« Marilyn Monroe a été une influenceuse avant tout le monde » estime la comédienne Séverine Ferrer

20 MINUTES AVEC La comédienne Séverine Ferrer explique en quoi la star, disparue il y a soixante ans, l’a beaucoup inspirée

Caroline Vié
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Séverine Ferrer sur la plage de Villers
Séverine Ferrer sur la plage de Villers — Fabien Le Mouël/Collection personnelle Séverine Ferrer
  • Tous les vendredis, « 20 Minutes » propose à une personnalité de commenter un phénomène de société dans son rendez-vous 20 Minutes avec…
  • Depuis son enfance, Séverine Ferrer est fascinée par Marilyn Monroe, disparue il y a soixante ans.
  • La comédienne évoque sa passion pour la star et la pièce qu’elle compte lui consacrer prochainement.

Dans la nuit du 4 au 5 août 1962, Marilyn Monroe est retrouvée morte chez elle à l’âge de 36 ans. Mais ce n’est pas les mystères autour de son décès, il y a soixante ans, qui fascinent la comédienne  Séverine Ferrer mais bien la personnalité de celle qui s’appelait en réalité Norma Jeane Baker. Cette passion remonte à l’enfance de l’ex animatrice de Fan De, qui envisage de lui rendre hommage sur scène prochainement dans Night Lady, une pièce qu'elle peaufine en ce moment avec le dramaturge Gilles Gressard. D’ici là, Séverine Ferrer aura participé en août au festival Fort en musique d’Auxelles, près de Belfort, repris le spectacle Born in the 90’s et participé à la promotion de La Chose derrière la porte, film d’horreur signé Fabrice Blin dont elle tient la vedette.

Depuis quand êtes-vous fan de Marilyn Monroe ?

Depuis que je suis toute petite et avant même d’avoir vu ses films, j’ai été attirée par cette femme, par ses photos. Je me disais qu’elle aurait pu être ma copine, tant elle rayonne sur les clichés. Elle avait quelque chose de pétillant qui fixe le regard. Elle avait vraiment l’aura d’une star bien que ce soit un mot que je n’aime pas. Dès que j’ai été en âge de comprendre, j’ai voulu en savoir plus sur elle, découvrir des choses sur son travail et sa personnalité. Je n’arrivais pas à me faire à l’idée qu’elle soit morte si jeune. C’était incompréhensible pour moi.

Et vous n’avez pas été déçue ?

Bien au contraire ! Elle représente tout ce que j’admire, car elle savait tout faire : jouer la comédie, chanter et danser. Je crois qu’elle constitue un modèle pour bien des actrices comme moi. Elle a un côté déesse du 7e Art pour la façon dont elle a géré sa carrière. Je ne suis pas d’accord avec les gens qui affirment qu’elle était une mauvaise actrice. Elle n’avait pas toujours des rôles passionnants à défendre mais elle les interprétait avec une sincérité absolue qui force l’admiration. C’était une avant-gardiste. Elle a compris les rouages de la célébrité et la façon de se faire connaître et de jouer avec son image. Marilyn Monroe a été une influenceuse avant tout le monde. Elle contrôlait jusqu’au moindre détail sachant très bien que chacun de ses costumes, de ses poses et coiffures allait être imité. Elle avait mis au point jusqu’à sa façon de s’exprimer et ne laissait rien au hasard dans sa représentation.

Comment expliquez-vous sa chute si elle était si forte ?

Elle a réussi sa vie professionnelle et raté sa vie personnelle, ce qui a fini par rejaillir sur sa carrière. Elle a clairement manqué de soutien affectif à tous les stades de son existence. Elle avait gardé un côté « petite fille » fleur bleue qui croyait à l’amour. Elle était attirée par ce qui brillait mais aussi par les intellectuels car elle voulait sans cesse s’améliorer. Elle a vécu une enfance épouvantable, totalement instable qui lui faisait ressentir un besoin constant d’être désirée, admirée mais surtout respectée ce qui n’était pas évident car les hommes la voyaient souvent comme un trophée, flattant leur ego par sa seule présence. Elle a été beaucoup exploitée mais elle a su exploiter aussi un système qu’elle ne pouvait pas changer. Elle a joué de sa séduction pour profiter des profiteurs. Elle est pourtant restée fragile, se définissant comme un « vêtement bas de gamme ». Ce mélange de force et de faiblesse, paradoxal est ce qui rend Marilyn si attachante.

