Oscars 2019: Avant même la cérémonie, cette édition restera sans doute comme la pire de l'histoire

CATASTROPHE Depuis l’été 2018, l’Académie des Oscars enchaîne les mauvais choix et les revirements de dernière minute

Anaïs Bordages

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La statuette des Oscars. Illustration
La statuette des Oscars. Illustration — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • La cérémonie des Oscars 2019 aura lieu dans la nuit de dimanche à lundi.
  • Pour la première fois depuis 30 ans, il n’y aura pas de présentateur.
  • Cette décision, comme de nombreuses autres, a été prise suite à une violente polémique et d’interminables atermoiements qui ont pollué la campagne des Oscars 2019.

Les Oscars veulent changer. Critiquée pour être trop blanche, trop masculine, trop longue, trop élitiste, la cérémonie tente de se réformer depuis quelque temps, le changement le plus notable étant la nouvelle diversification des membres de l’Académie. Mais les dernières tentatives de réformes n’ont pas eu l’effet escompté : depuis l’été 2018, l’Académie des Oscars enchaîne les polémiques, les faux pas et les revirements de dernière minute, au grand dam des cinéphiles et membres de l’industrie. Si bien qu’à la veille de la cérémonie 2019, les tensions sont toujours présentes, et personne n’a aucune idée de ce qu’il pourrait se passer dimanche soir.

L’Académie des Oscars sera sans doute ravie de tourner la page de cette piteuse édition. Retour sur de longs mois de galères.

L’Oscar du film populaire, fausse bonne idée

En août dernier, l’Académie fait une première annonce : un nouvel Oscar va être créé, pour récompenser les « films populaires ». Immédiatement, c’est le tollé. De nombreux observateurs interprètent cette annonce comme une tentative  d’exclure les films grand public comme Sans un bruit, Hérédité ou Black Panther des catégories traditionnelles. Ces films « populaires », acclamés par le public et par la critique, ont battu des records au box-office en 2018, mais se démarquent des « films à Oscars » traditionnels, souvent des biopics et drames sérieux aux héros blancs et masculins… D’autres critiques voient cette annonce comme une tentative désespérée d’attirer un public plus jeune. Finalement, face à la polémique, l’idée a été remise à plus tard, et Black Panther a été nommé à plusieurs Oscars, dont celui du Meilleur film.

Un présentateur qui démissionne

Nouvelle annonce, nouveau fail. Le 5 décembre, on apprend que l’humoriste Kevin Hart présentera la cérémonie, reprenant un rôle occupé précédemment par Jimmy Kimmel, Ellen DeGeneres ou encore Whoopi Goldberg. Mais immédiatement, l’annonce ne passe pas. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes rappellent que le comédien est en partie connu pour ses blagues homophobes. Pressé de s’excuser par l’Académie, Kevin Hart refuse, et renonce deux jours plus tard à présenter les Oscars. Et après un long suspense, l’Académie confirme qu’il n’y aura pas du tout de présentateur. Cela ne s’est produit que deux fois dans toute l’Histoire des Oscars. Et la dernière fois, en 1989, est restée dans les annales comme la pire cérémonie des Oscars, avec notamment un numéro d’ouverture très gênant dont l’industrie se moque encore aujourd’hui

Trop long, ou trop court ?

Les Oscars sont souvent critiqués pour être trop longs : en effet, la cérémonie frôle souvent les quatre heures de diffusion, alors qu’elle est déjà précédée de deux à trois heures de tapis rouge. Cet été, l’Académie a donc annoncé qu’elle travaillait à raccourcir le programme, et misait sur une cérémonie de trois heures maximum. Un seul problème : que couper ? A quelques semaines de la cérémonie, il a donc été annoncé que quatre Oscars seraient remis pendant les coupures pub : Meilleure photographie, Meilleur montage, Meilleurs maquillages/coiffures et Meilleur court-métrage. Sauf que dans l’industrie du cinéma, chaque métier compte, et la nuit des Oscars est généralement la seule soirée de l’année où des artistes comme les maquilleurs, les monteurs et les mixeurs peuvent voir leur travail reconnu aux yeux d’un public. Plusieurs grands noms du cinéma ont protesté, et signé une lettre ouverte critiquant cette décision. Parmi eux, Martin Scorsese, Spike Lee, ou encore Rachel Morrison, première femme à être nommée à l’Oscar de la Meilleure photographie. Quelques jours plus tard, l’Académie s’est ravisée.

Pas de chansons… Et puis en fait si

En janvier, nouveau rebondissement : Variety écrit que la plupart des chansons nommées aux Oscars ne seront pas jouées en direct (traditionnellement, tous les artistes nommés viennent chanter leur chanson lors de la cérémonie). Après une énième levée de boucliers (oui, cet article commence à devenir répétitif), notamment du compositeur et chanteur Lin Manuel Miranda, l’Académie… se ravise. Les cinq chansons seront finalement présentées​, mais pas forcément par celles et ceux qui les ont chantées dans les films. Par exemple, la chanson de Mary Poppins Returns sera chantée non pas par Emily Blunt, mais par  Bette Midler. Puis, nouveau rebondissement ce jeudi, à trois jours de la cérémonie : pour des raisons logistiques, Kendrick Lamar, qui n’avait jamais confirmé sa présence, ne viendra pas chanter sa chanson pour Black Panther, et personne ne le remplacera, ce qui veut dire que seules quatre des cinq chansons nommées seront présentées.

Une cérémonie imprévisible

Reste donc à savoir si, après tous ces ratés et changements de programme, la soirée va se dérouler sans embûches… Et surtout… qui va gagner. Pour la première fois depuis longtemps, les prévisions sont assez difficiles, et on peut imaginer de nombreuses surprises dans la plupart des grandes catégories. Parmi les nommés à l’Oscar du Meilleur film, Green Book, critiqué pour son racisme bienveillant, et Bohemian Rhapsody, réalisé par Bryan Singer, qui est accusé d’agressions sexuelles sur mineurs. On aimerait bien dire qu’aucun résultat ne pourrait causer autant de polémique que tous les précédents faux pas de l’Académie, mais rien n’est moins sûr.