Marseille : Pour son second album, le jeune prodige du piano Mourad donne aussi de la voix

MUSIQUE Avec « Petit Frère », son second album sorti chez Universal, le jeune Mourad opère un virage artistique et prend la parole pour raconter son histoire

Caroline Delabroy
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Mourad, le jeune prodige du piano des quartiers Nord de Marseille, sort un nouvel album
Mourad, le jeune prodige du piano des quartiers Nord de Marseille, sort un nouvel album — Alexandre Markezana
  • Jeune virtuose du piano né dans les quartiers Nord de Marseille, Mourad signe chez Universal Music un second album.
  • Dans « Petit Frère », lui qui a le soutien de grands frères du rap marseillais raconte en chanson sa folle ascension, qui l’a fait passer « de la cité aux plateaux télé ». Son album alterne aussi avec des instrumentaux.

Toujours lycéen et une lucidité qui lui fait dire ce genre de phrases : « Il y a une histoire à raconter, ce n’est pas tous les jours qu’un enfant de la Castellane vient se mettre au piano. » Cette histoire, Mourad a voulu se la réapproprier avec « Petit Frère », son second album sorti chez Universal Music. Le jeune prodige des quartiers nord de Marseille, révélé par une vidéo qui a fait le buzz sur Twitter en 2018, ne se contente pas de virevolter sur les touches du piano, comme il sait si bien le faire. Il pose sa voix sur des morceaux aux notes plus contemporaines, alternant chansons et instrumentaux.

« Un virage plus urbain » et un « album qui laisse la part belle et se ponctue de beats hip-hop et d’échos électros », écrit sa maison de disques. Dans « Au cœur de mon hall », le deuxième titre de l’album, on a plutôt entendu des accents à la Stromae dans cette façon de phraser « ça parle de foot et de meuf toute la nuit, iphone à la main c’est toujours la même story ». « Je ne suis pas qu’un pianiste, c’était important pour moi de dire que je suis un musicien complet, je peux poser ma voix, confie-t-il. Il y a aussi l’envie de m’exprimer, de prendre la parole, de raconter mon parcours. »

« Dans la cour de récré, ça tire à balles réelles »

Il pose des mots simples, presque à hauteur d’enfants, sur la violence qui a passé un jour l’enceinte de son école : « Dans la cour de récré, ça tire à balles réelles. La balle aux prisonniers n’est plus un jeu », scande-t-il sur un nocturne de Chopin. C’est le lendemain qu’une intervenante en musique a sorti son accordéon, car à ce moment-là, il n’y avait que cela à faire pour apaiser les enfants. Et que l’étonnante oreille musicale de Mourad est apparue au grand jour. « C’est là où ça a commencé la musique », rembobine-t-il. Après le chant, il y a eu la révélation du piano.

« Les jeunes aujourd’hui, c’est soit tu te bouges, tu vas à l’école et tu essaies de faire quelque chose, soit tu descends en bas de ta cité, tu fais ton trafic, dit aussi Mourad. A l’âge de 14 ans, j’avais ce truc de me dire il faut aller plus loin. » « Je suis passé de la cité aux plateaux TV », chante-t-il ainsi dans « Fantaisie Impromptue », le morceau qui clôt son album, et où il ne cache pas les commentaires pas toujours bienveillants sur les réseaux sociaux. « Il n’y a pas eu de transition, je l’ai bien vécu, assure-t-il. J’essaie de me dire, reste humble. Pour pas prendre la grosse tête, j’ai des gens autour de moi. »

« On est derrière, lâche rien. »

Il y a aussi le soutien des « grands frères » du rap marseillais, comme Sat de la Fonky Family, Alonzo ou Soprano, et de Jok’Air avec qui il signe un duo sur son album. « Ils me disent tu es le petit frère, on est derrière, lâche rien. C’est aussi le message que j’ai envie de transmettre. » La suite, il la voit comme une succession de rencontres, de découvertes et il l’espère de concerts pour revivre ce frisson qu’il a vécu ce soir du Stade de France, où il a joué pour la finale du Top 14. « Je m’appelle Mourad, je viens des quartiers Nord de Marseille », a-t-il lancé ce soir-là à Emmanuel Macron, soit les exactes paroles du premier morceau de son disque.

Pour l’heure, il se prépare à jouer sur le plateau du Téléthon, une cause qui lui tient à cœur, lui qui s’est fait connaître sur le piano de l’hôpital de la Timone à Marseille, où il fréquentait le service pédiatrique. « A cause de ma maladie chronique, je vais à l’hôpital depuis que je suis né. J’avais besoin d’autres jeunes à côté de moi qui m’apportent la confiance en moi, qui me disent d’aller de l’avant. C’est ce que je redonne là, je le ferai toute ma vie. » Pour le Télépthon, il sera au piano, mais a priori pas au chant. Comme s’il devait encore convaincre qu’il n’est pas seulement un virtuose des touches noires et blanches.