Festival de Cannes: L'Ukraine secoue la Croisette avec « Mariupolis 2 », un documentaire implacable

RESISTANCE Le Festival de Cannes découvre la vie quotidienne des Ukrainiens sous les bombes avec « Mariupolis 2 », documentaire secouant présenté en Séance spéciale

De notre envoyée spéciale à Cannes, Caroline Vié
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Le film "Mariupolis 2" à Cannes — 20 Minutes
  • L’Ukraine est omniprésente sur les écrans du Festival de Cannes.
  • Après les déclarations du président ukrainien Volodymyr Zelensky en ouverture et du réalisateur russe exilé Kirill Serebrennikov mercredi soir sur les marches, le festival s’affiche plus que jamais en bleu et jaune avec « Mariupolis 2 ».
  • Les images filmées par le réalisateur lituanien Mantas Kvedaravicius, tué à Marioupol, montre bien la vie quotidienne actuelle des Ukrainiens sous les bombes.

C’est peu de dire que l’Ukraine s’est invitée à Cannes. Elle y occupe une place prépondérante aussi bien sur les Marches que sur les écrans. L’émotion était à son comble ce jeudi pour la projection de Mariupolis 2 de Mantas Kvedaravicius et Hanna Bilobrova, présenté en séance spéciale et cela d’autant plus que le cinéaste lituanien a été tué par l’armée russe en avril dernier. « Ce film est son héritage qui témoigne de son travail d’anthropologue » a déclaré la coréalisatrice.

L’apparition surprise du président ukrainien Volodymyr Zelensky au cours de la soirée d’ouverture et les déclarations musclées du réalisateur russe exilé à Berlin Kirill Serebrennikov qui a proclamé « Non à la guerre » au terme de la projection de La Femme de Tchaïkovski, avaient ouvert la danse. Mariuopolis 2, documentaire d’une force implacable qui montre le quotidien des Ukrainiens sous les bombes, est plus significatif que tous les discours.

Des gens ordinaires face à la guerre

Hanna Bilobrova, coréalisatrice et fiancée du cinéaste assassiné, a travaillé en collaboration étroite avec sa monteuse Dounia Sichov pour terminer ce film sans musique, ni commentaire, mais qui poigne le cœur du spectateur en révélant ce qu’est le conflit vu à hauteur de citoyennes et de citoyens ordinaires confrontés à une horreur sans limite.

Comment faire la cuisine, sauvegarder son chien ou récupérer l’essentiel dans des maisons en ruines : c’est ce que montre Mariupolis 2 (ainsi baptisé car Mantas Kvedaravicius y avait tourné un premier documentaire en 2016 pendant la guerre du Donbass). Les scènes de violence, toujours suggérées, n’en sont que plus puissantes quand des citadins récupèrent un groupe électrogène sous deux cadavres ou se font chasser de l’église où ils avaient trouvé refuge. Et les larmes montent aux yeux devant un vieil homme qui pleure ses oiseaux morts et sa maison détruite en demandant pourquoi il a travaillé 32 ans pour tout perdre le 4 mars dernier lors d’un bombardement.

Compassion et introspection

A la fin de la projection, les applaudissements ont mis quelques instants à éclater tant le public était sous le choc. Plans fixes sur les décombres ou sur la ville en flamme avec les tirs comme seule bande-son prédisposaient plus à l’introspection qu’à l’enthousiasme à l’apparition du générique de fin. Ce que révèle Mariupolis 2 avec une sobriété implacable est que nous pourrions aisément être à la place d’Ukrainiens qui nous sont si proches. Les vivats qui célébraient le travail rapporté par Hanna Bilobrova avaient la puissance d’un cinéma qui s’entrechoque avec l’actualité pour secouer les consciences.