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FUTUR« L’IA ne remplace pas l’artiste, c’est un outil de plus »

« L’intelligence artificielle ne remplace pas l’artiste, c’est un outil de plus », assure Thibaud Zamora, IA artist

FUTURLe fondateur du studio Fictions. AI organise le premier festival du film généré grâce à l’intelligence artificielle, lundi, au cinéma Diagonal, à Montpellier
L'un des personnages du court-métrage Oracle, généré via une intelligence artificielle.
L'un des personnages du court-métrage Oracle, généré via une intelligence artificielle. - Fictions.AI / T. et C. Zamora
Nicolas Bonzom

Nicolas Bonzom

L'essentiel

  • Thibaud Zamora, fondateur du studio Fictions. AI, organise à Montpellier, lundi, le premier festival consacré aux films réalisés via l’intelligence artificielle (IA).
  • « L’IA ne remplace pas l’artiste, assure l’IA artist montpelliérain. C’est un outil de plus, dans la palette de l’artiste. C’est une révolution, comme quand les artistes sont passés du dessin 2D à Photoshop, et de Photoshop à la 3D. »
  • Nous ne sommes aujourd’hui, assure le créateur montpelliérain, qu’à « l’ère préhistorique » de l’IA. Et ça, ça fascine, autant que ça terrorise.

Pourrait-on, demain, s’empiffrer de pop-corn, dans une salle obscure, devant un film généré via une intelligence artificielle (IA) ? Cela ne semble faire aucun doute, pour Thibaud Zamora. « D’ici cinq à dix ans, je pense qu’au cinéma, sortira un blockbuster, généré en très grande partie via l’IA », confie-t-il à 20 Minutes. Ce Montpelliérain, qui a connu avec sa compagne Claire un irrésistible succès, partout dans le monde, avec la série de jeux interactifs Is it love ?, explore, depuis l’année dernière, les possibilités infinies de cette affolante technologie. Cet « IA Artist » a fondé le studio Fictions. AI, qui fabrique des courts-métrages via des outils d’intelligence artificielle en Open source.

Lundi (20 heures), il organise, au cinéma Diagonal, à Montpellier (Hérault), l’AIFF* (Artificial Intelligence Film Festival), le premier festival consacré aux films générés artificiellement, avec des projections et un débat, avec des créateurs et des spécialistes des nouvelles technologies. Ce sera aussi l’occasion, pour Thibaud Zamora, de faire tomber quelques clichés, quant à l’état actuel de cette technologie. « On a parfois l’impression qu’il suffit d’écrire un petit texte sur Chat GPT, et hop, un film sort ! », sourit le Montpelliérain. « Ce n’est pas du tout ça ! Lorsque nous créons un court-métrage, à Fictions. AI, nous utilisons une douzaine, voire une quinzaine d’outils différents. »

Nous ne sommes qu’à « l’ère préhistorique » de l’IA, assure Thibaud Zamora

Les créateurs du studio héraultais utilisent l’intelligence artificielle pour générer des images, des animations, des voix, et la synchronisation des lèvres des personnages. En revanche, ces outils ont encore trop de lacunes et demandent que de nombreux détails importants soient travaillés (ou retravaillés) à la main, notamment les images, les animations, le story-board, le détachement des plans ou encore les éclairages et les effets spéciaux. « L’IA ne remplace pas l’artiste, assure-t-il. C’est un outil de plus, dans la palette de l’artiste. C’est une révolution, comme quand les artistes sont passés du dessin 2D à Photoshop, et de Photoshop à la 3D. » Certes, on peut générer un court-métrage en quelques heures, grâce à cette incroyable technologie. Mais le résultat ne sera pas, forcément, de la même qualité qu’Oracle (voir ici), l’un des films de Fictions. AI, qui a nécessité « trois semaines de travail, avec deux personnes, dix heures par jour ».