La considérez-vous comme une féministe avant l’heure ?

Elle était féministe à sa manière qui est un peu la mienne. Elle n’hésitait pas à prendre la parole face à une injustice, comme lorsqu’elle a refusé de se rendre à une soirée parce qu’on interdisait à Ella Fitzgerald de chanter en raison de sa couleur de peau. Elle a aussi fondé sa propre maison de production parce qu’elle avait envie de rôles plus consistants qu’on ne lui proposait pas. C’est quelque chose que je peux d’autant mieux comprendre que j’ai fini par produire mon court-métrage et que j’ai décidé de me lancer dans un spectacle destiné à mettre Marilyn en lumière. Je collabore avec Gilles Gressard, ancien critique de cinéma devenu dramaturge, pour ce projet qui verra le jour à la saison 2023-2024.

Vous aviez envie d’incarner Marilyn ?

C’est beaucoup plus complexe que ça. Je n’ai pas envie d’être Marilyn ni de l’imiter ! Il n’est pas question que je me déguise en Marylin Monroe. Je veux juste qu’on la reconnaisse à sa juste valeur et c’est pour cela que Gilles et moi bossons comme des fous, écumant films et livres pour essayer de la capter. Son côté « sex-symbol » n’est pas du tout ce qui nous intéresse chez elle. Ce n’est pas la star que nous recherchons, c’est la femme. Elle a créé Marilyn pour exister aux yeux du monde. Je veux mettre en lumière Norma Jean, celle qui se dissimule sous l’icône, en témoignage de l’amour et du respect que je lui porte. Cette pièce sera un hymne à Marilyn.

Pourquoi vous sentez-vous si proche d’elle ?

Plus je vieillis plus je me rends compte que nous avons beaucoup de points en commun. Comme celui de chercher des rôles qui nous fassent sortir nos tripes. Comme dans La Chose derrière la porte où je joue une femme traquée par des démons. J’étais comblée que Fabrice Blin pense à moi pour ce type de rôles. Son besoin d’être reconnue mais aussi celui de réussir sa vie personnelle me la rendent très proche. Le fait qu’elle a trouvé des prédateurs sur son chemin aussi parce qu’il m’est arrivé d’en croiser un paquet ce qui est, hélas, encore souvent un souci quand on commence jeune dans ce métier. Marilyn fait partie de ma vie. Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à elle. Et tant pis si certaines personnes me prennent pour une folle. J’assume ! Quand on aime Marilyn comme moi je l’aime, on a envie de lui rendre justice. J’avoue que j’adorerais connaître ses réactions face aux changements actuels. Je suis persuadée qu’elle trouverait aisément sa place dans le paysage culturel et sociétal actuel. Elle serait même peut-être plus heureuse aujourd’hui.

Vous ne pensez pas qu’il serait temps de la laisser en paix ?

Après ma pièce, je pense que ce sera une bonne idée (rires) ! Je dois avouer que j’achète tout ce qui concerne Marilyn. J’ai lu tous les livres, regardé tous les reportages la concernant. Je suis toujours heureuse de découvrir des choses que je ne savais pas, comme le fait qu’elle adorait Rodin, ce qui est aussi mon cas. On la connaît de mieux de mieux, mais je pense qu’il faudra finir par arrêter de creuser et la laisser exister comme ce qu’elle est devenue : une légende. Je sais qu’elle m’accompagnera pour toujours. Un peu comme une amie imaginaire à la fois proche et lointaine, qui en appelle à l’enfance comme à l’âge adulte.