« Oranges sanguines »: Jean-Christophe Meurisse porte ses fruits, ils sont acides, amers et hilarants

HUMOUR NOIR C’est à un jeu de massacre réjouissant que se livre Jean-Christophe Meurisse pour « Oranges sanguines » en salle ce mercredi

Caroline Vié
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«Oranges sanguines» de Jean-Christophe Meurisse
«Oranges sanguines» de Jean-Christophe Meurisse — The Jokers

Quel drôle film culotté qui mêle des personnages aussi divers qu’un politicien, un couple de danseurs de rock et une jeune fille innocente. A la fois comédie potache et sociale, film d’horreur, tragédie romantique et thriller politique, Oranges sanguines malmène joyeusement le public. « C’est un état des lieux de la France actuelle, explique à 20 Minutes  Jean-Christophe Meurisse. D’où le titre, lisse comme un fruit bien mûr, mais saignant à l’intérieur. »

« La première image à laquelle j’ai pensé était une paire de couilles passée au micro-ondes, s’amuse le réalisateur dont le film, coécrit avec Amélie Philippe, a été présenté en séance de Minuit au Festival de Cannes. Cela m’a été inspiré par un fait divers où une femme a fait manger ses testicules à l’homme qui l’avait violée. » Cette idée gastronomique n’est pas la seule à avoir germé dans le cerveau de cet homme de théâtre, fondateur de la troupe Les Chiens de Navarre et réalisateur d’ Apnée (2015).

On est tous des oranges sanguines

« Comme spectateur, j’aime les changements de tons, précise Jean-Christophe Meurisse. Je pense que, plus que le contenu du film, c’est cela qui peut déranger dans Oranges Sanguines. Le fait que le spectateur ne sache jamais sur quel pied danser et ne puisse placer le film dans une case peut le dérouter à notre époque où tout est étiqueté. »

Hors celles de Blanche Gardin et de Denis Podalydès, on croise peu de têtes connues dans ce jeu de massacre qui fait la nique au politiquement correct. « J’essaye de trouver de l’humour dans les choses les plus graves ce qui ne veut pas dire que je ne les prends pas au sérieux », déclare le cinéaste. Suicide, viol, corruption et justice sommaire font partie des thèmes qu’il aborde frontalement. Avec une férocité qui fait osciller entre rire malaisant et écœurement devant des comportements inacceptables.

« C’est au spectateur, pas à moi de tirer s’il le souhaite une morale de mon film. J’estime que la réalité est moins sombre que notre fiction : on est tous des oranges sanguines », martèle ce lui qui dit « ne pas chercher à choquer mais à provoquer ». Sa vision acide et percutante choquera quand même, à n’en pas douter, mais elle réjouira aussi, profondément, un public friand de films atypiques, pour peu qu’il n’ait pas froid aux yeux.