Mais ça, c’est aujourd’hui. Car demain, les limitations seront moindres, l’IA sera plus perfectionnée, et permettra d’aller beaucoup plus loin dans le processus de création. Et la technologie progresse à vitesse grand V. « On peut trouver que les voix générées via l’IA, par exemple, manquent d’émotion, confie Thibaud Zamora. Il y a un mois, en tout cas, elles manquaient énormément d’émotion. Mais de nouveaux modèles sont sortis récemment, et l’émotion est bien meilleure. Ça va vite, très vite. » Nous ne sommes, assure le créateur montpelliérain, qu’à « l’ère préhistorique » de l’IA. Et, déjà, la frontière « entre une œuvre qui n’utilise pas d’outils de machine learning et une œuvre utilisant l’IA devient de plus en plus mince, assure Thibaud Zamora. Pour une photographie, on est quasiment à une qualité photographique traditionnelle. » Bientôt, est persuadé le Montpelliérain, toutes les retouches qui occupent son équipe, à Fiction. AI, pour corriger les films générés artificiellement, il n’y aura même plus besoin de les faire.

L'un des personnages d'un court-métrage réalisé via l'IA par le studio Fictions.AI.
L'un des personnages d'un court-métrage réalisé via l'IA par le studio Fictions.AI. - Fictions.AI

« L’IA est une fusée. Et on ne peut pas arrêter une fusée »

Et ça, ça fascine autant que ça terrorise. En particulier les artistes, qui craignent de voir leurs métiers disparaître. C’est d’ailleurs l’une des raisons de la colère des acteurs et des scénaristes, qui a paralysé Hollywood, pendant plusieurs mois. Les premiers déplorant qu’un jour, les studios ne fassent plus appel qu’à l’IA au lieu de comédiens en chair et en os, et les autres que les majors pondent des scénarios pas pour cher, en tapant quelques lignes dans Chat GPT. Finalement, à la fin du mois de septembre, les scénaristes ont retrouvé le chemin des studios, après avoir obtenu, notamment, d’être considérés comme les auteurs uniques de scripts, initialement générés par une IA, qu’ils auraient remaniés. Les acteurs, eux, ont lâché le piquet de grève une dizaine de jours plus tard, après un deal avec les majors : ils ont obtenu, notamment, que les comédiens dont les visages seront refabriqués numériquement devront donner leurs accords, et devront être payés. Pour la présidente du Syndicat des comédiens, Fran Drescher, l’inoubliable tête d’affiche d’Une nounou d’enfer, s’était félicitée, lors d’une conférence de presse, de cet accord historique. « Une année correspond à trois mois dans le monde de l’IA, avait-elle assuré. Alors si nous n’avions pas obtenu ces garde-fous, que serait-il arrivé dans trois ans ? »

NOTRE DOSSIER SUR L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Thibaud Zamora, qui est, aussi, développeur de jeux vidéo et auteur de livres, ne nie pas que la machine pourrait bouleverser le secteur de la création. « Des études montrent que l’IA va entraîner du chômage sur des métiers actuels, déplore-t-il. Mais elles montrent, aussi, qu’elle va permettre d’en créer de nouveaux, et que la balance sera, au final, positive. Nous sommes, à Fictions. AI, une petite équipe. Nous sommes aujourd’hui deux, et nous serons trois au mois de janvier. Et, on l’espère, bientôt plus. On crée de l’emploi. Et puis, si on devait faire ce que l’on fait aujourd’hui sans IA… On ne le ferait pas. » Quoi qu’il en soit, confie-t-il, « l’IA, c’est une fusée. Et on ne peut pas arrêter une fusée ».

L’AIFF a lieu lundi (20 heures) au Diagonal, à Montpellier, en présence du réalisateur Bruno Samper, d’Olivier Pinol (Dwarf Animation Studio), de Yoan Fanise (Digixart), de Laurent Michaud (Smart Tale Games), de la chercheuse en informatique Anne Laurent et de l’artiste IA Jean-Baptiste Garry. Entrée gratuite. Inscriptions préalables ici.

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