« Un héros »: L'honnêteté ne paie pas toujours, la preuve par Asghar Farhadi

IRAN Asghar Farhadi, réalisateur du « Passé » et du « Client », signe une fable iranienne pas forcément très morale avec « Un héros » en salle ce mercredi

Caroline Vié
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Amir Jadidi dans «Un héros» de Asgar Farhadi
Amir Jadidi dans «Un héros» de Asgar Farhadi — Memento
  • Un Iranien endetté devient célèbre en choisissant de rendre un trésor plutôt que de rembourser son créancier.
  • « Un héros » permet à Asghar Farhadi de livrer une fable pas forcément très morale sur le qu'en dira-t-on dans le monde actuel.
  • Le cinéaste iranien a reçu le Grand prix du Jury à Cannes pour cette œuvre pleine de rebondissements.

C’est quoi, l’héroïsme de nos jours ? Un héros d’ Asghar Farhadi, Grand prix du Festival de Cannes 2021, répond à cette question en grinçant des dents. Un peintre (Amir Jadidi), emprisonné pour dettes, reçoit un jour cette épithète flatteuse parce qu’il a rendu des pièces d’or trouvées dans la rue plutôt que de les utiliser pour rembourser son créancier. Mais sa probité va lui causer des soucis.

Après Le Client, oscarisé en 2017, et Everybody Knows (2019) qui le conduisait en Espagne avec Penélope Cruz et Javier Bardem, Asghar Farhadi revient en Iran pour un conte moral passionnant. « L’histoire que je raconte est ancrée dans mon pays. Elle s’inspire de plusieurs articles de journaux qui m’ont trotté dans la tête », confie-t-il à 20 Minutes. » Le spectateur se passionne immédiatement pour la destinée de ce brave homme entraîné dans une spirale de déconvenues et de calomnies en compagnie de la femme qu’il aime et de son fils.

Sans manichéisme

Evitant tout manichéisme, le réalisateur laisse apparaître les motivations de chacun des personnages qu’il fait découvrir et comprendre au fil du récit. « La caricature ne m’intéresse pas, martèle-t-il. Mon souhait était de montrer comment la réputation de quelqu’un peut évoluer selon les circonstances, passant du noir au blanc et inversement sans la moindre nuance. » Les réseaux sociaux sont, bien évidemment, pointés du doigt pour leur manque d’humanité, pouvant tour à tour déifier leurs proies puis les rouler dans la boue sans aucune forme de procès.

La réflexion d’Asghar Farhadi se teinte d’une misanthropie glaçante dans la façon dont chacune et chacun arrange ses affaires pour se tirer d’embarras. « Pour écrire, je me place dans la position du futur spectateur, précise le cinéaste. Je taille mon histoire au scalpel pour essayer de la rendre aussi palpitante que crédible. » L’intrigue s’appuie sur le système judiciaire iranien où l’accusateur à la possibilité de faire libérer l’accusé en acceptant de lui pardonner sa faute.

Iranien et universel

Cela ajoute à un suspense douloureux soutenant une thématique qui est à la fois locale et universelle. « L’un n’exclut pas l’autre car les êtres humains fonctionnent tous sur des schémas similaires », insiste Asghar Farhadi. C’est la force de son cinéma que de parler à tout le monde en conduisant à une réflexion passionnante qui pourrait lui valoir un deuxième Oscar.