Festival de Cannes 2022 : «Des films vont pouvoir être produits grâce aux NFT», expliquent les patrons du Marché du film

INTERVIEW Impact de la pandémie, développement des plateformes et de nouveaux modes de production... 20 Minutes a rencontré Jérôme Paillard et Guillaume Esmiol, les patrons du Marché du film, la partie business du Festival de Cannes

Propos recueillis par Fabien Binacchi
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Guillaume Esmiol et Jérôme Paillard, codirecteur et directeur du Marché du film dans les sous-sols du Palais des festivals et des congrès de Cannes en mai 2022
Guillaume Esmiol et Jérôme Paillard, codirecteur et directeur du Marché du film dans les sous-sols du Palais des festivals et des congrès de Cannes en mai 2022 — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Chamboulé par la crise sanitaire, le Marché du film, qui réunit les professionnels de l’industrie du cinéma en même temps que les stars du Festival de Cannes, devrait retrouver sa vitesse de croisière cette année.
  • Ce congrès est témoin des chamboulements que traverse actuellement le cinéma, notamment liés au développement du streaming.

Au Palais des festivals, sous les salles de projection, la fourmilière du Marché du film grouille à nouveau de tous ceux qui fabriquent, achètent et diffusent des productions dans le monde entier. Le volet « business » de la grand-messe du Septième art, beaucoup moins exposé que les stars et leurs montées des marches, joue les premiers rôles dans les chamboulements importants que subit actuellement le cinéma.

Pour faire le point sur cette transition liée à la pandémie mais aussi au développement des plateformes ou encore des NFT, 20 Minutes a rencontré Jérôme Paillard, directeur depuis 1996 de ce congrès, et Guillaume Esmiol, qui va lui succéder.

Il se dit que le Festival de Cannes serait en train de retrouver sa vitesse de croisière. Cela se traduit-il également au Marché du film ?

Jérôme Paillard : La crise du Covid-19 n’est pas encore tout à fait derrière nous. Parmi nos professionnels accrédités, la Chine est par exemple toujours très absente. Mais d’un point de vue global, les indicateurs sont très bons. Nous nous approchons au final du chiffre de 2019, qui était de 12.500 accrédités.

Vous avez décidé d’aider la délégation ukrainienne…

J. P. : Leur pavillon [des espaces loués dans les zones d’exposition du Palais des festivals et des congrès] et leurs accréditations sont offert. La commission européenne les a également aidés à financer leur hébergement. Une cinquantaine de personnes sont sur place. On a cherché à les accompagner au mieux en organisant des rendez-vous, des conférences pour soutenir des films en production qui cherchaient un vendeur ou une fin de financement. Et pour préparer l’après-guerre.

Sur le fond, et sur un plan général, comment se porte l’industrie du cinéma ?

Guillaume Esmiol : Après un ralentissement de la production, les choses reprennent. On est au niveau de la moyenne des trois années avant Covid. Avec un élément qui peut rester tout de même un peu trompeur : certains projets ont été simplement décalés.

J. P. : Au marché, on voit de gros projets souvent américains mais aussi européens. Et les distributeurs sont là pour les acheter.

Quelles sont les nouveautés de l’industrie que le marché a décidé d’accompagner cette année ?

G. E. : Nous avons pas mal de conférences sur le streaming évidemment. Mais il sera aussi beaucoup question de nouvelles technologiques et notamment de la virtual production. C’est-à-dire moins de postproduction et des effets rendus en temps réel. Et puis il y a évidemment les NFT. Des films vont pouvoir être produits en partie grâce à la vente de NFT.

Et qu’en est-il de la fréquentation des salles ?

G. E. : C’est l’inquiétude actuelle. Sur le premier trimestre 2022, en France, on est à -39 % par rapport à 2019. A titre de comparaison, en Italie c’est beaucoup plus, avec -61 %, et au Royaume-Uni, la baisse n’est que de -20 %. Certains disent que les habitudes ont changé, moi je suis dubitatif. Je ne crois pas que les gens ne vont plus faire que du streaming depuis chez eux.

Il y a un débat sur le laps de temps entre la sortie des films en salle et leur diffusion, notamment sur les plateformes de streaming…

J. P. : Dans presque tous les pays du monde, les fenêtres ont été réduites, mais la France reste extrêmement en retard sur ce sujet de la chronologie des médias. Il faut vraiment réduire les délais, notamment pour les petits films. S’ils ne restent en salle que deux semaines et qu’ils ne sortent sur les plateformes que deux ou trois ans plus tard, ils auront été totalement oubliés et ne bénéficieront plus de la promotion engagée au départ.