« Un autre monde » : Comment Stéphane Brizé fait passer Vincent Lindon du côté des cadres

ENTREPRISE Le réalisateur Stéphane Brizé retrouve son comédien fétiche Vincent Lindon à qui il confie un rôle de directeur d'usine désespéré dans « Un autre monde » en salle ce mercredi

Caroline Vié
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Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain dans «Un autre monde» de Stéphane Brizé
Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain dans «Un autre monde» de Stéphane Brizé — Michael Crotto/Diaphana
  • Un dirigeant modèle est sommé par sa direction de licencier du personnel dans son usine de province.
  • Ce nouvel « écrémage » qui commence à le faire douter du bien-fondé de ces mesures.
  • « Un autre monde » de Stéphane Brizé permet de retrouver Vincent Lindon dans le troisième volet d'une trilogie sur l’univers de l’entreprise.

L’entreprise, son univers impitoyable troisième partie. Un autre monde de  Stéphane Brizé clôt une trilogie entamée avec La Loi du marché (2015) et En guerre (2018). Dans ce dernier volet,  Vincent Lindon joue un cadre modèle contraint de procéder à de nouveaux licenciements dans son entreprise de province. Il commence à douter du bien-fondé de ces mesures...


Quitté par sa femme épuisée (Sandrine Kiberlain émouvante), inquiet pour son fils qu’il a dû faire interner (  Anthony Bajon impeccable), cet homme intègre se retrouve professionnellement tiraillé entre sa loyauté envers les employés et les exigences de son patron. « Les films ont pour point commun de montrer des êtres que le monde du travail fait souffrir en les confrontant à des questionnements douloureux », explique Stéphane Brizé à 20 Minutes.

Contraint d’adoucir la réalité

Le réalisateur et son coscénariste Oliver Gorce ont rencontré de nombreux cadres pour bâtir leur histoire. « Comme pour les deux autres films, nous nous sommes appuyés sur des témoignages et nous avons dû atténuer la violence de la réalité pour écrire la fiction », insiste Stéphane Brizé. Pourtant, le récit est dur quand le héros doit affronter sa direction et découvrir que les années qu’il a sacrifiées à son entreprise ne pèsent pas lourd dans la balance au moment des négociations. Sa confrontation avec le « Big Boss » américain de son entreprise fait frémir le spectateur.

« Un film comme Un autre monde peut aider à regarder et à mieux comprendre certains phénomènes, parce qu’il concentre en deux heures ce qui est dilué dans le temps dans la vraie vie, insiste le cinéaste. Je crois aussi beaucoup à la dimension émotionnelle du récit. » Difficile de ne pas se laisser submerger en même temps que ce manager dépassé tentant vainement d’enrayer un processus inéluctable. La force de l’interprétation de Vincent Lindon et l’évolution de son personnage sont d’une force inouïe. Il apporte une humanité frémissante au cœur d’un combat inégal.

Une lueur d’espoir

Stéphane Brizé a tour à tour adopté le point de vue d’un chômeur longue durée, d’un responsable syndical puis d’un dirigeant, tous victimes d’un système qui les broie. « La trilogie démontre que le problème n’est pas humain mais systémique, martèle-t-il. Pour enrichir une poignée de gens, on sacrifie des vies. » Tout aussi bouleversant que les précédents volets, Un autre monde se termine sur une fragile lueur d’espoir.