VIDEO. Zep: «L’homme a énormément à apprendre des arbres»

INTERVIEW Le créateur de Titeuf commente, en avant-première pour « 20 Minutes », quelques extraits de son prochain album, « The End », un thriller environnemental…

Olivier Mimran

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Détail de la couverture de THE END et portrait de Zep
Détail de la couverture de THE END et portrait de Zep — © Zep & Rue de Sèvres 2018 / photo © Alain Grosclaude
  • The End est un thriller qui dénonce les dégats que l'homme cause à la planète.
  • Pour l’écrire, Zep a consulté plusieurs scientifiques, dont un chercheur en botanique de l’université de Neuchâtel.
  • Ce nouvel album du papa de Titeuf sort le 25 avril.

Pour la majorité des lecteurs francophones, ZepTiteuf. Sauf que s’il anime effectivement les aventures du blondinet à la houppe depuis 1992, l’auteur suisse bâtit aussi, en parallèle, une œuvre plus personnelle et moins grand public à travers, par exemple, les récits Une histoire d’hommes en 2013 et Un bruit étrange et beau en 2016.

C’est d’ailleurs dans cette veine que s’inscrit l’album The end, dont le Grand prix du festival d’Angoulême 2004 a accepté de commenter, pour 20 Minutes, trois extraits emblématiques…

Dans la première image, on découvre le jeune Théodore Atem - le personnage central du récit - observant une forêt de bouleaux en compagnie de la jolie Moon

Graphiquement, on est très très loin de Titeuf…

Ici, mon dessin est réaliste, c’est un dessin d’observation. Il ne vient pas de la bande dessinée, mais du réel. Je suis allé dessiner pendant une semaine sur une île, dans l’archipel au sud de Stockholm, là ou se déroule une grande partie de mon récit. Il y a des grandes forêts de bouleaux. C’est très graphique, agréable à dessiner. Je peux rester des heures à faire ça. D’ailleurs, en les observant, difficile de ne pas ressentir qu’eux aussi m’observent…

Heu… Vous parlez des arbres ?

Oui. C’est la pratique du « dessin de promeneur » qui m’a ouvert à cette idée d’intelligence des arbres. Elle est représentative de l’histoire, puisque justement, cette équipe de chercheurs entourant un professeur banni de la communauté scientifique est là pour écouter les arbres et enregistrer tous leurs messages pour tenter de les comprendre et d’approcher leur capacité d’anticipation.

Vous êtes largué ? Il est vrai qu’on aurait peut-être dû commencer par vous dévoiler le pitch de The end. Alors voici une vidéo qui le fera mieux que nous :

C’est plus clair ? Parfait.
Dans la seconde image, un cervidé à l’étrange comportement - il se « promenait » en ville - vient d’être abattu par un habitant effrayé…

Ce passage est vraiment effrayant. Et si triste.

C’est un thriller. On est en Suède, dans un décor idyllique et, progressivement, la réalité bascule, on note des petits dérèglements, les animaux n’ont plus peur des hommes… En fait, ils ne les considèrent plus comme une menace. Du coup, nous, on sent venir le danger. Mais toutes les intuitions des héros seront bien en dessous de la réalité.

Dans la troisième image, Théodore, qui soupçonne un centre de recherche pharmaceutique local d’avoir contaminé la région, décide d’employer les grands moyens…

Dès la seconde moitié de l’album, le personnage principal ne peut plus ne plus agir…

Théo est un écologiste radical. Il est persuadé que l’homme a une responsabilité vis-à-vis de la planète et du coup, il n’hésite pas à contourner les lois qu’il trouve absurdes… On ne peut pas lui donner tort, puisque l’homme contourne lui-même une loi première de la vie sur Terre : Prendre et donner : il prend à la Terre sans rien donner en retour. Comme les dinosaures, à la fin de leur ère, nous n’apportons rien à l’équilibre de la planète. Pire : Nous créons le déséquilibre. Je ne partage pas son radicalisme… Parce que je suis plus vieux et plus raisonnable. Mais pas sûr que j’aie raison !

Comment vous est venue l’idée de ce récit ?

Grâce à mon fils, qui m’a raconté cette incroyable histoire des koudous du Transvaal, morts mystérieusement (l’épisode est repris dans les premières pages du livre)… On a fini par comprendre que leurs assassins étaient des eucalyptus qui avaient modifié leur tanin pour empoisonner les animaux qui se nourrissaient de leur feuillage. Cette anecdote, encore controversée, a déclenché les recherches sur l’intelligence des arbres dont on parle beaucoup aujourd’hui. J’ai imaginé cette histoire inquiétante, d’un groupe de chercheurs qui observent la nature et qui vont se rendre compte que c’est elle qui les observe, d’un professeur qui a lancé l’hypothèse qu’une mémoire de la Terre était consignée dans l’ADN des végétaux et qu’elle s’effaçait en présence de l’homme…

Vous-même, vous croyez à cette théorie ?

Les arbres sont sur Terre depuis plus de quatre cents millions d’années. On sait maintenant qu’ils se transmettent leur « savoir », qu’ils se déplacent, s’adaptent, qu’ils participent à l’équilibre général de la planète, anticipent certains événements, communiquent… À l’inverse de l’homme, le dernier arrivé sur Terre, ils transforment la pollution en oxygène. Oui, je crois que l’homme a énormément à apprendre des arbres, qui sont absolument passionnants.

Vous allez enchaîner avec un nouveau Titeuf ?

Mmm… La bande dessinée est une activité assez… harassante. Chaque album me repose du précédent et me ressource pour le suivant. Mais certains albums m’accaparent plus que d’autres. Celui-là était particulièrement brûlant, je n’ai pas pu le lâcher… même le quitter quelques heures pour aller dormir m’était difficile. Alors pour la première fois depuis plus de dix ans, je ne vais pas enchaîner immédiatement. J’ai besoin « d’accompagner » la sortie de cet album.

« The end », de Zep - éditions Rue de Sèvres - 19 euros
En vente le 25 avril 2018