« Goliath » : Comment Pierre Niney impose la loi du plus fort et les glyphosates

THRILLER Le comédien apporte de la subtilité à un personnage pourtant odieux dans « Goliath », en salle ce mercredi

Caroline Vié
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Laurent Stocker et Pierre Niney dans «Goliath» de Frédéric Tellier
Laurent Stocker et Pierre Niney dans «Goliath» de Frédéric Tellier — Christine Tamalet/StudioCanal
  • Un lobbyiste, un avocat et une activiste se heurtent violemment autour des pesticides dans « Goliath », suspense militant pour la cause environnementale.
  • L’acteur Pierre Niney campe un technocrate glaçant dans ce thriller qui dénonce les agissements de géants de l’agrochimie prêts à tout pour écouler des produits dangereux.

On a vraiment envie de gifler Pierre Niney quand on le voit dans Goliath de Frédéric Tellier. Pas l’acteur bien sûr, mais l’odieux lobbyiste qu’il incarne dans ce thriller écologique bien mené. Vendu à la cause des fabricants de pesticides, il y donne la réplique à Gilles Lellouche en avocat de victimes et à Emmanuelle Bercot en activiste luttant contre ces produits cancérigènes.

« Je suis parvenu à rencontrer des lobbyistes pour préparer mon rôle, confie l’acteur à 20 Minutes. Notamment une jeune femme de 27 ans qui a quitté cette profession et qui m’a surpris pas son côté ambivalent. Elle me décrivait les abus du système puis elle prenait sa défense quand je m’en indignais. » Le comédien dévoile une nouvelle facette de son talent dans ce rôle ingrat. Sans jamais sombrer dans la caricature, l’homme qu’il interprète jongle avec les arguments pour défendre les glyphosates malgré les preuves écrasantes des dangers que représentent ces produits chimiques.

Comme un requin

« Mon personnage adapte ce qu’il croit à ce qui l’arrange, insiste Pierre Niney. J’ai tenu à lui donner des nuances pour qu’il corresponde à la vraie vie : ce n’est pas un monstre mais un père de famille attentif qui peut se montrer charmant en dehors de son travail. » Le comédien a particulièrement travaillé l’attitude de ce technocrate glaçant. « J’ai essayé de livrer une performance géométrique comme si je devenais un requin, dit-il. Jusqu’à maintenant, je soignais le côté organique de mon personnage. Là, j’ai exploré un aspect très différent de mon jeu. » Ce qui le rend effrayant.

Le spectateur ne peut qu’être impressionné par la métamorphose de l’acteur. On peine à reconnaître le sympathique enquêteur de Boîte Noire ou l’espion dandy de OSS 117: Alerte rouge en Afrique noire devant cette machine de guerre à la froideur terrifiante quand il nie les cancers causés par les produits qu’il défend. « En fait, tout est une question de milieu, insiste Pierre Niney. Comme les lobbyistes n’appartiennent pas à la même classe sociale que les activistes et les malades, ils peuvent les ignorer. » Rien ne semble émouvoir ce garçon à l’intelligence vive et au cœur sec épaulé par un collègue joué par Laurent Stocker.

« J’aimerais que le film rouvre le débat sur les pesticides, déclare Pierre Niney. Qu’à quelques semaines des élections, il invite à s’interroger sur la façon dont nous avons envie de nous nourrir et de nourrir nos enfants. » On sort de Goliath galvanisé par le désir de faire la guerre à son personnage et à ses semblables.