Le film « Buzz l'Eclair » interdit dans plusieurs pays à cause d'un baiser entre deux femmes

CENSURE Dans la nouvelle création Disney, le personnage d'Alisha embrasse brièvement son épouse, une scène qui avait été initialement coupée par les studios Pixar

20 Minutes avec Agences
Une image du film « Buzz l'Eclair ».
Une image du film « Buzz l'Eclair ». — Capture Disney YouTube

Le dernier film d’animation des studios Pixar, Buzz l’Eclair, qui contient une fugace scène de baiser entre deux femmes vivant ensemble, n’a pas obtenu de visa d’exploitation dans 14 pays et territoires du Moyen-Orient et d’Asie.

La liste de ces pays, en grande majorité musulmans, est la suivante : Malaisie, Indonésie, Liban, Jordanie, Bahreïn, Egypte, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite, les Territoires palestiniens, la Syrie, l’Irak et les Emirats arabes unis.


Une scène coupée et une polémique

Buzz l’éclair retrace la naissance de l’intrépide astronaute rendu célèbre par la saga Toy Story. Dans le film, Buzz et ses camarades rangers de l’espace, dont sa cheffe et meilleure amie Alisha Hawthorne, s’écrasent sur une planète hostile. A un moment du film, on peut voir le personnage d’Alisha en train d’embrasser brièvement son épouse, une scène qui avait été initialement coupée par les studios Pixar, filiale de Disney.

Mais des employés de Pixar et de Disney s’étaient insurgés, critiquant l’attitude du numéro un mondial du divertissement, accusé de ne pas s’engager pour défendre les droits des personnes LGBTQ +. L’affaire avait été encore ravivée après l’adoption en Floride d’une loi controversée interdisant les enseignements sur l’orientation sexuelle dans les écoles publiques.

« Un moment touchant »

Bob Chapek, le PDG de l’entreprise qui emploie plus de 75.000 personnes dans son parc d’attractions Disney World à Orlando, dans cet Etat du sud-est des Etats-Unis, s’était trouvé dans la tourmente après avoir dit hésiter à s’opposer à cette loi. Sous la pression, Bob Chapek l’avait finalement publiquement dénoncée.

Selon des médias spécialisés d’Hollywood, c’est après ces échanges que la scène du baiser a été réinsérée dans Buzz l’Eclair. Elle figure désormais dans toutes les versions du film, quel que soit le pays de destination. La productrice du film, Galyn Susman, avait abordé le sujet début avril en le présentant le film. « Pouvoir remettre ce baiser était important pour nous. C’est un moment touchant » ayant une grande signification dans l’intrigue car il permet à Buzz de prendre conscience que, contrairement à son amie, il n’a pas d’être aimé ou d’enfant, avait-elle expliqué.

Une censure courante

Le Bureau de régulation des médias des Emirats arabes unis avait annoncé lundi l’interdiction du film d’animation « en raison d’une violation des normes liées au contenu médiatique en vigueur dans le pays ». Les autorités n’ont pas précisé en quoi Buzz l’éclair enfreignait ces normes, ni si la scène du baiser entre deux femmes était spécifiquement en cause.

Des affiches du film étaient déjà placardées dans les rues de l’émirat de Dubaï, qui appartient aux Emirats. Le riche Etat du Golfe est doté d’un ministère de la Tolérance. Il est relativement libéral par rapport à ses voisins mais reste régi par de nombreuses restrictions sur les questions politiques et sociales. La censure est une pratique répandue dans le monde arabe, notamment dans la région très conservatrice du Golfe. Les films qui comportent des scènes considérées comme pouvant porter atteinte aux mœurs sont souvent coupés, voire complètement bannis.

Des modifications demandées à Disney

Buzz l’éclair ne devrait pas non plus être projeté en Indonésie ni en Malaisie, deux pays d’Asie du sud-est à la population ultra-majoritairement musulmane. Le film n’est pas interdit à proprement parler en Indonésie mais les autorités disent attendre encore la « version définitive » demandée à Disney, notamment avec les sous-titres.

En Malaisie, l’office de la censure a demandé à Disney de couper deux scènes « qui ne sont pas adaptées pour les enfants », a déclaré à l’AFP un responsable du ministère de l’Intérieur ayant demandé à rester anonyme. La demande a été faite la semaine dernière et Disney n’a pas encore répondu aux autorités malaisiennes, a ajouté ce responsable, qui n’a pas précisé quelles étaient les deux scènes concernées.