Evan Rachel Wood («Westworld): «Témoigner devant le Congrès m'a libérée»

INTERVIEW Violée et battue, l'actrice de la série «Westworld» revient sur sa prise de parole devant les élus américains...

Propos recueillis par Philippe Berry

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L'actrice Evan Rachel Wood, en 2017.
L'actrice Evan Rachel Wood, en 2017. — Salangsang/BFA/Shutters/SIPA

« Mon nom est Evan Rachel Wood. Je suis une artiste. Mais je suis surtout une survivante de violences domestiques et d’agressions sexuelles. » Devant le Congrès américain, le 28 février dernier, Evan Rachel Wood a livré un témoignage bouleversant sur les viols et les tortures qu’elle a subis pendant des années. Ce courage de prendre la parole, elle l’a trouvé aux côtés des femmes des mouvements #MeeToo et #TimesUp, mais également dans le personnage de Dolores qu’elle incarne dans la série Westworld, qui revient dans la nuit du 22 au 23 avril sur HBO et OCS.

Evan Rachel Wood et James Marsden dans la saison 2 de la série «Westworld».
Evan Rachel Wood et James Marsden dans la saison 2 de la série «Westworld». - HBO

Dolores est un robot qui prend conscience de sa situation d’esclave et se rebelle contre les humains. Incarner un tel personnage vous a-t-il aidé ?

Absolument, elle a révélé en moi une force que j’ignorais posséder. Je me suis réveillée et je me suis rendue compte que je faisais partie du problème en gardant le silence et en acceptant mon impuissance, en pensant que les choses ne changeraient jamais. Témoigner est la première étape pour démanteler un système qui est en place depuis la nuit des temps.

La société est-elle en train de changer en profondeur ?

Je le pense. Même si on aime la gratification instantanée, cela ne se fera pas du jour au lendemain mais on plante les graines pour la prochaine génération. Je ne sais pas de quel monde il va hériter, mais mon fils va voir tout ça. C’est l’une des raisons qui m’ont poussée à prendre la parole. Je voulais lui montrer que parfois, il faut se mettre en danger, dévoiler sa vulnérabilité et ses imperfections pour une juste cause.

Que ressentiez-vous en témoignant devant le Congrès ?

J’étais terrifiée, écrasée par le poids de ma honte, j’avais peur que les gens entendent mon histoire et me voient comme une personne brisée, abîmée. Qu’ils pensent que ce qui m’est arrivé était de ma faute, ou qu’ils ne sachent pas comment réagir face à l’horreur. Mais le soutien a été incroyable. De ne plus me sentir seule, de ne plus porter ce fardeau, de ne pas me sentir jugée, c’est comme si ma vie avait changé du jour au lendemain. J’en avais assez d’être définie par ma peur. Le combat n’est pas terminé mais témoigner m’a libérée.