« De son vivant »: « Pleurer au cinéma, ça fait du bien », estime Benoît Magimel

INTERVIEW L’acteur Benoît Magimel émeut aux larmes en malade atteint d’un cancer incurable dans « De son vivant » ce mercredi au cinéma

Caroline Vié
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Benoît Magimel dans «De son vivant» d'Emmanuelle Bercot
Benoît Magimel dans «De son vivant» d'Emmanuelle Bercot — Laurent Champoussin/Studio Canal
  • Comment réagit un homme qui se sait condamné par une maladie incurable ?
  • C’est l’enjeu du film « De son vivant » dans lequel Benoît Magimel livre une performance remarquable entre Catherine Deneuve et Cécile de France.
  • Mélodrame assumé, le film d’Emmanuelle Bercot sait émouvoir tout en offrant une belle réflexion sur la fin de vie.

C’est peut-être le rôle de sa vie. Et pourtant, Benoît Magimel joue un homme qui va mourir, atteint d’un cancer incurable dans De son vivant d’Emmanuelle Bercot ! Un mélodrame assumé présenté hors compétition à Cannes en juillet dernier.

L’acteur révélé dans La vie est un long fleuve tranquille s’est remplumé depuis le film, et c’est donc tout sourire qu’il a répondu aux questions de 20 Minutes sur ce film qui fait verser des torrents de larmes.

Comment avez-vous réagi en découvrant cette histoire ?

Peu de scénarios m’ont autant ému. Après l’avoir lu, je me suis assis par terre pour réfléchir. J’ai été comme assommé par le choc frontal que subit cet homme quand il apprend qu’il ne lui reste que quelques mois à vivre. Je me suis demandé si j’aurais la force d’affronter une telle vérité.

Comment avez-vous abordé le rôle ?

Je me suis identifié le plus possible au personnage. J’ai très vite compris qu’il faut travailler à partir de soi pour comprendre les différents états que subit cet homme jeune qui se sait condamné et qui doit l’accepter. Va-t-il être un mort-vivant ou va-t-il mourir de son vivant, c’est-à-dire mettre de la vie dans une mort inévitable ? C’est tout l’enjeu du film que je considère comme un conte philosophique.

Et la métamorphose physique ?

Il fallait être crédible même si Emmanuelle Bercot ne voulait pas filmer les détails de la déchéance physique. J’ai fait trois régimes successifs où j’ai perdu vingt kilos à chaque fois, ce qui fait soixante au total sur un an. C’était compliqué même si je m’accordais parfois un verre de vin ou une lamelle de fromage. Je me suis aussi fait arracher des dents sur pivot pour paraître émacié.

L’image idyllique de l’hôpital du film vous semble-t-elle réaliste ?

Ce qui se passe dans le service de Gabriel Salat, véritable médecin qui joue un rôle proche de sa réalité dans le film, existe vraiment. Ce docteur veut mettre de la vie partout dans son hôpital new-yorkais. Après, je suis conscient que c’est plutôt rare dans des établissements où tout est comptabilisé pour être rentable.

Quelle est la solution ?

Quand on est confronté à des médecins qui ne nous parlent pas, il ne faut pas se laisser écraser. Il fait oser leur demander de prendre cinq minutes de plus pour nous renseigner. Ce film donne l’idée qu’on n’est pas obligé de se taire face au soi-disant savoir médical. N’acceptons pas qu’on nous prenne de haut : chaque vie vaut la peine qu’on s’attarde quelques minutes de plus pour expliquer ou rassurer.

Pensez-vous que les spectateurs auront envie de voir un film aussi triste après des mois de pandémie ?

Pleurer au cinéma, ça fait du bien. L’émotion est galvanisante ! C’est ce qui explique que les mélodrames ont autant de succès. Ils constituent un excellent exutoire pour toutes les tensions qu’on peut ressentir. Ce film donne un souffle de vie à la mort. On en ressort avec l’idée que la vie vaut la peine d’être vécue.