Marseille: Garde à vue, arme... L'image de bad boy de Jul pourrait le desservir

MUSIQUE Jul a rapidement présenté ses excuses à ses fans après sa garde à vue pour éviter d’écorner son image…

Adrien Max

— 

Jul à un concert
Jul à un concert — Thomas Samson / Afp
  • Le rappeur Jul s’est excusé auprès de ses fans pour son interpellation et sa garde à vue qui a pris fin lundi soir.
  • Rappeur grand public, cet écart de conduite pourrait nuire à l’image qu’il entretient auprès de ses fans, composés d’enfants et d’adultes.
  • Si à une époque les rappeurs se donnaient volontairement l’image de bad boy, cela semble être moins le cas et notamment depuis les attentats qui ont touché la France.

Jul a encore fait des siennes. Le rappeur est sorti lundi soir de 24 heures de garde à vue. Il s’est fait interpeller en excès de vitesse sous emprise de stupéfiant sur une autoroute marseillaise dimanche soir. Son passager a, lui, tenté de dissimuler une arme de poing lors du contrôle.

En mai dernier Jul avait déjà été entendu dans le cadre d’une enquête préliminaire pour « propos injurieux et atteinte à la vie privée » après avoir cité nommément un policier dans l’une de ses chansons.

Autant de déboires qui pourraient influer sur la carrière du chanteur, et surtout sur l’image qu’il cultive auprès de ses nombreux fans. Il s’est d’ailleurs empressé d’adresser un message d’excuses à sa communauté Facebook, composée d’enfants et de parents, comme il l’évoque.

Image de bad boy

Est-ce que cet incident peut nuire à son image auprès de ses fans, ou au contraire peut-il renforcer son image de bad boy ? Longtemps, les rappeurs ont cherché à cultiver cette image, mais cette pratique semble avoir évolué. « Aujourd’hui il y a plein de façons de faire le buzz sans avoir besoin de jouer au gangster », avance Mike Ristorcelli, fondateur du studio Beat Bounce.

Lui qui réalise les clips des plus grands rappeurs français a constaté un changement majeur ces dernières années. « Depuis les attentats, les choses ont pas mal changé. Avant les rappeurs mettaient leurs armes en avant, maintenant c’est beaucoup moins le cas. En plus, il y a déjà 30 mecs qui se sont déjà fait passer pour des voyous », précise-t-il.

« A Marseille, les rappeurs connaissent la rue »

Bien sur, il arrive encore que des rappeurs se mettent en scène comme des voyous, mais cela est réfléchi. « On a tourné une série mafieuse avec Lacrim dans laquelle il sortait de prison, comme dans la vraie vie. Ça donne l’impression aux téléspectateurs de vivre la vie d’un voyou », explique Mike Ristorcelli.

Pour Jérémy Guez, qui a réalisé le documentaire Le son des quartiers Nords, sur le rap marseillais, les rappeurs locaux n’ont pas à jouer au voyou pour exister. « A Marseille, les rappeurs connaissent la rue. Ils n’ont pas besoin de se faire passer pour des voyous ou d’en rajouter. » C’est le cas de Jul. Il a grandi dans le quartier de Saint-Jean-du-Désert et est toujours resté très attaché à ses racines. Son passager, un ami d’enfance interpellé avec une arme de poing dimanche soir, vient d’ailleurs du même quartier.

Notoriété à protéger

« L’autre différence, c’est qu’il n’y a pas vraiment de rap game à Marseille avec tout le storytelling qui en découle. Tout ce qu’ils veulent, c’est faire de la musique qui pète », ajoute Jéremy Guez. Pour des rappeurs grand public comme l’est Jul, un excès de vitesse sous l’emprise du cannabis qui découle sur une garde à vue peut être mal vu. « Avec la notoriété qu’il a acquise et son large public, c’est possible que ça le desserve. Illustrer les articles sur sa garde à vue en prenant une photo de lui avec une victoire de la musique à la main peut le décrédibiliser », considère Mike.

Dans ce cas précis il semble que ce soit davantage son image de bad boy et ses mauvaises fréquentations qui l’aient rattrapé, plutôt que de vouloir affirmer une street credibility. Ses excuses présentées mardi après-midi à ses fans vont dans ce sens. D’autant que son prochain album sortira le 1er décembre et que le premier titre de l’album, Mauvaise journée, a été diffusé lundi… alors qu’il était en garde à vue.