« Clair-obscur » : L'une se voit noire, l'autre se voit blanche dans le film de Rebecca Hall

NETFLIX Rebecca Hall raconte une belle histoire de femmes, au-delà de leur couleur de peau, dans « Clair-obscur » disponible sur Netflix ce mercredi

Caroline Vié
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Tessa Thompson et Ruth Nega dans «Clair-obscur» de Rebecca Hall
Tessa Thompson et Ruth Nega dans «Clair-obscur» de Rebecca Hall — Netflix
  • Deux amies métisses se retrouvent par hasard dans le New York des années 1920.
  • L’une assume d’être noire, l’autre se fait passer pour blanche.
  • Dans le superbe « Clair-obscur », Rebecca Hall explore leur relation en évitant tout manichéisme.

Métisse en noir, métisse en blanc. Les deux héroïnes de Clair-Obscur de Rebecca Hall ont une perception différente de leur couleur de peau. On est dans le New York des années 1920.  Ruth Negga et Tessa Thompson se donnent la réplique dans la première réalisation de l’actrice, disponible sur Netflix dès le 10 novembre.

Rebecca Hall a adapté un roman écrit en 1929 par Nella Larsen. En Anglais, le livre et le film sont baptisés Passing, un terme qui évoque la manière dont certains Afro-Américains se font passer pour blancs. « Ce thème me paraît d’actualité car le racisme l’est toujours, explique Rebecca Hall à 20 Minutes. Etant métisse, j’ai aussi des raisons personnelles de traiter ce sujet : mon grand-père afro-américain se faisait passer pour blanc et ma mère qui était claire de peau aussi. »

Zones de gris

Les héroïnes du film se retrouvent après s’être perdues de vue pendant des années. Leur rencontre dans un café va les conduire à une introspection douloureuse. L’une a pour mari un pilier de la communauté de Harlem et l’autre est confrontée à un conjoint raciste qui ignore tout des origines de son épouse. « Le spectateur va se rendre compte que chacune d’elles a ses zones d’ombre et que celle qui semble le mieux dans sa peau n’est pas forcément celle qu’il imagine de prime abord. » La réalisatrice évite tout manichéisme dans la description de cette amitié féminine.

Tourné en noir et blanc en format carré, Clair-obscur enferme ses héroïnes dans un cadre qui les étouffe. « Chacune est prisonnière de l’image qu’elle s’est créée, insiste Rebecca Hall. J’ai choisi de les faire évoluer dans un milieu aisé dans lequel elles sont égales l’une à l’autre. Elles ne sont différentes que par leurs choix qui vont être de plus en plus cruels au fur et à mesure du récit. » La jalousie pointe bien vite son vilain nez entre les deux femmes révélant leur nature profonde qui n’a rien à voir avec la couleur de leur peau.

Une histoire non binaire

« Clair-obscur est une histoire de femmes, assure Rebecca Hall, mais le film peut parler à toute personne qui se pose des questions sur son identité. Pour moi, les gens ne sont pas binaires et c’est cela aussi que j’ai voulu montrer. » Soutenu par une distribution impeccable (André Holland et Alexander Skarsgard sont aussi épatants), Clair-Obscur a bien mérité l’accueil chaleureux qu’il a reçu lors de son avant-première au Festival Lumière.