destination Eurovision cette année [Christophe Willem a été juré dans cette émission de France 2 organisée pour désigner la candidature française]. Je me suis dit : "Ça y est, on est prêt à entendre des choses différentes". Sa chanson, c’est de la bossa pratiquement, un genre de jazz brésilo-portugais et c’était tellement invraisemblable qu’un titre comme ça gagne l’Eurovision que cela a redonné encore plus d’impact et de poids à ce concours. Il gagne en chantant en portugais. D’ailleurs, il y a une sorte de guerre contre la langue anglaise à l’Eurovision et je ne comprends pas pourquoi ça crispe à ce point-là. Si, demain, une artiste chantait du jazz, il serait évident qu’elle ne le fasse pas en français, parce que le jazz en français est plus difficile d’accès. Salvador Sobral chante une bosse qui, musicalement se chante en portugais brésilien. Son interprétation, c’était plus un accent brésilien que portugais. »