« West Side Story » : Steven Spielberg réinvente la comédie musicale (et c’est une merveille)

MUSICAL Steven Spielberg livre un grand film virtuose et émouvant avec son remake de « West Side Story » en salle ce mercredi

Caroline Vié
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«West Side Story» de Steven Spielberg
«West Side Story» de Steven Spielberg — Twentieth Century Fox/Disney France
  • Steven Spielberg concrétise un rêve d’enfant en signant sa propre version de « West Side Story ».
  • Son adaptation s’appuie sur la pièce originale de 1957, même s’il est également fan du film de Robert Wise qui en est inspiré.
  • Les amours tragiques de Tony et Maria, Roméo et Juliette new-yorkais, paraissent plus modernes que jamais dans ce film brillamment réalisé.

C’est une réussite ! La relecture de West Side Story par  Steven Spielberg est une merveille. Les amours tragiques de Tony (Ansel Elgort vu dans Baby Driver) et Maria (Rachel Zegler qui fait ses débuts à l’écran), Roméo et Juliette new-yorkais, prennent une nouvelle dimension dans un festival de numéros musicaux somptueux qui font claquer des doigts ou donnent les larmes aux yeux.

Steven Spielberg s’éloigne de la version réalisée par Robert Wise et Jérome Robbins en 1961 et se rapproche de la pièce originale de 1957, collaboration entre le musicien Leonard Bernstein, le parolier  Stephen Sondheim et le dramaturge Arthur Laurents. Il s’est également permis de changer ou de préciser certains détails pour rendre l’ensemble plus dynamique. 20 Minutes explique comment le cinéaste est parvenu à demeurer fidèle à l’esprit de West Side Story tout en le modernisant.

En 1957 ou pas du tout

Si le cinéaste a trouvé un écho actuel dans cette histoire qui oppose deux bandes rivales, les Jets et les Sharks, sur fond de racisme, il n’a pas voulu transposer l’action à notre époque. « Jamais ! » répond-il en français, quand 20 Minutes l’interroge à ce sujet. Steven Spielberg reprend, en anglais cette fois : « Il était capital de garder l’action dans les années 1950 car à cette époque, il existait encore une guerre des gangs à New York. » La communauté blanche, dont fait partie Tony, se heurte violemment aux Portoricains auxquels Maria est apparentée, ce qui contrarie leur relation.

« Les Portoricains venaient vivre le rêve américain à New York, explique le cinéaste. Ils avaient des emplois ce qui n’était pas le cas des Blancs souvent délinquants et parfois SDF. Ces derniers ne se battaient pour protéger leur territoire mais par pure xénophobie. » A cette époque, le promoteur Robert Moses avait décidé de détruire le quartier de San Juan Hill, à Manhattan, pour y faire construire entre autres le Lincoln Center. Et les deux communautés seront bientôt chassées par la gentrification galopante, un élément central dans le récit, qui rend d’autant plus poignante leur lutte fratricide.

Une histoire de femmes

Steven Spielberg insiste également beaucoup sur les personnages féminins. On y retrouve même l’actrice Rita Moreno qui était déjà dans le film de 1961 pour lequel elle a reçu un Oscar. Elle offre un grand moment de cinéma lorsque la pharmacienne vieillissante et compréhensive qu’elle joue dans la version de Spielberg, croise Anita (sublime  Ariana DeBose), la Portoricaine bouillonnante de vie qu’elle a incarnée autrefois pour Robert Wise. Ces deux femmes sont au centre de l’action apportant une force positive au milieu de garçons belliqueux qu’elles ne pourront pas empêcher de se battre.

« J’adore le film de Robert Wise, précise Steven Spielberg mais il était un hybride entre théâtre et le cinéma. J’ai voulu différencier notre version de celles qui l’ont précédé en la rendant plus conforme à la réalité de la rue. J’ai souhaité montrer des relations plus profondes entre les personnages car nous vivons dans un monde complexe que le scénariste Tony Kushner a souligné en détaillant la psychologie des héroïnes et des héros. » On pense notamment à Anybodys (Iris Menas), « garçon manqué » dans le film de Robert Wise, qui est ici clairement transgenre. Les temps ont changé dans la façon dont sont dépeints les êtres.

Tout pour la musique

West Side Story aurait perdu tous son charme sans ses chansons et ses danses que Steven Spielberg filme avec la gourmandise du petit garçon qui découvrait la comédie musicale avec sa maman. « J’ai connu les chansons avant de voir le film de Robert Wise, précise-t-il. Et je les chantais dans ma tête depuis que je suis enfant en m’imaginant danser. Les transposer à l’écran est un rêve devenu réalité. » L’une des plus belles séquences est sans conteste celle d’America où Portoricaines et Portoricains évoquent leur expérience new-yorkaise. Elles rêvent promotion sociale et eux voient une réalité nettement plus prosaïque dans cet air légendaire qui n’est pas sans rappeler les migrants d’aujourd’hui. Les duos romantiques entre Maria et Tony sont également fort touchants comme la magnifique séquence I Feel Pretty, dernier moment de bonheur pour les personnages féminins.

On trouve beaucoup d’émotion et de magie dans ce West Side Story virtuose qui, dès sa séquence d’ouverture vertigineuse, plonge le spectateur dans un New York disparu et pourtant profondément actuel. Pour sa première comédie musicale, Steven Spielberg démontre qu’il est toujours et sans doute pour longtemps encore, un maître du 7e Art.