PIFFF 2021 : « Paranormal Activity », « Blair Witch », « REC »… Le phénomène « found footage » décrypté dans un documentaire

CINEMA DE GENRE Le Paris International Fantastic Film Festival fête ses dix ans avec une belle programmation, et un documentaire sur le « found footage », genre mal aimé mais passionnant du cinéma

Vincent Jule
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« [REC] »
« [REC] » — Wild Side
  • Le Paris International Fantastic Film Festival s'est ouvert mercredi et continue jusqu'à mardi au Max Linder Panorama, à Paris
  • Le documentaire The Found Footage Phenomenon est projeté dimanche à 21h45, en présence de sa coréalisatrice Sarah Appleton
  • Elle revient pour 20 Minutes sur ce genre mal aimé mais passionnant, où derrière les références incontournables se cachent des curiosités et films clés

De Cannibal Holocaust à  Paranormal Activity en passant par Le Projet Blair Witch ou [REC], le found footage, à la fois dispositif de mise en scène et sous-genre à part entière, est maintenant connu des cinéphiles, voire du grand public. Pour le meilleur et parfois pour le pire, avec ses images tremblantes et ses films interchangeables. Comme l’écrit le   Paris International Fantastic Film Festival, « souvent considéré comme le parent pauvre du cinéma horrifique de par son économie budgétaire et esthétique, le found footage n’en possède pas moins une histoire foisonnante ».

Pour ses 10 ans, le PIFFF a concocté une belle programmation anniversaire, avec le meilleur de l’actualité (The Sadness, Bull, Mad Dog), les dignes représentants du cinéma de genre français (Jean-Pierre Jeunet, Gaspar Noé, Jan Kounen), une nuit spéciale, des séances « interdites » et, donc, le documentaire The Found Footage Phenomenon, réalisé par Sarah Appleton et Phillip Escott, et programmé dimanche à 21h45 au Max Linder.

Faire croire au spectateur que ce qu’il voit est réel

Si le found footage s’est aventuré dans d’autres genres, comme la comédie (Projet X) ou les super-héros (Chronicle), il reste très attaché, cheville au corps, à l’horreur. Pourquoi ? « Le found footage veut faire croire au spectateur que ce qu’il voit est réel, vrai, explique la réalisatrice britannique Sarah Appleton. Or, cela marche bien avec l’horreur, dont le but est de faire peur. Plus vous êtes investi dans le film, dans les personnages, plus vous serez effrayé. »

Si elle avait déjà vu plusieurs films found footage, le déclic vient pour Sarah Appleton au début des années 2010 avec la découverte – et le choc – de Megan is missing de Michael Goi, un film inédit en France qui a refait parler de lui en 2020  et traumatisé TikTok. Il met en scène la disparition et kidnapping de deux adolescentes, et « te montre à voir la réalité derrière le fait divers, commente la cinéaste. Tu ne sais jamais ce qu’il se passe dans ce genre d’affaire, et tu ne veux pas savoir. Megan is missing montre l’invisible, l’impossible ». Elle décide alors de remonter le fil (m), et de comprendre pourquoi, comment et par qui sont faits ces films. Ils sont presque tous dans le documentaire, qui raconte aussi la petite histoire derrière le « phénomène ».

Avant « Le Projet Blair Witch », il y avait « The Last Broadcast »

Si les références du genre sont, bien sûr, évoquées, Sarah Appleton préfère parler des pionniers, des films qui ont fait bouger les lignes et les images. A l’instar de Ghostwatch, un documenteur de la BBC diffusé en 1992 où des reporters de la chaîne se rendent dans une maison hantée de Londres. Comme pour La Guerre des mondes d’Orson Wells en 1938, ou les Documents interdits de Jean-Teddy Filippe dans les années 1980, les téléspectateurs et téléspectatrices y croient. « Ils ont utilisé des animateurs maison, les règles de la télévision, réagit la documentariste. Et ça marche, même encore aujourd’hui. »

The Last Broadcast, lui, suit les animateurs de l’émission Fiction ou Réalité partir en forêt enquêter sur la sorcière de Blair… ah non sur le diable du New Jersey. Sorti un an avec Le Projet Blair Witch, le film Stefan Avalos et Lance Weiler n’a pas eu la même exposition, et est même resté confidentiel – il est sorti en DVD en France en 2001. Pourtant tout est déjà là pour l’autrice de The Found Footage Phenomenon : « Ils jouent avec l’aspect documentaire et questionnent la notion de vérité, si l’on peut croire ou non les intervenants ou même les réalisateurs. Ils sont aussi parmi les premiers à utiliser les caméras digitales, ce qui fait de The Last Broadcast un témoin de son époque, de la fin des années 1990 ».

Le « found footage » n’est pas mort

Parmi les récentes sorties, Sarah Appleton recommande le film canadien Afflicted, sorti en 2013 et malheureusement inédit en France. L’histoire de deux amis qui filment leur voyage autour du monde, jusqu’au jour où il prend une tournure inattendue. « C’est un peu le best of du found footage, avec une utilisation maline des nouvelles technologies, tout en étant une approche originale du mythe du vampire. »

Le dernier bon found footage ? « Je dois avouer que, quand j’ai commencé le documentaire il y a quelques années, j’ai cru que le genre était arrivé au bout, avec par exemple le méta  Found Footage 3D, raconte Sarah Appleton. Puis Rob Savage est arrivé avec Host, son film d’horreur sur Zoom. Et son prochain, Dashcam, propose également une approche créative du found footage, via un Facebook Live. Je pense que le genre se renouvellera toujours, avec les nouvelles technologies, et, là, je pense très fort à  la réalité virtuelle. »