Disquaire Day: Le vinyle est-il toujours un truc réservé aux bobos?

DEBAT Le samedi 21 avril, c’est le Disquaire Day, la fête des disquaires indépendants dans 90 villes en France…

Benjamin Chapon

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Une platine vinyle en 2018, objet vintage ou du quotidien ?
Une platine vinyle en 2018, objet vintage ou du quotidien ? — sipa
  • Le Disquaire Day réunit 235 disquaires indépendants le samedi 21 avril pour une journée festive lors de laquelle des disques inédits sont mis en ventes.
  • Depuis le lancement de l’opération en 2011, les chiffres de vente de vinyles ont considérablement évolué.
  • Autrefois associé aux mélomanes branchés, le vinyle est presque devenu un objet culturel de consommation courante.

Comme chaque année depuis 2011, le Disquaire Day, samedi 21 avril, sera l’occasion, pour les 235 disquaires indépendants participants à l’opération de vendre des disques édités spécialement pour l’occasion, inédits, rééditions ou raretés. Des files d’attente vont se former pour dénicher les disques en édition limitée comme au bon vieux temps des sorties d’albums événements.

Depuis huit ans et le lancement, en France, du Disquaire Day, le vinyle a beaucoup évolué. Les ventes sont en hausse constante et, désormais, de nombreuses sorties d’albums se font directement en vinyles. Depuis 2010, la principale usine de pressage française a multiplié par cinq le nombre de vinyles qui sortent de ses presses. Sur la même période, le nombre de disquaires indépendants, dont le vinyle représente 75 % des ventes, a été multiplié par deux. Le « marché » est mature, comme on dit en économie, c’est-à-dire que les chiffres de vente sont suffisamment importants pour être analysés, et un pressage vinyle peut être décidé selon des normes économiques fiables. On est bien loin de la poésie des débuts du renouveau du vinyle…

Mais alors, le vinyle est-il toujours un truc de bobo ?

20 Minutes fait le point (avec un soupçon de mauvaise foi et de goût de la polémique)

BOBO parce que ça reste cher et plutôt inutile dans un monde où toute la musique, ou presque, est disponible en streaming. En gros, on achète un vinyle par snobisme, ou goût du design. Ce qui revient au même.

PAS BOBO parce que le vinyle n’est plus à la mode. « Le vinyle n’est plus seulement un objet vintage et nostalgique, explique Pascal Bussy directeur du Calif (Club action des labels indépendants français) et organisateur du Disquaire Day. Les deux segments les plus porteurs actuellement sont le vinyle et le streaming. Ça ne veut pas dire que le vinyle pèse aussi lourd que le streaming, bien sûr. Mais le vinyle s’est installé comme un support intéressant pour un certain type d’albums. Le vinyle sert les labels indépendants, il y a véritablement tout un segment de l’industrie musicale qui revit grâce au vinyle. »

BOBO parce qu’acheter un vinyle sert surtout à préserver les commerces de proximité notamment avec le développement des boutiques-disquaires, des lieux mixtes qui ne vendent pas que des disques. « Certains ont un bar, d’autres vendent des meubles d’occasion, nous on a monté un label, mais il faut forcément une activité connexe pour survivre, explique Bernard Ducayron, disquaire parisien à Souffle Continu. Etre disquaire est toujours aussi difficile qu’il y a dix ans quand on a ouvert la boutique mais aujourd’hui il n’y a plus l’ambiance de morosité de l’époque. »

PAS BOBO parce que le vinyle, c’est du patrimoine, un truc de « ieuv ». « Le vinyle est un objet de culture unique en son genre, explique Pascal Bussy. Il y a plusieurs jalons dans l’histoire de la musique, et de la culture, qui sont symboliquement associés à des pochettes de vinyles. »

BOBO parce qu’on y trouve surtout du rock. Du moins pendant le Disquaire Day. « J’aimerais que certains segments soient mieux représentés, comme le jazz et le classique, confie Pascal Bussy. Il y en a peut-être trop pour le rock historique… »

PAS BOBO parce que ce n’est pas qu’un truc de parisiens. Des disquaires de 90 villes participent au Disquaire Day 2018.

BOBO parce que, malgré tout, il n’y a pas vraiment de modèle économique. « Les volumes de vente sont très bas et les marges très faibles sur le neuf, explique Bernard Ducayron. Nous, on défend un certain goût, de la musique expérimentale au sens large. On a une spécificité et c’est ce qui fait notre force. »

PAS BOBO parce que c’est mainstream. Depuis sa création, plus 1.000 artistes ont participé d’une manière ou d’une autre (édition d’inédits, dédicaces, showcases, DJ sets…) au Disquaire Day.

BOBO parce que c’est chic. « Face à l’installation de la musique dématérialisée, le vinyle est désormais le support roi, c’est-à-dire le plus noble », estime Pascal Bussy.

Bilan ?

Difficile de se faire une opinion. Le vinyle n’est clairement plus un objet de brocante chic, mais n’est pas encore tout à fait sorti de sa niche. Mais finalement, bobo ou pas, on s’en moque un peu.

>> Et vous ? Achetez-vous des vinyles ? Accordez-vous plus de valeur à un objet physique qu’à un abonnement à un service de streaming ? Regrettez-vous aujourd’hui d’avoir vendu votre ancienne platine ?
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